Vendredi 16 mai 2008
5
16
/05
/Mai
/2008
22:51
(War of the Worlds)
de Steven Spielberg (Etats-Unis)
avec Tom Cruise, Dakota Fanning, Justin Chatwin, Miranda Otto, Tim Robbins, Rick Gonzalez, Yul Vazquez, Lenny Venito
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La bande originale est disponible
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Le roman d'H.G. Wells est
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L’annonce d’une nouvelle Guerre des Mondes signée Steven Spielberg avait de quoi laisser perplexe. D’abord parce que les écrans ont été saturés d’invasions d’extra-terrestres agressifs
depuis des décennies, ensuite parce que le cinéaste a toujours opté pour une vision pacifiste du sujet, comme le prouvent ses deux chefs d’œuvre Rencontres du 3ème Type et E.T.
Mais ces deux arguments volent en éclat face à l’inventivité constante dont a toujours su faire preuve Spielberg, et à la noirceur qu’ont
acquis ses films depuis La Liste de Schindler. Contrairement au célèbre film de Byron Haskins, qui réadaptait très librement le texte d’H.G. Wells, le scénario de David Koepp suit ici
fidèlement les étapes de l’invasion extra-terrestre décrite par le romancier. Mais le contexte a été modernisé, et les personnages recentrés sur deux thématiques chères au réalisateur : l’individu
ordinaire confronté à une situation extraordinaire, et les liens qui unissent une famille recomposée.
Tom Cruise interprète donc Ray Ferrier, un docker new-yorkais divorcé qui entretient des relations épisodiques avec son fils de dix-sept ans Robbie et sa fille de onze ans Rachel. Alors qu’il se
voit confier leur garde le temps d’un week-end, un puissant orage éclate et la panique s’empare soudain de la ville. Car une monstrueuse machine vient de surgir du bitume, désintégrant tous ceux
qui passent à sa portée et annonçant une inéluctable offensive… Les séquences de destruction massive qui s’ensuivent atteignent les sommets du traumatisme spectaculaire, mais l’ambition de
Spielberg n’est ni pyrotechnique, ni numérique. La grande force de son film est de se situer à échelle humaine, ne nous décrivant l’ampleur du cataclysme que du point de vue de son héros.
Ici, nul montage parallèle décrivant des dizaines de protagonistes qui obéissent aux sempiternels quotas sociaux et raciaux, nul débat d’éminents scientifiques, nulle réunion au pentagone, nul
discours du président des Etats-Unis. Laissant ces clichés à Independence Day, Spielberg enterre ainsi Roland Emmerich, l’un de ses plus fervents imitateurs, et invente quasiment un nouveau
genre : le film catastrophe intimiste ! Ce qui ne l’empêche pas pour autant de livrer au public quelques nouvelles preuves de sa maestria visuelle, notamment lors du surgissement du premier tripode
hors du sol, lors des séquences d’émeutes hystériques, ou lors de l’attaque nocturne du ferry-boat.
Sans compter cette longue et éprouvante scène de suspense dans la cabane, qui nous renvoie à la fameuse intrusion des raptors dans la cuisine de Jurassic Park. Abandonnant son approche mélodique et thématique, John Williams nous livre ici une partition nerveuse, sourde et
inquiétante, empreinte d’influences classiques comme « Le Sacre du Printemps » de Stravinsky ou le « Sigfried » de Wagner. Quant à Janus Kaminski, il crée pour les besoins du film une lumière très
contrastée, laissant briller les regards dans l’obscurité comme dans les films noirs des années 40. En bonus, la chaleureuse voix de Morgan Freeman introduit et conclut le film, en reprenant
quasiment mot à mot le texte d’H.G. Wells.
Par Gilles Penso
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1
Lundi 12 mai 2008
1
12
/05
/Mai
/2008
22:34
(Indiana Jones and the Last Crusade)
De Steven Spielberg (1989) - USA
Avec Harrison Ford, Sean Connery, Denholm Elliott, Alison Doody, John Rhys-Davies, Julian Glover, River Phoenix
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Pas tout à fait satisfaits par l’ambiance sombre et cauchemardesque dont ils avaient nimbé Indiana Jones et le Temple
Maudit, George Lucas et Steven Spielberg se sont efforcés de retourner aux sources du premier film pour cette Dernière Croisade. Les nazis, le maladroit Marcus Brody, le jovial
Sallam et les étudiants en archéologie sont donc de retour, l’Arche d’Alliance ayant été remplacée par le Graal. Du coup, ce troisième épisode prend presque les allures d’un remake des Aventuriers de l’Arche Perdue, et aurait viré au simple plagiat si le scénario n’avait pas intégré une idée extraordinaire :
mettre dans les pattes d’Indiana Jones son père, faire de ce père une espèce de professeur Tournesol excentrique, et surtout donner le rôle à Sean Connery. Ce choix apporte au personnage tout
l’humour et la symbolique nécessaires, puisque James Bond est le père spirituel d’Indiana Jones.
Pour enfoncer le clou et assouvir les goûts de Lucas en matière de « préquelles » (comme allait en témoigner sa reprise de la saga Star Wars), le prologue du film, petit chef d’œuvre d’action, d’humour référentiel et de démesure, nous présente Indiana Jones
encore adolescent. Interprété par River Phœnix, qui fut le fils d’Harrison Ford dans Mosquito Coast, le futur archéologue surprend un mystérieux étranger en train de profaner une tombe
indienne où repose la légendaire Croix de Coronado, et la lui subtilise pour la confier à un musée. Mais, après une poursuite effrénée dans un train de cirque traversant les étendues rocheuses de
l’Utah, le mercenaire récupère son bien. En 1938, sur le pont d’un petit cargo, Indiana Jones adulte réussit à récupérer la Croix de Coronado. De retour à l’université où il enseigne l’archéologie,
il est sollicité par un industriel fortuné, Walter Donovan, qui cherche à trouver le Saint Graal. Indy décline l’offre, mais se ravise en apprenant que son père, Henry Jones, a disparu au cours de
cette mission.
Ainsi, la quête du Graal, symbole celte puis chrétien de la connaissance et de l’éternité, se mue rapidement en quête du père. Et c’est là que résident l’intérêt majeur et le génie intrinsèque du
scénario d’Indiana Jones et la Dernière Croisade. Du coup, on en oublierait presque les incohérences narratives, les multiples faux raccords et les trucages terriblement maladroits qui
parsèment le film (les techniciens d’ILM étaient à l’époque débordés par les effets spéciaux d’Abyss et de S.O.S. Fantômes 2). De toute évidence, Spielberg s’est tant intéressé à ses
personnages qu’il semble en avoir négligé les séquences d’action, assez pataudes à l’exception de la formidable poursuite en side-car. Sans parler des multiples redites empruntées aux films
précédents : le temple rempli de pièges mortels, le convoi allemand pris en chasse par Indy à cheval, les maléfices surnaturels frappant ceux qui ont osé profaner l’objet sacré… Malgré ces
nombreuses réserves, le charme opère toujours, de manière presque miraculeuse, et Indiana Jones et la Dernière Croisade demeurera pour le public et pour l’équipe du film l’un des épisodes préférés
des aventures du célèbre archéologue au fouet et au Stetson.
Par Gilles Penso
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1
Lundi 12 mai 2008
1
12
/05
/Mai
/2008
22:23
(Indiana Jones and the Temple of Doom)
de Steven Spielberg (1984) – USA
Avec Harrison Ford, Kate Capshaw, Amrish Puri, Ke Huy Quan, Roshan Seth, Philip Stone, Roy Chiao, Dan Aykroyd
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La bande originale de la trilogie
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Premier exemple d’une séquelle signée par Steven Spielberg (qui avait échappé à la tentation après E.T.), Indiana Jones et le temple Maudit réussit à
renouveler un mythe né à peine trois ans plus tôt. Tout en conservant les éléments clefs des Aventuriers de Arche Perdue, tant en ce qui concerne le rythme du film que la personnalité de son héros, cette suite met une fois
de plus en évidence les influences cinématographiques de Spielberg et Lucas : la comédie musicale avec une séquence d’ouverture ultra-hollywoodienne, puis la série des James Bond au moment où
Indiana Jones, paré du même smoking que Sean Connery dans Goldfinger, entre dans un cabaret de Shangaï pour négocier un gros diamant. La bagarre générale qui ne tarde pas à suivre bascule dans une
réjouissante frénésie.
L’archéologue frôle cent fois la mort, ne devant son salut qu’à une fuite éperdue dans laquelle il entraîne la chanteuse Willie Scott (Kate Capshaw, future madame Spielberg). Fort heureusement,
Demi-Lune (Ke Huy Quan), le petit Chinois qui accompagne désormais Indiana, est un as du volant. Abandonné en plein vol dans un avion en panne de carburant, sans pilote et sans parachute, au-dessus
de l’Himalaya, le trio plonge en canot pneumatique. Emportés par un fleuve indien, ils se retrouvent dans un village où un vieux chaman semble les attendre. Là, le film bascule progressivement dans
le cauchemar, en une descente aux enfers si noire que Spielberg aura tendance à renier quelque peu ce second Indiana Jones, rétrospectivement trop sombre à son goût.
Les paliers de l’épouvante s’amorcent avec l’abominable repas à la cour du maharadjah de Pancott (serpents surprise, scarabées fourrés, soupes d’yeux et cervelles de singes en sorbet !),
s’enchaînent avec la traversée du tunnel grouillant d’énormes insectes, dépassent les bornes avec ce sacrifice humain émaillé d’effets gore (le cœur arraché, l’homme brûlé vif), et s’achèvent par
l’outrage suprême : la transformation du héros en serviteur du mal, après qu’il ait absorbé de force le sang de Kali, tandis que le jeune maharadjah le torture à distance avec une poupée vaudou !
Après avoir atteint une telle noirceur, le script rebondit enfin vers l’action énergisante et positive tant espérée.
En la matière, ce Temple Maudit parvient à surpasser son prédécesseur, via deux séquences d’anthologie : la course-poursuite en
wagonnets dans la mine et le combat sur le pont suspendu à flanc de falaise, combinant prises de vues réelles et animation image par image. « Le mouvement humain est très difficile à imiter
», explique l’animateur Tom Saint Amand. « J’ai passé beaucoup de temps à observer les prises de vues réelles de la séquence des wagonnets, notamment la manière dont Harrison Ford
bougeait, et j’ai essayé d’incorporer sa gestuelle dans mon animation. Quelques-uns des plans nécessitaient de très longues journées de travail, d’autant qu’il fallait parfois animer simultanément
six personnages qui interagissaient entre eux. » (1) Bel exercice de surenchère et de variation sur un thème, Indiana Jones et le Temple Maudit entraînera presque aussitôt moult
imitations plus ou moins inspirées.
(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 1999. L'interview complète a été publiée dans le livre STOP-MOTION.
Par Gilles Penso
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Samedi 10 mai 2008
6
10
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/2008
17:06
(Raiders of the Lost Ark)
De Steven Spielberg (Etats-Unis)
Avec Harrison Ford, Karen Allen, John Rhys-Davies, Denholm Elliot, Paul Freeman, Ronald Lacey, Alfred Molina, Wolf Kahler
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la bande originale de la trilogie
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Les premiers exploits cinématographiques d’Indiana Jones étaient annoncés à l’époque comme « Le Retour de la Grande Aventure ». Le slogan ne mentait pas, car ce film bourré d'action et d'idées est
une véritable bande dessinée en trois dimensions. Les influences, multiples comme dans le cas de La Guerre des Etoiles,
viennent surtout des serials des années 30, des films d'aventures exotiques des années 50 et de la série des James Bond. Après le tournage de Rencontres du Troisième Type, Steven Spielberg caressait d’ailleurs le projet de réaliser une des aventures de l’agent 007, ayant même tenté de convaincre le producteur Albert
Broccoli de l’engager, et c’est George Lucas qui lui proposa de créer leur propre héros, d’après une idée qu’il avait développée avec son ami Philip kaufman.
Le film se situe en 1936. Indiana Jones, son héros, arbore la même panoplie qu’Humphrey Bogart dans Le Trésor de la Sierra Madre ou que Charlton Heston dans Sous le Plus Grand Chapiteau
du Monde et passe son temps à courir le monde à la recherche de trésors archéologiques. Son principal concurrent est René Belloq, archéologue français qui loue ses services à l'Allemagne
d'hitler, lequel s'est mis en tête de retrouver l'Arche d'Alliance contenant les tables de la loi, brisées par Moïse il y a près de trois mille ans. Tenancière d'un bouge au fin fond du Népal,
Marion Ravenwood, qui avait connu Indiana dix ans plus tôt, quand tous deux étudiaient l'archéologie, va l'aider à récupérer l'Arche sainte avant les nazis…
Harrison Ford personnifie à merveille l'anti-héros capable d'exploits qui l'étonnent lui-même. Toute la richesse de son personnage repose sur une dualité mise en scène au sein de ses activités
(alternativement tranquille professeur d'université ou intrépide aventurier) et de sa personnalité (tour à tour maladroit ou au contraire extrêmement habile). Le film regorge de séquences d’action
époustouflantes, comme le prologue dans le temple truffé de piège ou la poursuite en camion annonciatrice du Mad Max 2 de George Miller. Le final, qui visualise la colère de Dieu via
l’attaque de spectres flottants et la décomposition grand-guignolesque de ceux qui ont osé profaner l’Arche, évoque Les Dix Commandements et annonce plusieurs séquences de
Poltergeist.
Débordant d'humour et de scènes d’anthologie, ce premier Indiana Jones est un savant mélange de la mise en scène virtuose de Steven Spielberg et de l’imagniation sans borne de George Lucas. Cette
collaboration, sur laquelle repose le second slogan du film (« par ceux qui ont créé Les Dents de la Mer et La Guerre des Étoiles »), était à l’époque un événement à plus d'un titre, car les deux cinéastes avaient prouvé un penchant jamais démenti pour le Spectacle. Bénéficiant en
outre d’une écriture sans faille signée Lawrence Kasdan (déjà scénariste de L’Empire Contre-Attaque), Les Aventuriers de l'Arche Perdue
surprend par sa richesse et sa spontanéité. Le recyclage des vieilles recettes crée un style propre qui aurait pu, au contraire, n'être que redite. Du coup, le titre a un aspect rétro du plus
bel effet. Et la musique de John Williams, enivrante, suit pas à pas le rythme extraordinairement alerte du film.
Par Gilles Penso
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Vendredi 9 mai 2008
5
09
/05
/Mai
/2008
00:10
(Twilight Zone – the Movie)
de John Landis, Steven Spielberg,
Joe Dante et George Miller (Etats-Unis)
avec Vic Morrow, John Lithgow, Scatman Crothers, Dan Aykroyd, Kevin McCarthy, Kathleen Quinlan, Helen Shaw
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La saison 1 de la série originale
est ici
La saison 2 de la série originale
est ici
Créée par Rod Serling et diffusée sur les petits écrans américains entre 1959 et 1964, La Quatrième Dimension est probablement la série de
science-fiction la plus marquante et la plus influente de tous les temps. Véritable vivier de scénaristes, de réalisateurs et de comédiens, elle variait à l’infini la confrontation de personnages
ordinaires à des phénomènes extraordinaires, et achevait chacun de ses épisodes sur une chute vertigineuse jouant notamment sur la théorie de la relativité et les faux-semblants. Steven Spielberg,
John Landis, Joe Dante et George Miller font partie des innombrables réalisateurs profondément inspirés par La Quatrième Dimension.
Portés aux nues par les succès respectifs de E.T., Le Loup-Garou de
Londres, Hurlements et Mad Max 2, les quatre hommes ont décidé en 1983 de rendre hommage à Serling à travers
un film à sketches reproduisant quatre de leurs épisodes préférés. Et comme on pouvait le craindre, malgré une telle conjugaison de talents, un budget conséquent et des effets spéciaux haut de
gamme, le résultat pâlit de la comparaison avec son illustre modèle. Il y avait, dans la série initiale, une créativité de tous les instants palliant le manque évident de moyens. Or ici, les quatre
golden boys, visiblement trop confiants, semblent s’être reposés sur leurs lauriers.
Seul le sketch de John Landis surnage réellement. Il met en vedette un irascible raciste interprété par Vic Morrow, qui se retrouve subitement dans la peau d’un Noir au milieu du ku-klux-klan, puis
à la place d’un Juif parmi les nazis… Terrifiant et cynique, ce segment fut frappé, au cours de son tournage, par un accident dramatique qui coûta plusieurs vies, dont celle de Morrow, et
bouleversa John Landis à tout jamais. Joe Dante et George Miller, de leur côté, s’attaquent à des récits mixant épouvante et comédie. Le premier raconte l’histoire d’un enfant doté de pouvoirs
inquiétants qui terrorise sa famille tout entière, en faisant notamment apparaître un monstre aux côtés de son oncle apprenti-magicien et en effaçant la bouche de sa sœur trop bavarde. Le second
narre la mésaventure du passager d’un avion qui panique en apercevant une hideuse créature occupée à détruire l’un des réacteurs de l’appareil. Panique d’autant plus aigue qu’il est le seul à voir
la scène…
La mise en scène de ces deux sketches est très soignée, et le casting des plus convaincants, mais le souvenir des vieux épisodes dont ils s’inspirent, plus sobres et plus efficaces, joue en leur
défaveur. Quant à Spielberg, une fois n’est pas coutume, il tombe dans le piège de la mièvrerie larmoyante en attaquant trop frontalement une thématique qu’il maîtrise pourtant d’habitude : la
préservation coûte que coûte d’une âme d’enfant. Du coup, son histoire de vieillards retombant en enfance grâce à une boîte magique tombe à plat. Curieusement, le quasi-remake qu’il produira deux
ans plus tard, le fameux Cocoon, sera bien plus abouti. Bref, une initiative inégale, qui prouve une fois de plus combien la série de Rod Serling demeure
unique au monde, atemporelle et inégalable.
Par Gilles Penso
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Vendredi 9 mai 2008
5
09
/05
/Mai
/2008
00:02
De Steven Spielberg (Etats-Unis)
Avec Sam Neill, Laura Dern, Jeff Goldblum, Richard Attenborough, Joseph Mazello, Ariana Richards, Samuel L. Jackson
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Le roman de Michael Crichton est
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Adapté du palpitant roman de Michael Crichton, Jurassic Park marque le retour de Spielberg dans le
domaine de l'épouvante et du suspense, ses premières incursions dans le genre (Duel, Les Dents de la Mer) figurant parmi ses plus belles réussites. À partir de moustiques conservés dans de l'ambre depuis l'ère secondaire, des chercheurs ont réussi à obtenir
la molécule d'ADN de dinosaures dont ils ont reconstitué quinze espèces par clonage. Le richissime John Hammond a donc décidé de créer sur une île du Costa Rica un parc d'attractions peuplé de
dinosaures vivants. Avant l’ouverture officielle, Hammond invite dans le parc le paléontologue Alan Grant, la paléobotaniste Ellie Sattler, le mathématicien Ian Malcolm, et ses petits-enfants, Tim
et Lex.
La première partie du film, qui présente chacun des acteurs du drame, ne laisse guère imaginer à quel point le récit s’apprête à basculer dans la peur, la violence et la panique. Grâce aux progrès
combinés de l'animatronique et de l'image de synthèse, les magiciens des effets spéciaux réussissent à créer les dinosaures les plus crédibles jamais vus à l'écran. « Nous nous sommes efforcés de faire ressembler nos dinosaures à des animaux réels », nous explique Phil Tippett, qui a supervisé leur animation. « La difficulté était de les rendre malgré tout intéressants du point de vue du comportement et de la chorégraphie. C'était donc un exercice d'équilibre permanent entre la
réalité paléontologique et l'intérêt dramatique. Notre tyrannosaure croque quand même un personnage à belles dents, comme dans un bon vieux film de Ray Harryhausen ! » (1)
Spielberg calque les ambitions de son film et du spectacle qu’il représente sur l’un de ses personnages, le businessman Hammond. Tous deux ambitionnent de faire fortune en offrant à un large public
la vision de vrais dinosaures vivants et ils relèvent - chacun à sa manière - le défi. Cette adéquation du parc d’attractions dans le film avec le film lui-même apparaît complètement lorsque les
héros, en voiture, entrent dans le parc jurassique par deux portes monumentales qui sont les répliques presque exactes de celles de King Kong. Dès
lors, le spectateur entre lui aussi dans le parc, impatient de découvrir les merveilles qu’on lui a promises. La première apparition d’un gigantesque brachiosaure, vu sous toutes ses coutures,
broutant paisiblement au sommet d’un arbre, relève presque du miracle.
Mais ce miracle ne serait justement qu’une attraction de foire si le réalisateur n’en avait accru la portée par une mise en scène des plus efficaces. Là où le cinéaste atteint les sommets, c’est
lorsque son découpage joue sur les nerfs des spectateurs, alternant les effets spectaculaires et la suggestion pure. D’où deux séquences prodigieuses, l’attaque du T-Rex sur la route pluvieuse et
l’agression des enfants par deux vélociraptors dans la cuisine, de purs morceaux d’anthologie à l’impact encore inégalé aujourd’hui. Pour contrebalancer avec ces moments d’épouvante, Spielberg dote
son film d'une ironie permanente, en particulier à travers le personnage de Malcolm, à qui l'excellent Jeff Goldblum prête ses traits. Œuvre d’exception, Jurassic Park prouve encore, comme
si c'était nécessaire, la virtuosité et l’éclectisme de son réalisateur.
(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998. L'interview complète a été publiée dans le livre STOP-MOTION.
Par Gilles Penso
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Jeudi 8 mai 2008
4
08
/05
/Mai
/2008
23:48
De Steven Spielberg (Etats-Unis)
Avec Dennis Weaver, Jacqueline Scott, Eddie Firestone, Lou Frizzell, Gene Dynarski, Lucille Benson, Tim Herbert
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Si l’on résume l’histoire de Duel, il n’y a pas à priori de quoi s’enthousiasmer. Sur une route
californienne, David Mann (Dennis Weaver), un automobiliste, a remarqué qu’un énorme camion lui cherche noise, et il essaie de le semer. Bientôt, les provocations du camion dépassent les
simples jets de fumée nauséabonde ou les queues de poisson. Le poids lourd tente carrément d’écrabouiller la petite automobile rouge. Terrifié, Mann cherche par tous les moyens, mais en vain, à
découvrir l’identité du camionneur fou. Sur un canevas réduit ainsi à sa plus simple expression, Spielberg a bâti une œuvre à suspense aux frontières d’Alfred Hitchcock (on pense à Janet Leigh au
volant de sa voiture dans Psychose ou à Cary Grant
poursuivi par l'avion de La Mort aux Trousses) et de La Quatrième Dimension, le
rapprochement avec la série de Rod Serling s’expliquant en partie par la présence de Richard Matheson au poste de scénariste.
Il est évident, et il le sera encore plus dans la suite de son œuvre, que Spielberg adore plonger les personnages ordinaires dans des situations extraordinaires. L’identification avec David Mann
(dont le nom de famille en dit long) n’en est que plus aisée pour le spectateur, ignorant comme lui pourquoi il a été choisi somme cible par un camionneur qui restera une entité complètement
mystérieuse. Le doute plane d’ailleurs jusqu’au bout quant à la nature de l’agresseur. Avons-nous affaire à un tueur psychopathe ayant troqué le couteau ou la hache contre un poids-lourd ?
S’agit-il d’une entité surnaturelle, ce qui expliquerait la vitesse impensable à laquelle se déplace le semi-remorque lors de ses « accès de fureur » ? A moins qu’il n’y ait aucun chauffeur et que
le camion soit animé d’une vie propre, comme le laisse imaginer la séquence du snack-bar où David Mann cherche en vain à identifier le routier alors que le véhicule semble l’attendre, seul, sur le
parking ? Le spectateur se surprend à applaudir la scène finale au cours de laquelle le camion monstrueux explose enfin, libérant le héros et le public de ce cauchemardesque poursuivant.
« Road movie » d’un genre très particulier tourné en peu de temps, avec un petit budget et un matériel léger, Duel contourne ces handicaps par un découpage savant, à base de multi-angularités et de jeux sur les avant-plans qui deviendront les marques de fabrique de
Spielberg. Il est d’ailleurs intéressant de constater que le découpage des séquences où la voiture est prise en chasse par le poids lourd sera repris presque à l’identique dans Jurassic Park au
moment où le tyrannosaure course la jeep. Car l’efficacité des cadrages et du montage ne dépend ni du budget, ni de l’époque. C’est une valeur sûre universelle. L’affiche de Duel transfigure d’ailleurs l’image du camion jusqu’à lui donner les allures d’un dinosaure carnassier, sosie du
tyrannosaure du poster de Jurassic Park. Prémonition ou suite dans les idées ? A la base, Duel est un téléfilm exemplaire que bon nombre de productions
conçues pour le grand écran devraient prendre pour modèle, tant sa mise en scène et son art de la capture de l’intérêt sont savamment maîtrisés. Il connaîtra d’ailleurs les honneurs d’une sortie en
salle en Europe, suite à un remontage et à l’ajout de quelques scènes additionnelles.
Par Gilles Penso
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Jeudi 8 mai 2008
4
08
/05
/Mai
/2008
23:09
(Jaws)
De Steven Spielberg (Etats-Unis)
Avec Roy Scheider, Robert Shaw, Richard Dreyfuss, Lorraine Gary, Murray Hamilton, Carl Gottlieb, Jeffrey Kramer
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Le roman de Peter Benchley est
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Après un Duel très Hitchcockien, Steven Spielberg s’attaque à l’adaptation de « Jaws », un best-seller de Peter
Benchley, et signe un excellent exercice de style sur le thème pourtant éculé des attaques animales, dont le modèle phare demeure Les Oiseaux…
Hitchcock, toujours. Tel en est le point de départ : à cause de l’irresponsabilité du maire d’Amity, petite station balnéaire de la Côte Est des Etats-Unis, avide de sauvegarder la réputation de
celle-ci, et de l’entêtement des commerçants attirés par l’afflux touristique, un gigantesque requin blanc, déjà coupable de la mort d’une nageuse, d’un pêcheur et d’un petit garçon, va pouvoir
continuer à se repaître tranquillement des amateurs de baignade venus en foule sur la plage restée ouverte. Après une nouvelle attaque mortelle du poisson carnassier, le shérif Martin Brody décide
de braver une fois pour toutes les autorités municipales et d’affronter le monstrueux mangeur d’hommes. Il s’octroie pour ce faire l’aide de l’océanographe Matt Hooper et du pêcheur Quint.
La première heure des Dents de la Mer est faite d’angoisses collectives, d’apparitions, de fausses alertes et de magistraux effets de mise en scène, dont le
point culminant est une anthologique scène d’attente pesante sur une plage bondée. Puis le film prend, pour sa seconde moitié, la tournure d’un huis-clos mettant en valeur le talent des trois
acteurs principaux. Roy Scheider est le personnage auquel on s’identifie totalement dès le début (d’autant que la quasi-totalité du film est vue à travers ses yeux), Richard Dreyfuss est un jeune
scientifique qui emporte immédiatement la sympathie du spectateur, et Robert Shaw est un vieux loup de mer plus vrai que nature. La progression psychologique du trio, leurs oppositions, leurs
confidences, décrites parallèlement aux apparitions choc du monstre, sont des modèles de narration, et surclassent aisément tout ce que les films catastrophes, omniprésents à l’époque, ont décrit
en la matière.
Pour éviter de montrer trop souvent le requin (qui ne supporte guère les gros plans prolongés sans dévoiler sa nature mécanique), Spielberg use avec bonheur de la métonymie, l’aileron ou la bouée
accrochée à son flanc évoquant le monstre entier à tout moment. Cette méthode a également l’avantage de laisser s’exprimer l’imagination du spectateur, plus efficace que n’importe quel effet
spécial. Elle sera d’ailleurs réutilisée pour le tyrannosaure de Jurassic Park, dont la présence pesante sera suggérée par le
tremblement de l’eau dans un gobelet en plastique. Pour finir, on ne peut décemment parler des Dents de la Mer sans mentionner la formidable contribution de
John Williams à la puissance et l’efficacité du film. L’inoubliable thème en crescendo que le compositeur a écrit pour souligner chaque apparition du requin participe autant à la mise en scène que
le moindre cadrage ou effet de montage. Et dès lors, à deux exceptions près (Jerry Goldsmith sur La Quatrième Dimension et Quincy Jones sur La Couleur Pourpre), Williams et Spielberg deviendront inséparables.
© Gilles Penso
Thema: Monstres marins
Par Gilles Penso
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