Tim Burton est de retour avec Alice au Pays des Merveilles, une version live des célèbres écrits de Lewis Carroll. En attendant
l'interview avec le réalisateur, bientôt en ligne, découvrez la critique de son nouveau film et guettez les pages de l'Encyclopédie du Cinéma Fantastique, qui reviendra sur l'œuvre déjantée du
réalisateur de Beetlejuice.
Juno, l’histoire douce-amère d’une pré-adolescente tombée enceinte dans
une petite ville des Etats-Unis, avait été l’une des excellentes surprises du cinéma américain indépendant de 2007, couronnée à juste de titre d’un oscar pour son scénario. Savoir la même équipe
d’auteurs et de producteurs à la tête d’un film d’horreur sulfureux situé dans le milieu lycéen avait légitimement de quoi éveiller notre curiosité. Le postulat de Jennifer’s Bodyest le suivant : beauté fatale à qui aucun garçon ne résiste, Jennifer Check (Megan Fox, la bimbo de
Transformers) arpente nonchalamment les couloirs de son lycée, accompagnée d’une amie fidèle, Needy (Amanda Seyfried), qui
fait surtout à ses yeux office de faire-valoir. Un soir, Jennifer se laisse entraîner par un petit groupe de rock venu se produire dans sa bourgade et disparaît sans laisser de trace.
Lorsqu’elle refait surface, Needy découvre avec effroi que son amie a changé. Apparemment possédée par une force occulte, elle devient une
croqueuse d’hommes… mais au sens propre, cette fois-ci ! Mis en avant par ses producteurs et leurs publicistes pour son caractère explicitement sexuel et sanglant, Jennifer’s
Bodyressemblait à une bombe prête à éclater, un film à scandale propre à défrayer la chronique. Mais cette campagne
promotionnelle, hélas, n’est qu’un tissus de mensonges et d’hypocrisies. Megan Fox chaloupe certes sa démarche en minijupe et s’exprime comme un camionneur, mais pas l’ombre d’un sein ne vient
offenser nos regards. Le corps de Jennifer demeure donc pudiquement camouflé, les effets sanglants ne giclent que dans la limite du raisonnable, et l’œuvre sulfureuse promise affiche bien vite sa
nature réelle de produit sage et formaté.
On ne sait pas trop ce qui agace le plus dans Jennifer’s Body : sa
volonté ostensible à s’ériger en film culte coûte que coûte (à coups de dialogues au second degré et de références à la culture pop), son accumulation de stéréotypes (les lycéens constituent à ce
titre un catalogue de clichés assez édifiant), le refus d'exploiter le potentiel horrifique mis en place dans l'intrigue(pourquoi
diable ce liquide poisseux hérissé d’épines que vomit Jennifer lors de sa réapparition n’est-il pas du tout exploité dans le reste du métrage ?)ou la paresse de son scénario qui pousse l’intrigue à s’interrompre régulièrement pour que les protagonistes puissent nous assener d’interminables
explications artificielles.
Le film n’est cependant pas dénué d’attraits. Au-delà de l’indéniable photogénie de Megan Fox (que nous aimerions découvrir un jour dans un
rôle ne capitalisant pas tout sur son physique), il faut saluer l’interprétation toute en finesse d’Amanda Seyfried, véritable révélation du film. Oscillant avec aisance et naturel entre la
timidité, la peur, la sensualité et la fureur, elle porte les meilleures scènes de Jennifer’s Bodysur ses épaules, notamment
une séquence d’amour maladroite et touchante avec son petit ami Chip (Johnny Simmons)… gâchée hélas par une bande originale saturée de rock médiocre. Malgré ses nombreux défauts, le scénario de
Diablo Cody aurait probablement gagné en efficacité et en sincérité s’il avait été mis en scène par un réalisateur plus inspiré et moins superficiel que Karyn Kusama, dont Girlfightet Aeon Fluxne nous avaient déjà pas spécialement convaincus.
Par quel miracle la Fox allait-elle parvenir à mettre en chantier un quatrièmeAlienaprès
qu’Helen Ripley (Sigourney Weaver) ait péri les bras en croix dans un bûcher purificateur à l’issue du troisième opus ? Partisan de la thèse du clonage, le scénariste Joss Whedon (Toy
Story) proposa l’idée d’une nouvelle Ripley née des miracles de la génétique. Conscients de la nature hybride de ce clone humain
infesté de cellules extra-terrestres, scientifiques et militaires comptent l’utiliser pour mettre au point une arme biologique. Ripley doit donc lutter à la fois contre ces officiels peu
scrupuleux, mais aussi contre les créatures qui envahissent le vieux cargo où elle fait équipe à contrecœur avec des contrebandiers patibulaires.
Après le désistement de Danny Boyle, c’est Jean-Pierre Jeunet qui s’est retrouvé à la tête de cette superproduction. « Il faut
savoir que DelicatessenetLa Cité des Enfants Perdusont eu un fort impact aux Etats-Unis
»,nous confie Pitof, superviseur des effets visuels. « La profession et un petit noyau de cinéphiles américains les
ont même érigés au statut de films cultes ! La Fox a compris tout de suite que, pour que Jean-Pierre travaille dans les meilleures conditions possibles, il devait s’entourer de son équipe
habituelle. »(1) Du coup, cet épisode a pris les allures d’uneCité des Enfants Perdusdans l’espace. Entre les histoires de clonage, les décors rétro-futuristes, les séquences sous-marines surréalistes, les coursives obscures, une vision
cynique et désabusée de la science, et la présence de Dominique Pinon et Ron Perlman en tête d’affiche, le spectateur familier de l’œuvre de Caro et Jeunet n’est pas vraiment dépaysé.
« Les gens de la Fox m'ont justement demandé d'amener mon propre univers, donc la porte était ouverte à toutes les modifications »,
explique Jeunet. « J'avais même établi un principe, qui consistait à apporter une idée personnelle par séquence, pour que ça devienne vraiment mon film. » (2) Si le réalisateur a donc
réussi à marquer de son empreinte la franchiseAlien, il n’est pas vraiment parvenu à contourner les clichés
inhérents à la saga. Du coup, malgré la nouveauté du traitement, nous retrouvons vite les situations que nous connaissons par cœur depuis 1979 : une poignée de protagonistes fuient dans les
couloirs d’un vaisseau spatial, traqués par un alien. Certes, les créatures ont encore évolué. « Leur look est moins bio-mécanique et plus franchement organique que celui de
Giger »nous explique Pitof (3). Une scène mémorable nous montre d’ailleurs Brad Dourif qui tente de dompter ces monstres à
la salive abondante derrière une vitre.
Le film propose aussi une nouvelle créature, au cours d’une scène pour le moins troublante : un affreux nouveau-né hybride entre
l’humain et l’alien, né d’amours interraciales et homosexuelles, et qui dévore sa mère ! Mais ces apports n’empêchent pas Alien la Résurrectiond’être le moins innovant des quatre épisodes. Au cours du final, les survivants voguent droit vers la Terre. « A l’origine, le vaisseau devait
atterrir sur la Terre du futur », nous révèle le monteur Hervé Schneid. « Mais Jean-Pierre ne savait pas trop
comment éviter les clichés, du style désert post-apocalyptique ou cité futuriste à laBlade Runner. Il a même envisagé de filmer le crash du
vaisseau au pied de la Tour Eiffel en ruines ! » (4)Moins démonstratif, le dénouement tel qu’il a été filmé nous
laisse entièrement imaginer la Terre du futur… et offre une ouverture alléchante pour un cinquième épisode où les aliens attaqueraient notre planète.
(1) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en février 2002
(2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2009
(4) Propos recueillis par votre serviteur en décembre 1997
Derrière chaque plan de Delicatessen transparait l’intelligence et l’inventivité de ses deux auteurs, spécialisés
jusqu’alors dans les courts-métrages à mi-chemin entre le fantastique et la comédie, notamment le savoureux Foutaises et le post-apocalyptique Bunker de la Dernière Rafale. On ne
s’étonne donc guère de retrouver ces deux composantes dans leur premier long-métrage, un véritable OVNI qui pose les jalons de toute l’œuvre à venir du metteur en scène Jean-Pierre Jeunet et du
directeur artistique Marc Caro, alors complices inséparables signant conjointement tous leurs films. Delicatessen se situe en un lieu et une époque indéterminés. Nous sommes visiblement au
lendemain d’une guerre, dans un univers temporel parallèle évoquant à la fois les années 40 et un futur hypothétique.
Là, au beau milieu d’un terrain vague trône un vieil immeuble sinistre, dont les étranges occupants, affamés en ces temps de
vaches maigres, semblent partager un lourd secret. Tous sont clients d’un charcutier bourru incarné par Jean-Claude Dreyfus, dont la boucherie est installée au rez-de-chaussée du bâtiment, et
dont l’enseigne « delicatessen » arbore un cochon dodu. Une publicité quelque peu mensongère, car le bétail se fait rare, et la viande est directement prélevée sur les nouveaux
arrivants de l’immeuble. Le dernier en date ayant été mué en steak après une course-poursuite décrite en quelques minutes au cours du prologue du film, un ex-clown du nom de Louison (Dominique
Pinon) se propose pour occuper l’appartement désormais vacant. Pas bien grassouillet, il attire pourtant les estomacs de tous les voisins cannibales… Jusqu’à son coup de foudre avec Julie
(Marie-Laure Dougnac), la fille du boucher, une douce rêveuse mélomane et myope comme une taupe.
Cette fable cruelle, fantastique et humoristique se distingue d’emblée par ses qualités formelles et artistiques. La
magnifique photographie de Darius Khondji baigne constamment dans le sepia et les prises de vues acrobatiques rappellent les délires visuels de Sam Raimi ou des frères Coen. « Chez moi,
le choix des cadrages a toujours été primordial, d'où l'usage du storyboard », explique Jean-Pierre Jeunet. « Ensuite viens le travail sur la couleur. J'aime naturellement les couleurs
chaudes parce qu'elles induisent une espèce de chaleur chez les personnages ». (1) Thématiquement, on peut aussi percevoir des réminiscences de Brazil, en particulier à travers
l’intervention des Troglodistes, des rebelles qui vivent dans les égouts et refusent de manger de la viande. Mais la subtilité du scénario et l’originalité de sa mise en image évacuent rapidement
tout élément de comparaison, Delicatessen s’avérant un spectacle inédit, comme l’annonce d’emblée son générique de début, diablement inventif.
Et puis il y a ces nombreuses séquences inoubliables, osant le grand écart entre la poésie surréaliste (Louison et Julie qui
jouent du violoncelle et de la scie musicale sur le toit de l’immeuble), le noir cynisme (les tentatives de suicide répétées d’une des locataires, reposant sur des réactions en chaîne
improbables) et le délire à la limite du cartoon (l’incroyable séquence où tous les voisins s’activent sur un tempo identique, du couple qui fait l’amour jusqu’aux artisans qui fabriquent des
boîtes à faire « meuh », en passant par Louison qui peint un plafond et une ménagère qui nettoie son tapis). Bref, un très bel exercice de style, et la promesse de maintes perles
cinématographiques à venir.
Tous ceux qui avaient été fortement impressionnés et très agréablement surpris parThe Descent(et ils sont nombreux) accueillirent avec beaucoup de
suspicion l’annonce d’une pourtant inévitable séquelle. Comment retrouver la hargne, la surprise, la nouveauté et la spontanéité du huis clos de Neil Marshall ? D’autant que ce dernier cède
ici le pas à son monteur Jon Harris, passant pour la première fois derrière la caméra. Autant le dire tout de suite : la déception dépasse largement toutes nos craintes. Le premier problème
majeur de cette suite est qu’elle repose sur le montage américain deThe Descent, sensiblement différent de la version originale vue en
Europe.
En effet – attention, la phrase qui suit est réservée à ceux qui ont vu le premier film – si Neil Marshall avait réservé à son héroïne Sarah un sort peu enviable en la laissant définitivement
enfermée dans les dédales souterrains où régnaient les redoutables « crawlers », les distributeurs US ont opté pour un ridicule happy ending lui permettant de ressortir à la surface et de
s’échapper. The Descent part 2reprend donc l’action à ce stade précis. Sarah (toujours incarnée par Shauna MacDonald) est
passablement traumatisée, et une équipe de secours dirigée par l’acariâtre shérif Vaines (Gavan O’Herlihy) s’apprête à redescendre sous terre afin de retrouver les cinq disparues. Via un prétexte
scénaristique gros comme une maison, Sarah est sommée d’intégrer cette équipe, et le cauchemar recommence sans surprise…
Le film multiplie dès lors les incohérences (certains personnages morts dans le film précédent reviennent ici en pleine forme), les effets faciles (les monstres n’en finissent plus de surgir dans
le champ de la caméra en faisant « bouh ! » pour nous effrayer), les caractérisations caricaturales (Sarah s’est muée en véritable Terminator, le shérif est un sale type antipathique
sans l’once d’une nuance) et les rebondissements absurdes (la scène finale, dans le genre, vaut son pesant de cacahuètes). Mangeant un peu à tous les râteliers, Jon Harris se dit que quelques
trucages gore ne peuvent pas faire de mal, faisant donc gicler le sang et charcutant la chair humaine dès que l’occasion se présente, et confond rythme et rapidité, concoctant des scènes d’action
parfaitement illisibles – ce qui est tout de même un comble pour un ex-monteur.
Certes, deux ou trois séquences de suspense surnagent, notamment lorsque les protagonistes doivent braver leur vertige, mais l’ensemble gravite désespérément au premier degré, oubliant toutes la
métaphore de la pénétration de l’intimité féminine qui sous-tendait le premierThe Descentpour se contenter d’en imiter servilement – et
maladroitement – les scènes choc. C’est d’autant plus dommage que le pitch de cette séquelle – une équipe de secours menée par la survivante d’un massacre part à la chasse aux monstres sur un
terrain hostile – rappelait beaucoup celui d’Alienset aurait donc pu donner lieu à un second épisode mouvementé transcendant les composantes du premier opus. Mais il eut fallu à la barre du
projet des artistes animés par une vision, un sens artistique et un discours qui font ici cruellement défaut.
En pleine promo de sa comédie Micmacs à Tire-Larigot, Jean-Pierre Jeunet retrace pour nous les moments clefs de sa carrière et détaille
quelques-uns de ses partis-pris artistiques. A bâtons rompus, il évoqueLa Cité des Enfants Perdus, Alien la résurrection, le Harry Potter qu'il a refusé de réaliser et son projet avorté
L'Histoire de Pi. Attention : entretien exclusif !
Christian Alvart était un cinéaste allemand méconnu jusqu’à ce qu’il réalise Antibodies, un thriller sombre et
oppressant marchant sur les traces de Seven et du Silence des Agneauxsans jamais chercher à les imiter et témoignant d’un véritable talent dans le double domaine de la recherche graphique et de la création d’atmosphères. Fort bien
troussé, Antibodiesouvrit à Alvart les portes d’Hollywood, et le savoir à la tête d’un film de science-fiction horrifique
était pour le moins réjouissant. Jusqu’à ce que le double slogan du poster de Pandorumne refroidisse quelque peu cet
enthousiasme. Car si la phrase « A des millions de kilomètres de la Terre personne n’ira vous secourir » se démarque maladroitement de la célèbre accroche d’Alien, trahissant
un apparent manque d’originalité, « Par les créateurs deResident
Evil»inquiète davantage, dans la mesure où le producteur/réalisateur Paul W.S.
Anderson n’a jamais été réputé pour sa finesse (Mortal Kombat, Aliens vs. Predators,Course à la Mort).
Résultat des courses : Pandorumreste fidèle au savoir faire de
son metteur en scène mais exhale un sentiment de déjà-vu permanent qui amoindrit considérablement son impact. Les premières séquences du film savent pourtant captiver et intriguer le spectateur.
Deux astronautes (Dennis Quaid et Ben Foster) se réveillent dans un gigantesque vaisseau spatial après un long séjour en hyper-sommeil. Désorientés, plongés dans le noir, ils sont atteints d’une
amnésie partielle qui les empêche de connaître leur identité et leur mission. Tandis que le lieutenant Payton (Quaid) s’efforce de remettre en route le système de communication du vaisseau, le
caporal Bower (Foster) part explorer les corridors sombres. Il ne tarde pas à découvrir quelques survivants cachés ainsi qu’une horde d’effroyables créatures mues par un appétit
anthropophage…
Indiscutablement, Alvart s’y connaît en ambiances oppressantes, et l’entrée en matière de Pandorumsait jouer efficacement avec nos nerfs, d’autant que Dennis Quaid et Ben Foster jouent le jeu avec conviction et constituent d’intéressants pôles
d’identification. Mais plus l’intrigue évolue, plus elle fixe ses propres limites et plus l’originalité apparente du propos se dilue dans une collection de motifs visuels familiers de l’amateur
de science-fiction (cette longue exploration dans les coursives sinistres d’un vaisseau spatial inquiétant nous renvoie illico à Event HorizonetSunshine, ces créatures enragées et affamées présentent bien des
similitudes avec les creepers deThe Descentet les orques duSeigneur des Anneaux).
Le scénario lui-même perd beaucoup de sa crédibilité en cours de route, car le comportement des personnages laisse souvent perplexe
(notamment la biologiste muée en guerrière farouche et sauvage), l’explication de la présence des monstres s’avère traitée par dessus la jambe et les derniers rebondissements sont pour le moins
décousus. Restent quelques très efficaces moments de suspense, en particulier la réactivation du réacteur du vaisseau au milieu d’un « nid » de créatures endormies, et un final
grandiose digne de quelques couvertures de pulps de SF des années 50. Pour l’heure, Alvart s’est avéré plus convaincant sur la terre ferme que dans l’espace…
Producteur d'Avatar - et aussi accessoirement de Titanic - John Landau s'exprime sur quelques-uns des défis techniques et artistiques relevés pour les besoins de la dernière
folie de James Cameron. Ces propos ont été recueillis par votre serviteur lors du passage à Paris de Landau, le 7 septembredernier.
Douze ans. C’est la durée qui sépare Avatar de Titanic. Pourquoi a-t-il fallu autant patienter avant de découvrir
le nouveau long-métrage de James Cameron ? « Pour des raisons techniques », nous explique John Landau, producteur d’Avatar et deTitanic (voir
l'interview). En réalité, Cameron avait Avatar en tête dès le milieu des années 90, mais lorsqu'il fit établir les premières estimations budgétaires du projet auprès de Digital Domain et
ILM, le prix grimpa à près de 400 millions de dollars ! Il était évidemment impensable, pour n’importe quel studio, de tenter un tel pari financier.
Cameron remit donc son Avatar dans un tiroir, jusqu’en 2002 oùLes Deux
Toursde Peter Jackson, deuxième volet de la sagaLe Seigneur des Anneaux, révélèrent une considérable avancée technologique. Le
personnage de Gollum, interprété par le comédien Andy Serkis et « réinterprété » par les infographistes de Weta par l’entremise de la motion capture, prouvait en effet la possibilité de
concevoir enfin des personnages numériques criants de réalisme. Si ce n'est qu'Avatar n'utilise pas la traditionnelle "Motion Capture" pour animer ses personnages virtuels, mais une
"Performance Capture" permettant de restituer non seulement les mouvements mais aussi les expressions faciales des comédiens.
Avatar se situe dans le futur et prend pour héros Jake Sully, un vétéran de guerre désormais cloué à un fauteuil roulant. Acceptant une mission d’un genre très particulier, il part s’installer
sur la planète Pandora, dont la végétation luxuriante abrite toutes sortes de créatures étranges ainsi qu’une peuplade tribale nommée Navi. Humanoïdes, les Navis diffèrent cependant des terriens
par bien des aspects. Ils mesurent quelque trois mètres de haut, ont la peau bleue, de larges orbites et une petite queue dans le bas du dos. Or, pour pouvoir intégrer ce peuple extra-terrestre,
Jake doit lui-même devenir un Navi, autrement dit utiliser un autre corps que le sien, un « avatar » possédant les attributs morphologiques des Navis…
Dans son montage final, Avatar sera constitué d’environ 40% de prises de vues réelles (avec les acteurs en chair et en os) et de 60% d’images de synthèse (avec des personnages et des
environnements 100% numériques). La difficulté du casting consistait ainsi à dénicher des comédiens à l’aise dans les deux registres, et dont le jeu et les expressions soient parfaitement
reconnaissables une fois leur morphologie humaine transformée selon les codes biologiques des Navis. Parmi les premières actrices sélectionnées, Sigourney Weaver incarne le docteur Grace et
retrouve ainsi James Cameron 23 ans aprèsAliens. Pour le héros Jake, le choix se porte sur Sam Worthington, un solide acteur australien révélé par son rôle majeur dans Terminator Renaissance. Quand à la belle native Neytiri, dont va s'éprendre Jake, elle est incarnée par Zoe Seldana, qu'on a pu
découvrir en ravissante lieutenant Uhura dans le dernier Star Trek.
Au-delà de son utilisation révolutionnaire des techniques de performance capture – comme en témoignent
certaines expressions de visage incroyablement réalistes des comédiens virtuels – Avatar pousse également très loin son utilisation du relief, dépassant largement le cadre des
« gimmicks » habituels (projection d’objets en direction des spectateurs, jeux sur la profondeur de champ) pour s’en servir de véritable outil narratif. L’exemple le plus frappant, parmi
les trente minutes que nous avons pu visionner sur grand écran, concerne le réveil du héros après sa transformation en Navi. Maladroit dans son corps trop grand, il appréhende avec difficulté sa
nouvelle morphologie, et l’emploi du relief décuple l’effet d’identification, le spectateur vivant quasiment cette expérience en même temps que le personnage. Il va de soi que le spectacle ne sera
donc complet que pour ceux qui auront la possibilité de visionner Avatar en 3D.
Le premier Piranhasimitait avec une touchante maladresse Les Dents de la Mer, échappant au ratage grâce au style et à
l’ironie de Joe Dante. Rien de tel ici, et si la plupart des filmographies officielles de James Cameron oublient volontairement de mentionner Piranhas 2, c’est que cette improbable séquelle ne fait pas très bon effet sur un CV. Cela dit, avant de réaliserTerminator, Aliens, AbyssetTitanic, il fallait bien que le cinéaste fasse ses premières armes. Il trouva de
quoi s’occuper dans la société New World Pictures de Roger Corman, œuvrant tour à tour comme maquettiste (Les Mercenaires de l’Espace), peintre sur verre (New York 1997), designer (La Galaxie de la
Terreur, Androïd).
Le flair de Corman l’incita à pousser ce jeune homme derrière une caméra. Voici donc Cameron aux commandes de Piranhas 2dont le scénario se contente de piocher un maximum d’idées dans les deux premiersJaws. Lance
Henriksen, en shérif, remplace ici Roy Scheider, avec qui il présente quelques similitudes physiques. Comme dans Jaws 2, il part
en hélicoptère à la recherche de son fils perdu en mer. Ici encore, l’armée américaine finance des recherches pour créer des « machines à tuer » indestructibles destinées aux rivières du
Vietnam. Mais il y a quelques bavures, et parmi elles la création involontaire d’une nouvelle race de piranhas munis d’ailes. S’il n’y a pas grand-chose à sauver de cette entreprise, dont l’humour
gras lorgne carrément du côté de Police Academy, deux séquences surnagent un peu et valent presque le détour : l’attaque
des piranhas volants sur la plage, et le regroupement des poissons voraces dans l’épave, au moment du climax.
Ces séquences doivent leur efficacité à la nervosité du montage et aux astucieux effets spéciaux de Gianetto de Rossi, maquilleur attitré des films gore de Lucio Fulci. Les analystes percevront
tout de même déjà quelques composantes récurrentes de l’univers de James Cameron : les prises de vues sous-marines, bien sûr, les éclairages bleutés, également, mais aussi et surtout la mise
en scène d’un protagoniste féminin volontaire, fort et héroïque, prélude aux personnages d’Helen Ripley et Sarah Connor. Pour le reste, la médiocrité semble être le maître mot de
Piranhas 2, mais les conditions étranges dans lesquelles le film fut réalisé expliquent sans doute en partie cet état de
fait.
Peu satisfait des images tournées par Cameron, le producteur Ovidio G. Assonitis décida de reprendre les rênes du film, d’en tourner lui-même de larges séquences et d’exclure le metteur en scène de
la salle de montage. Cameron, qui n’était déjà pas du genre à se démonter, décida d’entrer par effraction dans les locaux de la production, en pleine nuit, afin de remonter le film à sa
guise ! Hélas, le cinéaste rebelle fut surpris en flagrant délit et interrompu sur le champ. Le montage que nous connaissons est donc l’œuvre d’Assonitis, dont les crédits de metteur en scène
comptent des œuvres aussi impérissables que Le Démon aux Tripesou Tentacules. Des années plus tard, au faîte de sa gloire, Cameron citera avec cynisme Piranhas 2comme « le film le plus subtil jamais réalisé sur des piranhas volants » !
Avec Terminator 2, James Cameron semblait
avoir atteint l’apogée de son talent et de sa carrière. A tel point qu’on se demandait quelle serait la prochaine étape de son parcours cinématographique. Lorsqu’il livra au public True
Lies, un remake survolté mais guère innovant de La Totale de Claude Zidi, on le sentit en perte d’inspiration. Ceux qui craignaient que Titanic, son projet suivant, ne soit un
énième film catastrophe ressassant un sujet mille fois raconté et traînant derrière son sillage l’arrogante réputation de film le plus cher de l’histoire du cinéma, eurent tôt fait de se raviser.
Car Titanic s’érige en véritable chef d’œuvre romantique et humaniste.
Toutes les thématiques qui firent la force de Terminator, Aliens et Abyssy sont surexposées et magnifiées : l’homme se débattant sous le poids d’une écrasante machine, les
affres de protagonistes à cheval entre deux époques, l’émergence d’un héroïsme insoupçonné chez une femme meurtrie se renforçant face à l’adversité… Le récit prend d’abord pour héros Brock
Lovett, un chasseur de trésor incarné par Bill Paxton, acteur fétiche de Cameron. En fouillant l’épave du Titanic à la recherche d’un légendaire diamant, Lovett découvre le portrait d’une jeune
femme arborant le bijou en question. Peu après, la vénérable centenaire Rose Dawson (Gloria Stuart) se présente à lui, affirmant être la femme du portrait. Et pour le lui prouver, elle va lui
raconter son voyage à bord du Titanic, qui s’acheva par la monstrueuse catastrophe que l’on sait.
Nous voici donc transportés en 1912, le scénario prenant alors les allures de « Roméo et Juliette » des mers,
puisque Rose (dès lors interprétée par Kate Winslet, la révélation de Créatures Célestes), jeune fille de bonne famille promise à l’arrogant Carl Hockley (excellent Billy Zane), tombe
amoureuse d’un dessinateur crève la faim nommé Jack Dawson (Leonardo Di Caprio, qui tint justement la vedette du Romeo+Juliette de Baz Luhrmann). Une romance complexe progresse alors, parallèlement au fier navire qui s’achemine lentement mais sûrement vers sa tragique destinée.
Titanic s’efforce ainsi de mêler adroitement l’intrigue sentimentale intimiste, la satire sociale grinçante et le film catastrophe spectaculaire.
Côté effets spéciaux, nous sommes donc servis, puisque le créateur de Terminator a repoussé toutes les limites. Jamais personne n’était allé aussi loin dans la génération de figurants humains 100%
3D, jamais un océan en image de synthèse ne fut plus réaliste, et jamais les morphings n’avaient été utilisés avec autant d’intelligence, servant ici de magnifiques transitions qui permettent
d’effectuer de réguliers allers-retours entre 1912 et 1997. L’accident lui-même, point d’orgue du film et du drame qu’il narre, prend des proportions cataclysmiques. Macabre ride d’un
épouvantable parc d’attractions, le naufrage du Titanic restera ainsi dans toutes les mémoires comme l’un des moments les plus impressionnants et les plus marquants de toute l’histoire du cinéma
catastrophe.« Quand on réalise un film aussi complexe d’un point de vue technologique, la chose la plus importante
est de s’assurer que les acteurs ne soient pas écrasés et puissent s’exprimer pleinement », raconte Cameron
(1).Fort de ses qualités techniques et artistiques, Titanic connut un colossal succès, se muant
quasiment en phénomène de société et remportant pas moins de onze Oscars.
(1) Propos recueillis par votre serviteur en décembre 2009
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:
Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…
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