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The Wolverine (24 juillet 2013)

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LA BASE DE DONNEES

684 films chroniqués de A à Z

94 personnalités interviewées

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Jeudi 6 décembre 2012 4 06 /12 /Déc /2012 20:54

The-Hobbit.jpg(The Hobbit : An Unexpected Journey)

de Peter Jackson (Nouvelle-Zélande / Etats-Unis)

avec Martin Freeman, Ian McKellen, Richard Armitage, Ken Stott, Graham McTavish, William Kircher, James Nesbitt

 

L’idée de tirer une trilogie cinématographique de « Bilbo le Hobbit », première incursion littéraire de J.R.R. Tolkien en Terre du Milieu, peut sembler disproportionnée. Mais Peter Jackson et ses fidèles co-scénaristes Fran Walsh et Philippa Boyens ne se sont pas contentés de porter à l’écran ce roman initiatique. Pour nourrir le récit et enrichir son univers, le trio (accompagné de Guillermo del Toro) a savamment décortiqué les 120 pages d’annexes rédigées par l’écrivain en complément du « Retour du Roi », s’armant du même coup d’un matériau littéraire dense et complexe.

 

Pendant longtemps, il fut question que Del Toro réalise The Hobbit, mais les délais de préparation interminables finirent par le décourager et c’est Jackson qui prit le taureau par les cornes pour s’atteler lui-même à la tâche. La cohérence entre la saga du  Seigneur des Anneaux  et cette préquelle n’en est que plus grande, même si l’on demeure curieux sur les apports artistiques qu’aurait pu y insuffler l’auteur du   Labyrinthe de Pan . Le film nous décrit la quête de treize nains soucieux de reconquérir le royaume d’Erebor suite à l’assaut du redoutable dragon Smaug qui les mua en peuple sans terre. Avec l’aide du magicien Gandalf, ils requièrent l’aide du hobbit Biblon Sacquet, pourtant peu enclin à l’aventure. Cette expédition hétéroclite, menée par le valeureux guerrier Thorin Ecu-de-Chêne, s’apprête à braver des périls inimaginables…

 

Après un prologue apocalyptique au cours duquel se déchaine la furie incandescente du légendaire Smaug, Peter Jackson adopte une narration en crescendo, établissant progressivement le caractère de ses quinze personnages principaux (ce qui n’est pas en soi une mince affaire) avant de les plonger au cœur de la tourmente. Lorsque surviennent les scènes d’action, le savoir-faire impressionnant du cinéaste se met en route avec un sens de la frénésie, de l’innovation, de la démesure et de la précision qui semblent n’appartenir qu’à lui. Le combat des géants de pierre, l’assaut souterrain des milliers de gobelins ou la bataille contre les orcs sont de nouveaux moments d’anthologies qui s’ajoutent à une saga déjà chargée en morceaux de bravoure.

 

Conçues sur le mode du déséquilibre perpétuel, ces échauffourées titanesques et inédites donnent le vertige et coupent le souffle. La réorganisation permanente de la topographie (montagnes qui s’effondrent, ponts suspendus qui se détachent, arbres qui se déracinent) provoque un sentiment de danger croissant et tangible, que la technologie 3D accentue sans pour autant s’avouer indispensable. Car Jackson manie si bien le relief (comme le prouvait déjà King Kong) que le recours à la stéréoscopie semble finalement superflu. Une cohorte de nouvelles créatures vient agrémenter le métrage, tandis que quelques visages familiers (Ian McKellen, Hugo Weaving, Cate Blanchett, Christopher Lee, Ian Holm, Elijah Wood) assurent le lien avec la trilogie que nous connaissons déjà. Cerise sur le gâteau, la symphonie composée par Howard Shore fusionne les anciens thèmes avec de nouveaux motifs (celui des nains est un petit bijou) et parachève en beauté ce spectacle inoubliable.

 

© Gilles Penso
Thema: Heroïc Fantasy

Par Gilles Penso - Publié dans : FILMS - Communauté : Autres Mondes...
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Mercredi 5 décembre 2012 3 05 /12 /Déc /2012 14:36

Les-Mondes-de-Ralph.jpg

 

Après avoir cassé la barraque aux Etats-Unis, Les Mondes de Ralph débarque dans nos salles avec perte et fracas. Saura-t-il aussi conquérir nos chères têtes blondes ? Rappelons-en le pitch : dans une salle d’arcade, Ralph la casse est le héros mal aimé d’un jeu des années 80. Son rôle est simple : il casse tout ! Pourtant il ne rêve que d’une chose, être aimé de tous… Vanellope Van Schweetz quant à elle, évolue dans un jeu de course, fabriqué uniquement de sucreries. Son gros défaut : être une erreur de programme, ce qui lui vaut d’être interdite de course et rejetée de tous… Ces deux personnages n’auraient jamais dû se croiser… et pourtant, Ralph va bousculer les règles et voyager à travers les différents mondes de la salle d’arcade pour atteindre son but : prouver à tous qu’il peut devenir un héros… Ensemble, arriveront-ils à atteindre leurs rêves ?


 

Une petite bande annonce s'impose :

 

Par Gilles Penso - Publié dans : NEWS - Communauté : Cinéma
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Mardi 4 décembre 2012 2 04 /12 /Déc /2012 10:05

Image 1Une chose est sûre : John Landis s’y connaît en monstres. Pour son premier long-métrage Schlock, il endossa lui-même la panoplie d’un homme-singe turbulent, conçue par le génial maquilleur Rick Baker. Puis il nous offrit le prodigieux Le Loup-Garou de Londres, transforma Michael Jackson en zombie, en lycanthrope et en panthère dans Thriller et Black or White, mua Anne Parillaud en vampire dans Innocent Blood, mit en scène les exploits sanglants de Burke et Hare dans Cadavres à la pelle… Fantasticophile accompli, Landis a eu la bonne idée de signer un superbe livre consacré aux bébêtes les plus marquantes de l’histoire du Septième Art, « Monsters in Movie », que les éditions Flammarion viennent de traduire en français sous le titre « Créatures Fantastiques et Monstres au Cinéma. » C’était l’occasion rêvée de soumettre à la question ce cinéaste légendaire, à qui nous devons aussi les cultissimes Blues Brothers et Un Fauteuil pour deux.

 

Image 3


John, pourquoi un livre sur les monstres au cinéma?

Et pourquoi pas?

 

Comment avez-vous déniché les splendides photos qui illustrent votre livre?

Environ 80% d’entre elles ont été fournies par mes partenaires sur ce livre, la légendaire Kobal Collection. Les autres viennent de plusieurs de mes amis.

 

Dans l’introduction du livre, vous affirmez qu’il ne s’agit pas d’une encyclopédie. J’ai pourtant l’impression du contraire. Certes, vous ne citez pas tous les monstres de l’histoire du cinéma, mais c’est l’un des répertoires les plus complets à ce jour.

Je suis très heureux que vous trouviez ce livre encyclopédique, mais il y a tant de monstres dans l’histoire du cinéma qu’il m’a fallu faire une sélection. Mon éditeur m’a logiquement restreint dans le nombre de pages à ma disposition. Sans parler de tous ces monstres que je n’ai découvert que tardivement, alors qu’il était trop tard pour rajouter des textes ou des images. Plutôt qu’une encyclopédie, je dirais qu’il s’agit d’un tour d’horizon illustré des monstres au cinéma. En fait, l’objectif principal de ce livre est d’être drôle et cool. Ce n’est pas un projet universitaire, son but est avant tout d’être distrayant.

 

Je suppose que parfois, il n’était pas facile de ranger certains monstres dans une catégorie plutôt qu’une autre. Les monstres de Lifeforce sont à la fois des vampires et des extra-terrestres par exemple… 

Ce n’est pas vraiment une question, mais vous avez raison ! Il a fallu les ranger selon une logique subjective, et les choses se sont organisées au feeling, au fur et à mesure de l’élaboration du livre.

 

Christopher Lee, Joe Dante, David Cronenberg, Sam Raimi, Guillermo del Toro, Ray Harryhausen, Rick Baker et John Carpenter sont interviewés dans le livre. Pourquoi avoir arrêté votre choix sur ces huit personnalités en particulier ?

Parce que chacun d’entre eux, à sa manière, a contribué de manière essentielle à la création de monstres cinématographiques. Et parce que ce sont tous des amis. Je savais que mes conversations avec eux seraient plus candides que s’il s’agissait d’interviews traditionnelles réalisées par un journaliste leur posant les mêmes questions.

 

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Comment définiriez-vous ce qu’est un monstre ?

Ma réponse à cette question se trouve dans l’introduction du livre ! Le mot « monstre » vient du latin monstrum. « Monstrueux » qualifie une perversion de l’ordre naturel, généralement d’un point de vue biologique. Le mot monstre est associé à quelque chose de mauvais et de sinistre. Un monstre est détestable, d’un point de vue physique ou mental. C’est souvent une aberration dans son apparence et son comportement. Le mot monstre est donc généralement associé au concept du mal, à la fois dans la pensée et dans l’action. Voilà pourquoi des gens d’apparence normale qui agissent de manière répréhensible sont aussi qualifiés de monstres.

 

Pourquoi pensez-vous que les films de monstres soient si populaires ?

Je dirais que les monstres existent dans le subconscient de chacun d’entre nous, et vivent dans nos souvenirs les plus primaires. Aller à leur rencontre dans un film équivaut quasiment à réaliser un exorcisme, une expérience cathartique qui a en outre le mérite d’être extrêmement distrayante.

 

Quels sont les premiers films de monstres dont vous ayez gardé le souvenir ?

Je me souviens avoir vu Frankenstein rencontre le Loup-Garou à la télévision alors que j’étais très jeune. C’est un souvenir très ancien. Et je me rappelle que je changeais de chaine chaque fois que le film devenait trop effrayant pour moi ! J’ai découvert tous les monstres classiques du cinéma sur le petit écran. En revanche, c’est en salle que j’ai vu la plupart des monstres de Ray Harryhausen.

 

Quels sont vos monstres cinématographiques favoris ?

Le King Kong original, L’Etrange Créature du Lac Noir, les hommes-animaux de L’Île du Docteur Moreau, le monstre de Frankenstein interprété par Boris Karloff, Le Loup-Garou, les deux versions de The Thing (celle d’Howard Hawks et celle de John Carpenter), le cyclope et le dragon du 7ème Voyage de Sinbad, Talos, les harpies et l’hydre de Jason et les Argonautes, et la bête dans La Belle et la Bête de Jean Cocteau.

 

Qui dit monstre dit souvent jolie fille qui crie. Quelles sont vos « scream queen » préférées ?

Fay Wray (dans le King Kong de 1933) et Mary Philbin (dans Le Fantôme de l’Opéra de 1925).

 

Vous avez vous-même mis en scène quelques monstres mémorables. A quand le prochain ?

Je ne sais pas, mais une chose est sûre : je suis toujours partant pour réaliser un film de monstre !

 

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A droite l'interviewé, à gauche l'interviewer…

 

Propos recueillis par votre serviteur le 3 décembre 2012

Par Gilles Penso - Publié dans : LIVRES - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Lundi 3 décembre 2012 1 03 /12 /Déc /2012 08:50

evildead-remake-firstposter-full.jpg

 

Le nouveau poster du remake d'Evil Dead, réalisé par le cinéaste uruguayen Fede Alvarez, promet beaucoup de chose et érige le film en nouveau classique du genre, s'auto-proclamant "Le film le plus terrifiant de tous les temps". Un peu présomptueux peut-être ? Réponse l'été prochain…

Par Gilles Penso - Publié dans : NEWS - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Dimanche 2 décembre 2012 7 02 /12 /Déc /2012 11:20

l-homme-qui-venait.jpgde Nicolas Roeg (Grande Bretagne)

avec David Bowie, Rip Torn, Candy Clark, Buck Henry, Bernie Casey, Jackson D. Kane, Rick Riccardo, Tony Mascia

 

Adapté du roman homonyme écrit en 1963 par Walter Tevis, L’Homme qui venait d’ailleurs raconte l’arrivée sur Terre d’un extra-terrestre à l’allure humaine dont la mission est de rapporter de l’eau sur sa planète moribonde, écrasée par une sècheresse accablante. Pour parvenir à ses fins, il commercialise plusieurs inventions révolutionnaires et se retrouve bientôt à la tête d’une multinationale, sous le nom de Thomas Jerome Newton. Lorsqu’il obtient la somme d’argent nécessaire, il se lance dans la fabrication d’un vaisseau spatial afin de pouvoir retrouver les siens. Mais les effets secondaires de son arrivée sur notre planète se font peu à peu ressentir : il sombre dans l’alcool, a du mal à gérer l’amour que lui porte la jeune Mary-Lou, et suscite des animosités auprès d’un monde industriel impitoyable qu’il ne maîtrise guère. Plus le temps passe, et plus son retour sur sa planète natale semble compromis…  

 

L’Homme qui venait d’ailleurs est archétypique d’un certain cinéma auteurisant des années 70, s’extrayant des règles narratives et formelles établies et préférant le sensoriel au rationnel, comme en écho à la Nouvelle Vague amorcée plus de dix ans plus tôt. La démarche, assez déroutante, pousse Nicolas Roeg à se laisser aller à l’improvisation, à la déstructuration de son intrigue, et à des choix de montage curieux oscillant entre l’inventif (comme la mise en parallèle de deux actions situées à deux moments différents, évoquant les travaux d’Alain Resnais et annonçant ceux de Steven Soderbergh) et la totale confusion. Parfois, on a presque l’impression de visionner l’assemblage aléatoire de chutes ou de fins de bobine que le monteur aurait conservées par erreur.

 

Ce traitement atypique donne l’impression que l’équipe est partie tourner en oubliant d’emporter avec elle le scénario, tout en essayant de ce souvenir de l’histoire à raconter. La lecture du roman original, bien plus limpide que le script de Paul Mayersberg, s’avère d’ailleurs secourable pour qui veut comprendre les tenants et les aboutissants de ce récit alambiqué, dans lequel Roeg a accentué fortement les connotations sexuelles ambiguës. La grande idée du film, qui lui doit sans aucun doute sa relative notoriété, est d’avoir confié le rôle titre à David Bowie, même s’il fut un temps question de Peter O'Toole. Malingre, androgyne, très pâle, le comédien-chanteur ressemble vraiment à un extra-terrestre, sans qu’aucun maquillage n’ait besoin de le transfigurer. Le grimage intervient tout de même dans une scène étonnante où il se révèle sous ses véritables traits, le crâne lisse et le regard félin.

 

Nicolas Roeg dote également son film d’une indéniable poésie graphique au cours des flash-back évoquant la planète de son héros. Accompagné de sa famille, harnaché d’un scaphandre où plusieurs tuyaux répartissent l’eau dans son corps, il traverse le désert rougeoyant et gagne un véhicule surprenant, aux allures de wagon pyramidal. Des images qui contrastent violemment avec le réalisme brut du reste du film, capté par une caméra ivre qui finit par laisser plus d’un spectateur sur le carreau. En 1987, MGM eut l’étrange idée d’en tirer une série télévisée, mais le projet s’arrêta au stade d’un pilote sans éclat signé Bobby Roth.


© Gilles Penso
Thema:
Extra-Terrestres

Par Gilles Penso - Publié dans : FILMS - Communauté : Extraterrestres
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Samedi 1 décembre 2012 6 01 /12 /Déc /2012 11:42

Obsession.jpgde Brian de Palma (1976) – USA

avec Cliff Robertson, Genevieve Bujold, John Lithgow, Wanda Blackman, Sylvia Kuumba Williams, J. Patrick McNamara

 

Obsession est l’un des films les plus graphiques, les plus mélancoliques et les plus troublants de Brian de Palma. C’est aussi, probablement, l’un de ceux qui ont le moins bien vieilli, les effets de mise en scène ultra-stylisés du cinéaste n’ayant pas tous passé sans heurts le cap des années 70. Baptisé à l’origine « Déjà vu », le scénario de Paul Schrader (qui venait d’écrire Taxi Driver) démarre en 1959 à la Nouvelle-Orléans. Michael et Elizabeth Courtland (Cliff Robertson et Geneviève Bujold) fêtent leurs dix ans de mariage. Pour eux et Amy, leur fillette de neuf ans, c’est le parfait bonheur au sein de la bourgeoisie d’affaires du sud des Etats-Unis. Mais, dans la nuit, des gangsters kidnappent l’épouse et la fillette.


Michael est prêt à payer la rançon de 500 000 dollars qu’on lui réclame, puis finalement, suivant les conseils de la police, tend un piège aux ravisseurs. L’opération tourne mal, et se termine par la mort accidentelle des ravisseurs et des otages. Seize ans plus tard, Michael et son associé Robert (John Lithgow) partent pour Florence en voyage d’affaires. Michael est ému, car c’est dans cette ville qu’il avait connu sa femme. Or au cours de son pèlerinage sentimental, il rencontre, exactement au même endroit que vingt-cinq ans plus tôt, une jeune étudiante en art, Sandra Portinari, qui ressemble trait pour trait à Elizabeth. Inévitablement, notre inconsolable veuf tombe amoureux de la belle Italienne et en vient même à se demander s’il ne s’agirait pas de la réincarnation de sa défunte épouse. Plusieurs détails surprenants tendent à corroborer cette folle théorie. Bien décidé à la ramener à la Nouvelle-Orléans et à l’épouser, Michael n’est pas au bout de ses surprises…

 

Variation habile sur le thème de Sueurs Froides (une des œuvres cultes de Brian de Palma qui servira également de base à l’histoire de Body Double, de Femme Fatale, et influencera même le prologue et l’épilogue d’Outrages), Obsession enfonce le clou de la référence hitchcockienne via une flamboyante partition signée Bernard Herrmann lui-même. Le film souffre cependant d’un casting inégal. Si Geneviève Bujold est à la fois sublime et bouleversante dans les deux rôles qu’elle incarne tour à tour, et si John Lithgow cabotine à merveille en associé et ami du héros (il deviendra l’un des acteurs fétiche de De Palma), Cliff Robertson, pour sa part, affiche un visage totalement dénué d’expression. Le réalisateur avouera plus tard qu’il ne s’agissait pas de son premier choix, mais que Richard Burton était trop cher et James Stewart trop vieux !

 

Malgré ces réserves, l’œuvre demeure envoûtante de bout en bout, ciselée comme une pièce d’orfèvrerie par un De Palma très inspiré et mis en lumière avec beaucoup de sensibilité par le légendaire directeur de la photographie Vilmos Zsigmond (Délivrance, Voyage au bout de l’enfer, Rencontres du Troisième Type). Plusieurs morceaux de bravoure ponctuent ainsi le film, notamment le travelling circulaire dans le mausolée, le flash-back dans l’aéroport, ou l’anthologique final au ralenti, un effet de style qui deviendra l’une des marques de fabrique d’un metteur en scène alors à l’aube de sa carrière hollywoodienne.

 

© Gilles Penso

Thema: Mort

Par Gilles Penso - Publié dans : FILMS - Communauté : Cinéma
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Vendredi 30 novembre 2012 5 30 /11 /Nov /2012 09:48

bad-taste.jpgde Peter Jackson (Nouvelle-Zélande)

Avec Peter Jackson, Mike Minett, Pete O'Herne, Terry Potter, Craig Smith, Doug Wren

  

En 1983, Peter Jackson, fan des Monty Pythons, de Ray Harryhausen, de Gerry Anderson et de King Kong, s’achète une caméra 16 mm et commence à tourner dans sa petite ville natale de Pukerua Bay, au sud de Wellington, un film amateur qui, petit à petit, se transformera en long-métrage. Bad Taste raconte l’invasion d’une ville côtière néo-zélandaise par des extra-terrestres anthropophages décidés à transformer les humains en ingrédients pour une chaîne de fast-food. Une poignée de résistants hargneux, armés jusqu’aux dents, tente bientôt de résister contre l’envahisseur.

 

Avec les moyens du bord, le cinéaste, alors à peine âgé de 22 ans, cède à tous les débordements, prône la gratuité et voit son inventivité stimulée par l’anémie de son budget. Jackson joue lui-même deux rôles dans le film, dont celui d’un homme obligé de nouer sur son front un bandeau pour éviter la chute de son cerveau ! Il en profite pour démontrer déjà une virtuosité indéniable dans l’art du montage, puisque les deux personnages qu’il interprète finissent par se battre. Autre astuce de montage qui a fait couler beaucoup d’encre : le mouton qui explose suite à la propulsion d’une roquette. Omniprésent, Jackson occupe tous les postes clefs derrière la caméra : scénariste, réalisateur, producteur, chef opérateur et créateur des effets spéciaux. Le reste de l’équipe est constitué d’amis motivés et pour la plupart étrangers aux métiers du cinéma. Pendant quatre ans, chaque dimanche, le petit groupe enchaîne les prises de vues et assemble petit à petit ce film déjanté.

 

Fusillades, poursuites, maquillages spéciaux audacieux (les fameux masques extra-terrestres grimaçants), maquettes (la maison qui s’envole), pyrotechnie (les voitures qui explosent), la petite équipe ne recule devant rien et ne se laisse jamais intimider par les moyens ridicules mis à sa disposition. Dans une ambiance de tournage proche de celle d’Evil Dead, Jackson tourne principalement caméra à l’épaule et bricole lui-même ses grues, ses steadycams et ses chariots de travelling. Un financement complémentaire alloué par la Commission du Cinéma Néo-Zélandais permettra au film de se terminer enfin et de s’achever même sur un climax franchement spectaculaire. Certes, l’humour gras du film, très proche de celui de la plupart des productions Troma, et la vacuité nihiliste de son scénario n’en font pas le chef d’œuvre absolu que beaucoup vénèrent aux quatre coins du globe.

 

Mais le talent de Jackson est déjà très largement perceptible, et sa persévérance force le respect. Parti de rien, dans une Nouvelle-Zélande à la cinématographie alors inconnue, il signe carrément l’un des films les plus gore de l’histoire du cinéma (dans ce registre, il se surpassera lui-même avec l’incroyable Braindead). En 1987, Bad Taste devient l’une des meilleures surprises du Festival de Paris du Film Fantastique et du Marché du Film à Cannes. Il démarre dès lors une fructueuse carrière sur grand écran, surtout si l’on tient compte de son budget anémique, estimé à 11 000 dollars. Peter Jackson est dès lors promu réalisateur culte auprès des fantasticophiles. C’est le début d’une carrière prometteuse qui se muera bien vite en spectaculaire success story.


© Gilles Penso
Thema:
Extra-Terrestres

Par Gilles Penso - Publié dans : FILMS - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Lundi 26 novembre 2012 1 26 /11 /Nov /2012 20:43

Les-revenants.jpgDe Robin Campillo (2004) – France

Avec Géraldine Pailhas, Jonathan Zaccaï, Frédéric Pierrot, Catherine Samie, Marie Matheron, Djemel Barek, Victor Garrivier

 

Pour son premier long-métrage, le talentueux monteur (Ressources Humaines, Qui a tué Bambi ?) et scénariste (L’Emploi du Temps, Entre les Murs) Robin Campillo décide de s’attaquer à un projet ambitieux, qu’on pourrait définir comme le premier drame social avec des zombies. Le point de départ est pour le moins accrocheur : en l’espace de deux heures, les portes de l’au-delà s’ouvrent, ramenant à la vie soixante dix millions de morts récents. Les premières images, qui montrent des centaines d’hommes et de femmes sortir d’un cimetière et errer dans les rues, sont particulièrement fortes. « L’impensable vient de se produire » dit le maire d’une des villes investies par ces hordes de trépassés.

 

Très vite, la population s’interroge. Que faire d’eux ? Comment les réinsérer dans leurs familles et leurs métiers ? Face à cet événement imprévisible, les cités tentent de s’organiser. Les savants, aussitôt sollicités, constatent que les revenants ont des symptômes proches de l’aphasie post-traumatique. Ils sont lents, en retard, désynchronisés avec le monde, mais en mouvement permanent. On met donc en circulation un médicament, le lithanol, qui calme leur hyperactivité et les réfrène dans leurs déambulations incessantes. Pour pouvoir les repérer et analyser leurs déplacements (estimés à une moyenne de quinze kilomètres par jour et par individu), on fait survoler la ville de ballons sondes équipés de caméras thermiques, dans la mesure où les revenants ont une température corporelle inférieure de cinq degrés à celle des vivants. 

 

Le scénario des Revenants aborde ainsi le sujet sous un angle hyperréaliste, presque clinique, sans toutefois chercher à donner la moindre explication au phénomène. On l’accepte parce qu’on n’a pas le choix et on s’adapte. Le film s’attache à traiter en parallèle l’analyse du phénomène (études scientifiques, dispositions médicales et sociales), et les complexités de la réinsertion des revenants chez les leurs (famille qui se recompose, parents retrouvant leur enfant). Dans ses moments les plus intimes, l’intrigue s’intéresse principalement à Mathieu et Rachel, un couple incarné par Jonathan Zaccaï et Géraldine Pailhas. Jamais les mots « zombie » ou « morts-vivants » ne sont prononcés dans le film, qui choisit sciemment de ne pas arpenter les voies de l’horreur et de l’épouvante malgré le sujet qu’il aborde.

 

Ponctuellement, au détour d’une séquence anodine, Robin Campillo renforce l’étrangeté de son propos en ralentissant légèrement les mouvements de sa caméra pour engourdir les déplacements de ses corps ambulants, post-synchronisant même leurs dialogues pour les recaler sur cette altération du rythme. Les Revenants se pare de plans parfois très graphiques, de belles idées visuelles et de scènes empreintes de bizarrerie poétique, comme ces réunions nocturnes des morts qui communiquent en chuchotant. Hélas, le traitement du film est d’une terrible froideur, et passée la surprise suscitée par la situation de départ, le spectateur saisit mal les finalités d’un scénario s’extrayant difficilement de l’anecdote, et échouant du même coup à traiter frontalement la thématique qui semblait le structurer, celle du deuil et de ses conséquences.

 

© Gilles Penso
Thema:
Zombies
Par Gilles Penso - Publié dans : FILMS - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Jeudi 15 novembre 2012 4 15 /11 /Nov /2012 22:38

 staunton-poster2.jpgde Cameron Romero (USA)

Avec David Rountree, Paula Rhodes, Christine Carlo, Kathy Lamkin, B.J. Hendricks, Charlie Bodin…

 

Oui, le grand George A. Romero (cinéaste de valeur et géant de pratiquement deux mètres) a un fils. Il s’appelle Cameron et, comme papa, fait carrière dans l’horreur. Pas découragé par deux coups d’essai restés commercialement inexploités (Plant Life et The Screening), il entreprend avec Staunton Hill un projet plus « ambitieux » que les précédents : la visite guidée d’une cambrousse à la  Massacre à la Tronçonneuse, relevée du piment rouge de séances de torture à la Saw et Hostel. S’il y a un risque que le « fils de » ne prend pas, c’est bien celui de l’originalité, d’idées un tant soit peu fraîches.

 

Pas très aventureux dans sa démarche, Cameron Romero installe son scénario en 1969, au plus profond des Etats-Unis, en Virginie. Cinq jeunes adultes y font de l’auto-stop, en route vers Washington où ils prévoient de manifester contre la politique gouvernementale. Mauvaise pioche ; ils tombent sur un conducteur qui, faux bon samaritain, simule la panne pour les laisser se jeter dans la gueule du loup. Ou, plutôt, les envoyer se faire trucider par les membres d’une famille bien azimutée, dont les membres brandissent les préceptes de la Bible d’un côté et, de l’autre, les ustensiles nécessaires à leur perte. Elle se compose principalement d’une mama obèse (Kathy Lamkin, déjà vue dans le remake de Massacre à la Tronçonneuse et sa suite), d’une vieille teigne se déplaçant dans un grand fauteuil roulant customisé au goût de la région, ainsi qu’un dadais chargé des basses œuvres. Une sorte de Leatherface sans le masque.

 

Conformément aux règles du genre et au terme des préliminaires de rigueur, les Staunton (c’est le nom des ruraux en question) scalpent, équarrissent, écorchent, amputent, électrocutent… La routine en somme, d’autant plus que le décorum (la ferme isolée, la casse automobile...) et l’accompagnement musical (harmonica et autres instruments du cru) ne se hasardent jamais hors des sentiers battus. Prévisible, Staunton Hill donne aussi l’impression d’un film excessivement bricolé au montage, rafistolé vaille que vaille, et oubliant de traiter son vrai sujet (l’Amérique bigote des campagnes confrontée à l’Amérique contestataire de la fin des sixties).

 

Pourtant, malgré ses ruptures de rythme et incohérences, il parvient, au détour de telle ou telle séquence, à distiller une atmosphère. Glauque, malsaine évidemment, en s’appuyant sur des détails anodins. Un exemple ? La manière dont le tueur de la petite communauté plie et range les vêtements de ses victimes après les avoir réduites au silence éternel. Pas de quoi faire de Staunton Hill un bon film de genre, mais assez pour le rendre intéressant, intrigant. Le talent n’étant pas héréditaire, Cameron Romero ne partage manifestement pas celui de son paternel. Du moins, pas encore… En faisant un peu de progrès et, surtout, en choisissant mieux ses scripts, il peut cependant prétendre à la maîtrise d’un certain savoir-faire. Depuis Staunton Hill, il a tourné un court (The Auctioneers) et deux longs-métrages (Radical, Auteur). Autant  d’occasions de redresser la barre et de faire honneur à un certain héritage. 

 

© Marc Toullec
Thema:
Tueurs
Par Gilles Penso - Publié dans : FILMS - Communauté : Horrorkult.com
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Dimanche 11 novembre 2012 7 11 /11 /Nov /2012 11:12

la_crypte_du_vampire-0.jpg(La Maldicion de los Karnstein)

De Camillo Mastrocinque (1964) – Italie / Espagne

Avec Christopher Lee, Ursula Davis, Adriana Ambesi, Carla Calo, Jose Campos

 

Grâce à la renommée acquise sur les films Hammer, Christopher Lee a rapidement mis à contribution ses capacités polyglottes pour promener son imposante silhouette dans moult productions européennes à partir du milieu des années 60. Dans La Crypte du Vampire, il incarne le comte Ludwig de Karnstein, dont la fille Laura est en proie à de terribles cauchemars. Régulièrement, elle s’éveille en hurlant après s’être vue assassiner des membres de sa propre famille. Or les rêves semblent prémonitoires, car les victimes sont retrouvées vidées de leur sang.

 

Soupçonnant une malédiction ancestrale, le comte sollicite les services de Klaus, un jeune étudiant spécialisé dans la restauration d’œuvres anciennes. Sa mission consiste à remettre à neuf le portrait d’une ancêtre de la famille, Sheena de Karnstein, jadis accusée de sorcellerie et sacrifiée sur l’autel de la superstition. Ludwig craint que sa fille ne soit la réincarnation de l’aïeule maudite, ce qui expliquerait ses morbides obsessions. Cette petite galerie de personnages se complète d’une austère gouvernante, d’une jeune servante un peu trop curieuse, d’un majordome sinistre et de la blonde amante de Ludwig. Comme Klaus est joli garçon, Laura lui fait les yeux doux, soupirant « nous vivons comme dans une tombe, comme au fin fond du monde », tandis que Ludwig passe le plus clair de son temps à arpenter les vastes couloirs du château dans son peignoir de soie.

 

Puis survient la scène la plus improbable du film, dans laquelle Laura se couche nue sur une étoile à cinq branches tracée sur le sol tandis que la gouvernante psalmodie « Sheena de Karnstein, nous t’invoquons » en agitant une autre étoile – en carton découpé celle-ci – au-dessus des flammes d’une bougie. La Crypte du Vampire jongle ainsi avec plusieurs thèmes fantastiques sans trop s’embarrasser de cohérence scénaristique, mêlant vampirisme et sorcellerie en un joyeux cocktail. Lorsqu’intervient le personnage de Ljuba, une jeune fille victime d’un accident de carrose qui séjourne quelques temps au château, l’influence du « Carmilla » de Sheridan le Fanu imprègne le film, quoi que de manière très superficielle. La relation saphique censée lier Laura et Ljuba n’est qu’esquissée au profit d’une amitié exclusive et enfantine.

 

Le film souffre d’une direction d’acteurs dénuée de subtilité, Laura surjouant le désespoir, Ljuba exagérant son ingénuité, Christopher Lee roulant des yeux sévères en crispant la mâchoire. Mais la poésie s’immisce souvent, à travers quelques dialogues métaphoriques (« la nature a préparé son spectacle et attend l’entrée des acteurs, mais on ne peut savoir s’ils joueront une comédie ou une tragédie… » susurre Ljuba, perdue dans la contemplation de la campagne rayonnante), une bande son se ponctuant parfois de lugubres sonneries de cloches, une photographie noir et blanc laissant les rais de lumière souligner les regards inquiets, ou quelques visions macabres surprenantes comme ce chandelier élaboré à partir d’une main coupée. Dans la crypte du titre s’élabore un dénouement riche en rebondissements et en révélations, parachevant théâtralement cette sympathique co-production italo-espagnole.

 

© Gilles Penso

Thema: Vampires

Par Gilles Penso - Publié dans : FILMS - Communauté : Horrorkult.com
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  • Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…

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