Tim Burton est de retour avec Alice au Pays des Merveilles, une version live des célèbres écrits de Lewis Carroll. En attendant
l'interview avec le réalisateur, bientôt en ligne, découvrez la critique de son nouveau film et guettez les pages de l'Encyclopédie du Cinéma Fantastique, qui reviendra sur l'œuvre déjantée du
réalisateur de Beetlejuice.
S’il y avait un concours du remake le plus inutile de l’histoire du cinéma, En Quarantaine aurait toutes ses chances,
faisant presque passer le Psycho de Gus Van Sant pour un modèle d’inventivité ! Initié avant même que[Rec]ne sorte sur les écrans américains, confié à un
réalisateur habitué aux tournages vidéo, En Quarantaine est le prototype du produit de consommation pur évacuant toute initiative artistique au profit d’une méthode d’écriture qu’on
pourrait qualifier de « photocopie scénaristique ». Car le script initial n’est même pas adapté aux sensibilités américaines, voire relocalisé pour mieux coller à la réalité sociale des
Etats-Unis. Il s’agit d’une simple traduction de l’espagnol à l’anglais. Même le nom de l’héroïne, Angela Vidal, a été conservé tel quel.
En ce sens, nous ne sommes pas loin de ces films des années 30, tels Dracula ou L’Atlantide, qui étaient tournés simultanément en plusieurs langues, avec des acteurs différents mais dans
les mêmes décors, afin d’éviter les problèmes de post-synchronisation. « Screen Gem a racheté les droits de notre film pour en faire une version américaine », explique Jaume
Balaguero. « Nous avons été invités à visiter le plateau de tournage, et nous en avons retiré une étrange sensation. En fait, ils se sont efforcés d’être extrêmement fidèles à notre
film, reproduisant à l’identique les décors, la lumière, les mouvements de caméra. Du coup, plus aucune place ne semble être laissée à la spontanéité » (1).
Les spectateurs familiers du film de Jaume Balaguero et Paco Plaza connaissent déjà l’histoire d’En Quarantaine. La
journaliste Angela, accompagnée par son caméraman Scott, suit une équipe de pompiers de Los Angeles pour les besoins d’une émission télévisée. Au milieu de la nuit, un appel de détresse les
conduit dans un immeuble où ils découvrent une vieille femme couverte de sang. C’est le début d’un huis clos oppressant au cours duquel un mystérieux agent de contamination transforme peu à peu
tous les habitants de l’immeuble en zombies assoiffés de chair humaine… Malgré tout le bien que l’on peut penser de Jennifer Carpenter (héroïne attachante deL'Exorcisme d'Emily Roseet de la série Dexter), ses efforts pour reproduire au millimètre près toutes les mimiques de Manuela Velasco, interprète du[Rec]original, laissent perplexe.
Tout comme les mouvements de caméra du cadreur qui s’échinent à imiter jusqu’à l’aliénation ceux du cadreur précédent.
Lorsqu’on sait que les mots d’ordre de[Rec]étaient l’improvisation et la spontanéité, on ne
peut qu’être mitigé face à cette vaste entreprise de reconstitution à grande échelle. Même l’immeuble barcelonais initial, filmé à l’origine dans un site réel, a été reconstruit à l’identique en
studio, parachevant l’absurdité de ce projet décidément douteux typique du protectionnisme culturel américain. Jaume Balaguero et Paco Plazza s’en lavent d’ailleurs les mains. « A vrai
dire, ce remake ne nous concerne aucunement, nous déclinons toute responsabilité ! », avoue Balaguero avec un demi-sourire. « Ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent,
c’est l’original qui nous intéresse. » (2)
(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en avril 2008.
(G.I. Joe – Rise of the Cobra)
de Stephen Sommers (Etats-Unis)
avec Channing Tatum, Marlon Wayans, Sienna Miller, Byung-hun Lee, Dennis Quaid, Arnold Vosloo, Rachel Nichols, Ray Park
Attention: une révélation importante figure à la toute dernière ligne du texte. Pour garder la surprise, ne la lisez pas avant d'avoir vu le film ! (sauf si vous avez déjà vu toutes les
bandes annonces, où apparaît la séquence en question).
Le succès des Transformers ne pouvait pas laisser le monde du cinéma indifférent. Après les romans, les bandes dessinées, les jeux vidéo et les parcs d’attractions, les jouets sont donc
devenus une nouvelle source d’inspiration pour les scénaristes hollywoodiens. En ce sens, les G.I. Joe semblaient être un choix particulièrement judicieux. Véritables icônes de la culture
populaire, ces petits soldats articulés, lancés sur le marché en 1963 puis redynamisés vingt ans plus tard sous leur fameux format dix centimètres, étaient déjà les héros d’une bande dessinée
Marvel et d’une série animée. Pour leur adaptation en chair et en os sur grand écran, le studio Paramount a sollicité le réalisateur Stephen Sommers.
Cinéphile enthousiaste spécialisé dans l’aventure exotique et l’action « larger than life », Sommers a prouvé qu’il était capable de concevoir des œuvres décomplexées et réjouissantes (Un Cri
dans l’Océan,La Momie), même si sa trop grande confiance dans les effets numériques et les images de synthèse
pouvait donner à certains de ses films des allures de jeux vidéo indigestes (Le Retour de la Momie, Van Helsing). A vrai
dire, G.I. Joe : le Réveil du Cobra se situe quelque part entre ces deux tendances, parfois joyeusement énergique, d’autres fois rustre et lourdaud. Le scénario tient en quelques lignes.
Deux armées d’espions surentraînés et bourrés de gadgets futuristes s’y opposent : la redoutable organisation Cobra, prête à tout pour mettre la main sur une arme incroyablement dévastatrice, et
les vaillants membres de l’unité G.I. Joe, chargés de les en empêcher à tout prix.
Ce simple prétexte suffit pour 120 minutes d’action débridée ininterrompue. Au fil de ses péripéties, G.I. Joe se laisse influencer par bon nombre de superproductions l’ayant précédé. Pèle
mêle nous viennent à l’esprit Wolverine (le recrutement des héros au sein de l’équipe top-secrète, l’agent Snake Eyes qui
semble calqué sur Deadpool), le remake du Jour où la Terre s’Arrêta (les nuées de nano-robots qui dévorent véhicules et
bâtiments en quelques secondes), Le Retour du Jedi (le grand méchant qui ôte son casque pour révéler un visage ravagé)
ainsi que la saga James Bond (période Roger Moore) et ses imitations (Spy Kids et Mission Impossible en tête). L’effet déjà-vu ne gâche pourtant pas les effets du film.
Car si Sommers connaît ses classiques, il évite les maniérismes inhérents aux blockbusters des années 2000 (caméra tremblante à outrance, montage épileptique, partition synthétique éléphantesque
façon Hans Zimmer) qui plombaient notamment les deux Transformers. Certes, G.I. Joe ne fait jamais dans la finesse, donnant la vedette à des personnages aux caractères basiques,
exposant les grands sentiments à grands coups de clichés pour romans de gare et réservant à quelques guest stars (Dennis Quaid en général en chef, Jonathan Pryce en Président des Etats-Unis) des
rôles caricaturaux. Mais le spectacle pur et dur emporte l’adhésion grâce à une succession de séquences hallucinantes, la moindre n’étant pas cette incroyable course-poursuite dans les rues de
Paris s’achevant – ô sacrilège – par la destruction de la Tour Eiffel !
(Harry Potter and the Half-Blood Prince)
de David Yates (Etats-Unis)
avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Jim Broadbent, Helena Bonham Carter, Michael Gambon, Robbie Coltrane
D’un point de vue artistique, narratif et dramatique, Harry Potter et l’Ordre du Phénix était une déception manifeste,
surtout à l’aune des deux réjouissants épisodes précédents. Savoir David Yates à la tête de ce sixième opus n’avait donc rien de particulièrement rassurant. Pourtant, les premières minutes,
échappant effrontément à l’emprise du texte original pour nous offrir une séquence spectaculaire quasi-anachronique, sont plutôt prometteuses. L’univers des sorciers et des « moldus » s’y
entrechoque violemment, trois redoutables « mangemorts » traversant les cieux londoniens sous forme de fumées noires et détruisant tout sur leur passage, y compris le Pont du Millenium, tandis
qu’un crâne grimaçant – symbole du pouvoir de Voldemort – se dessine dans les nuages tourmentés. Conçue en Imax 3D, cette ouverture a le mérite d’accrocher le spectateur à son fauteuil. On ne peut
pas vraiment en dire autant de la suite, hélas.
A vrai dire, Yates n’est pas seul fautif. Certes, sa mise en scène manque toujours de panache et ses idées continuent à se calquer sur celles d’Alfonso Cuaron, le temps de quelques plans-séquences
traversant les vitres des bâtisses ou des trains pour suivre les faits et gestes des protagonistes dans la continuité. Mais c’est surtout la vacuité du récit qui plombe ce sixième Harry
Potter. Le scénario de Steve Kloves s’efforce en effet de transposer maladroitement un roman bien avare en péripéties. Pour résumer, disons que le vénérable Dumbledore demande à Harry Potter de
se lier avec le nouveau professeur de potions, Horace Slughorn, pour lui extirper un souvenir clef remontant à la jeunesse de Voldemort, lequel pourrait aider à vaincre définitivement le Seigneur
des Ténèbres. En terme d’intrigue, convenons que c’est un peu maigre ! Face à la carence des enjeux, le film se concentre donc avant tout sur les tourments de l’amour tenaillant nos héros
adolescents.
Pour dérisoires qu’elles peuvent sembler – face à la redoutable menace que représente la réorganisation de l’armée de Voldemort – ces saynettes romantiques ne manquent pas de sel, Yates s’efforçant
d’y injecter beaucoup d’humour. Harry est donc attiré par Ginny que convoite son rival Dean Thomas, Hermione se consume pour Ron que désire également Lavande Brown, et ces chaises musicales
sentimentales constituent finalement le seul point fort du long-métrage. Car du point de vue du Fantastique pur, il n’y a guère de quoi pavoiser. Aucune créature digne de ce nom n’égaie le film – à
l’exception d’un cadavre d’araignée géante et d’une furtive armée de zombies sous-marins qui présentent de troublantes ressemblances avec Gollum – et seul un timide affrontement entre sorciers –
situé dans la ferme des Weasley – vient briser la monotonie du script. Même la tragédie finale échoue à provoquer l’émoi et le traumatisme idoines, faute d’une mise en scène à la hauteur du drame.
L’épilogue de la saga, réalisé par David Yates sous forme de deux longs-métrages à suivre, saura-t-il redonner un peu d’éclat au jeune sorcier cicatrisé ? Il est permis d’en douter…
(Harry Potter and the Order of the Phoenix)
de David Yates (Etats-Unis)
avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Helena Bohman Carter, Robbie Coltrane, Ralph Fiennes, Michael Gambon
« Le challenge d’Harry Potter et l’Ordre du Phénix est de proposer à un public en terrain connu quelque chose qui soit malgré tout nouveau et surprenant. Nous en sommes tout de même au
cinquième épisode, et cette gageure se complexifie donc fatalement de film en film. » (1) Ces mots du chef décorateur Stuart Craig, recueillis alors que le film était encore en plein tournage,
mettent en évidence le défi représenté par un énième opus succédant à l’excellent Harry Potter et la Coupe de Feu. Défi
d’autant plus difficile que le cinquième roman de J.K. Rowling consacré au jeune sorcier, moins inspiré que les précédents, marquait un considérable essoufflement de la saga. Or comme on pouvait le
craindre, l’ennui relatif provoqué par la lecture du livre se ressent également face à son adaptation sur grand écran.
Alors qu'il entame sa cinquième année d'études à Poudlard, Harry Potter découvre que la communauté des sorciers ne semble pas croire au retour de Voldemort, convaincue par une campagne de
désinformation orchestrée par le Ministre de la Magie Cornelius Fudge. Afin de le maintenir sous surveillance, Fudge impose à Poudlard un nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal,
Dolorès Ombrage, chargée de maintenir l'ordre à l'école et de surveiller les faits et gestes de Dumbledore. Prodiguant aux élèves des cours sans grand intérêt, celle qui se fait appeler la Grande
Inquisitrice de Poudlard semble également décidée à tout faire pour rabaisser Harry. Entouré de ses amis Ron et Hermione, ce dernier met sur pied un groupe secret, « L'Armée de Dumbledore », pour
leur enseigner l'art de la défense contre les forces du Mal et se préparer à la guerre qui s'annonce...
« Le réalisateur David Yates vient de la télévision britannique », explique Patrick Doyle, compositeur de l’épisode précédent. « Pour son premier gros film, il a souhaité s’entourer de
quelques-uns de ses collaborateurs habitués au petit écran, notamment le compositeur Nicholas Hooper, et c’est tout à son honneur » (2). Certes, mais Yates manque apparemment d’idées visuelles
pour narrer la cinquième année d’Harry Potter dans les locaux ensorcelés de Poudlard. Le rythme de son long-métrage est languissant, sa direction artistique sans éclat et ses effets de style
directement empruntés à Alfonso Cuaron. Du coup, les séquences clefs du long-métrage tombent quelque peu à l’eau, notamment la romance entre Harry et Cho (escamotée à la va vite), la grande
bataille finale (incompréhensible) ou encore la mort de Sirius Black (expédiée en trois coups de cuiller à pot).
Même les effets visuels – point fort de cette saga cinématographique – manquent ici de panache, comme en témoignent ces apparitions rudimentaires de Sirius dans le feu de cheminée ou ces envolées
peu subtiles des sorciers au-dessus de Londres. Quant à Daniel Radcliffe, il prouve plus que jamais la maigre étendue de son talent et de son expressivité. Seuls l'irrésistible Alan Rickman en
détestable Rogue et le personnage d’Ombrage, incarné avec saveur par Imelda Staunton, égaient quelque peu un métrage passable fixant les limites artistiques et narratives d’une franchise alors en
singulière perte de vitesse.
(1) Propos recueillis par votre serviteur en décembre 2005
(2) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2007
(Harry Potter and the Goblet of Fire)
de Mike Newell (Etats-Unis)
avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Rupert Grint, Michael Gambon, Ralph Fiennes, Brendan Gleeson, Robbie Coltrane
Les effets de style d’Alfonso Cuaron sur Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban incitèrent les cadres de la Warner à
appréhender la saga du jeune sorcier d’une manière voisine à la tétralogieAlien, confiant chaque épisode à un réalisateur distinct
susceptible d’apposer une patte originale. Mike Newell se retrouve ainsi en charge du quatrième opus, et s’il se place moins en rupture avec les deux premiers films que son confrère ibérique, le
cinéaste anglais signe une œuvre stylisée au rythme soutenu, faisant passer comme une lettre à la poste ses deux heures quarante de métrage. « Les parti pris de chaque réalisateur de la série
sont très distincts », confirme Stuart Craig, chef décorateur de la saga. « Ces approches différentes m’ont permis de travailler sur ces films sans la moindre sensation de routine, et avec
la possibilité d’aborder le sujet sous un angle à chaque fois nouveau et rafraîchissant. » (1)
Pour éviter à Newell de réaliser un film en deux parties (une solution envisagée très tôt par Warner), le scénariste Steve Kloves a sérieusement élagué le pavé de mille pages de J.K. Rowling,
supprimant des intrigues et des personnages complets pour mieux entrer dans le vif du sujet. Nous sommes donc en quatrième année à l’école de sorcellerie de Poudlard, marquée par le Tournoi des
Trois Sorciers. Les participants à cette épreuve historique sont choisis par une coupe de feu magique. Or celle-ci sélectionne Harry Potter, alors que ce dernier n’a pas l’âge légal requis. Accusé
de tricherie, il se voit contraint d’affronter les trois épreuves du tournoi : le combat contre un féroce dragon, une mission de sauvetage dans un monde aquatique empli de créatures agressives, et
enfin un parcours du combattant dans un labyrinthe truffé de pièges… Mais tout ceci n’est rien comparé à la résurrection du sinistre Voldemort.
Newell réussit le tour de force de passer en un clin d’œil de l’épouvante la plus glaciale (l’affrontement final) à la comédie la plus débridée (les préparatifs du bal de Noël) en passant par un
moment d’émotion intense et déchirant (la mort d’un des camarades d’Harry). Auteur d’œuvres aussi variées que La Malédiction de la Vallée des Rois, Quatre Mariages et un Enterrement ou
Donnie Brasko, le cinéaste britannique témoigne ainsi une nouvelle fois de son éclectisme, de sa capacité à mélanger les genres sans vergogne et de son indéniable savoir-faire en matière de
direction d’acteurs. A ce titre, une charismarique brochette de jeunes comédiens vient ici donner la réplique aux trois héros.
Prenant le relais de John Williams, Patrick Doyle s’est réapproprié le célèbre motif musical de Harry, le déclinant sous une nouvelle forme moins héroïque et plus menaçante. « C’était une
proposition assez intimidante, parce que John Williams est une véritable légende dans ce métier, mais, je crois que mes enfants ne m’auraient jamais pardonné si j’avais refusé de faire la musique
d’un Harry Potter ! » (2), raconte le compositeur. « Ce film était très différent des précédents. J’ai donc réutilisé à deux ou trois reprises le célèbre thème principal, et j’ai réinventé
tout le reste. »Harry Potter et la Coupe de Feu prouve ainsi que la saga s’améliore en même temps que vieillissent et mûrissent ses protagonistes.
(1) Propos recueillis par votre serviteur en décembre 2005
(2) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2007
(Harry Potter and the Prisonner of Azkaban)
d’Alfonso Cuaron (Etats-Unis)
avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Tom Felton, Gary Oldman, Michael Gambon, David Thewlis, Emma Thomson
Pour la troisième aventure cinématographique d’Harry Potter, Chris Columbus a cédé son fauteuil à Alfonso Cuaron, et ce changement de casquette n’est pas sans conséquence. En effet, la direction
artistique d’Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban évacue une bonne partie du gothisme inhérent aux décors, à la photographie et à l’atmosphère de ses prédécesseurs, au profit d’une
ambiance plus victorienne, aux tons pastel et aux cieux grisâtres. Au détour d’une intrigue encore plus noire et plus adulte, Harry est ici menacé de mort par Sirius Black, un dangereux criminel
échappé de la prison pour sorciers d’Azkaban. C’est lui qui avait trahi les parents Potter et les avait livrés aux griffes sanguinaires de Voldemort. En troisième année à l’école de sorcellerie de
Poudlard, Harry devra donc se montrer sur ses gardes, tout en faisant face aux terrifiants Détraqueurs, les gardiens fantomatiques d’Azkaban venus assurer la protection de l’établissement…
Fort des deux épisodes précédents, le jeune réalisateur espagnol se libère de la corvée des explications, n’hésitant pas à entrer directement dans le vif du sujet. Plus besoin de détailler la
situation d’Harry chez ses tuteurs, ni l’accueil des élèves à l’école Poudlard, ou les règles d’un match de Quidditch. Ici, chaque séquence démarre sur les chapeaux de roue au profit d’un rythme
soutenu, lequel ne défaille que lorsque Cuaron s’efforce de marquer les changements de saison par de lents plans d’exposition, certes très graphiques mais un tantinet longuets. Michael Gambon
incarne le vénérable professeur Dumbledore, remplaçant au pied levé Richard Harris décédé à la fin du film précédent. Il présente avec son prédécesseur de surprenantes ressemblances physiques, tout
en dotant d’une énergie et d’une fougue nouvelles un protagoniste qu’on connaissait jusqu’alors extrêmement pondéré. A ses côtés, deux nouvelles têtes finement sélectionnées s’ajoutent au casting :
David Thelwis (Cœur de Dragon) en professeur Lupin, et Gary Oldman (Dracula) en Sirius Black.
Côté créatures, la liste s’allonge également, avec de fort inquiétants Détraqueurs, presque jumeaux des Nazgul duLe Seigneur des Anneaux, un hippogriffe surprenant de réalisme, proche
du griffon du Voyage Fantastique de Sinbad, et un impressionnant loup-garou, variante effilée et herculéenne de ceux d’Hurlements. La dernière séquence du film, particulièrement
inventive, propulse Harry et Hermione quelques heures dans leur propre passé, ce qui nous vaut de savoureux paradoxes temporels qu’on croirait échappés du secondRetour vers le Futur. Assez curieusement, le compositeur John Williams, au lieu de se mettre au diapason de la mise en image épurée de Cuaron, redouble au contraire d’emphase
et de lyrisme. Il livre ainsi une partition flamboyante, riche en envolées classiques et en chœurs enfantins, qui se teinte même parfois de jazz, évoquant tour à tour le Cantina band de La Guerre des Etoiles (la scène délirante du Magicobus) et les chorégraphies swingantes de 1941 (les cours enjoués du
professeur Lupin). Bref, un troisième opus qui revendique ouvertement le renouveau et le sang neuf.
(Harry Potter and the Chamber of Secrets)
de Chris Columbus (Etats-Unis)
avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Richard Griffiths, Fiona Shaw, Harry Melling, Toby Jones, Jim Norton
Une fois la pression du premier épisode retombée, Chris Columbus a pu sereinement s’atteler à l’adaptation du second « Harry Potter » et livre ici un film plus mature. Une nouvelle année scolaire
démarre pour le jeune sorcier, troublée par l’intervention de Dobby, un elfe qui s’efforce de le dissuader de remettre les pieds à Poudlard. Or Harry est bientôt le témoin de faits inquiétants. Une
voix malveillante lui annonce que la redoutable Chambre des Secrets s’est rouverte, permettant à l’héritier de Serpentard de semer le chaos dans l’école. Bientôt, les victimes pétrifiées
s’accumulent autour de lui…
Le texte initial a été sérieusement élagué, et le scénario a gagné en efficacité et en profondeur. « La plus grosse trahison est liée aux omissions », confirme le chef décorateur Stuart
Craig. « Car lorsque vous condensez un roman de mille pages pour obtenir un film de deux heures et demie, vous êtes obligé d’éliminer des séquences entières. » (1) Les acteurs ont grandi,
et le ton assez léger du film précédent s’est considérablement noirci. Il est ici question de morts violentes, d’inscriptions en lettres de sang, et certaines séquences basculent carrément dans
l’épouvante pure. Témoin l’attaque nocturne des araignées géantes, cent fois plus impressionnante qu’un Arac Attack.
Même si Daniel Radcliffe demeure l’erreur de casting du siècle, le reste de la distribution est toujours aussi judicieux, et s’orne de nouvelles têtes d’affiche choisies avec beaucoup de
pertinence, notamment Jason Isaacs en vénéneux Lucius Malefoy, ou Kenneth Brannagh en grotesque Gildefroy Lockhart. On émettra plus de réserves sur le choix de Christian Coulson dans le rôle de
Voldemort à l’âge de l’adolescence. Le jeune comédien manque singulièrement de charisme, et c’est d’autant plus dommage que nous voyons ici le Seigneur des Ténèbres à visage découvert pour la
première fois. Certaines séquences d’effets spéciaux s’avèrent absolument époustouflantes, notamment la voiture volante lancée à la poursuite du train à vapeur, les interventions de l’elfe Dobby ou
le match de Quidditch qui manque de virer au cauchemar.
Sans parler d’un climax bien plus impressionnant que celui du film précédent, dans lequel Harry affronte un Basilic qui évoque beaucoup les créatures de Jim Danforth (Quand les Dinosaures
Dominaient le Monde) et Phil Tippett (Jurassic Park), et que Rowling décrivait avec panache : « l’énorme serpent d’un
vert éclatant, au corps aussi épais qu’un tronc de chêne, s’était dressé haut dans les airs et sa grosse tête en pointe oscillait entre les deux colonnes comme un ivrogne à la démarche titubante. »
Dommage que tous les problèmes soient réglés à la dernière minute par Fumseck le Phénix, un oiseau de bon augure qui sauve la mise un peu trop facilement, mais ce problème était déjà présent en
l’état dans le roman initial. Saluons enfin la partition de John Williams, qui ajoute ici de nouveaux thèmes évoquantSuperman(le duel entre Rogue et Lockhart),E.T.(les
envolées de la voiture) etLes Aventuriers de l'Arche
Perdue(l’ouverture de la Chambre des Secrets). L’essai a donc été transformé avec bonheur.
(1) Propos recueillis par votre serviteur en décembre 2005.
Michael Jackson ne pouvait pas mourir. Une telle icone, un tel phénomène, une créature aussi étrange et aussi complexe
semblait hors d'atteinte des affres du commun des mortels. Dans l'inconscient collectif, il était devenu systématique de différencier l'artiste - chanteur incomparable, danseur hallucinant,
compositeur unique en son genre - et l'homme - mal dans sa peau, mal dans sa sexualité, mal dans son rapport aux autres… Comme si ces deux personnalités étaient physiquement dissociées, à la
manière d'un Jekyll/Hyde des temps modernes.
Michael Jackson a
souvent flirté avec le fantastique, un genre qui lui convenait à merveille. Epouvantail dansant dans The Wiz de Sidney Lumet, loup-garou et zombie dans le prodigieux clip Thriller de
John Landis, capitaine du futur dans le moyen-métrage Captain Eo de Francis Coppola, robot transformer dans Moonwalker de Colin Chilvers, ghoule grimaçant dans Ghosts de Stan
Winston, extra-terrestre en smoking le temps d'une apparition dans Men in Black 2 de Barry Sonnenfeld, il prêta sa peau androgyne et achrome à tout un bestiaire que les mémoires auront du
mal à effacer.
(Terminator 3 : Rise of the Machines)
De Jonathan Mostow (Etats-Unis)
Avec Arnold Schwarzenegger, Nick Stahl, Claire Danes, Kristanna Loken, David Andrews, Mark Famiglietti, Earl Boen
Dans les années 90, Arnold Schwarzenegger avait affirmé fermement qu’il ne jouerait dans Terminator 3 qu’à condition que James Cameron le réalise. Une demi-douzaine de flops plus tard,
l’acteur bodybuildé a revu ses élans de solidarité à la baisse et rempile donc pour cette séquelle tardive des deux chefs d’œuvre de Cameron. La très lourde responsabilité de la mise en scène
échoit à Jonathan Mostow, qui s’était distingué par un remake à peine camouflé du Bateau de Wolfgang Petersen (U-571) et une variante fort bien troussée sur le thème d’Une Femme
disparaît d’Alfred Hitchcock (Breakdown). La pression était terrible, et tout le monde attendait un peu ce troisième opus au tournant.
A vrai dire, Mostow s’en tire plutôt bien, illustrant du mieux qu’il peut un scénario habile mais guère innovant qui puise la plupart de ses idées dans les deux premiersTerminator, tout en empruntant sous forme de clin d’œil
quelques répliques à Commando (« I lied ! ») et àAliens(« Die, bitch ! »). Nous retrouvons un John Connor âgé de vingt
ans, qui n’a plus les traits d’Edward Furlong mais de Nick Stahl, à nouveau en ligne de mire d’un cyborg venu du futur. Cette fois-ci, il s’agit du T-X, une « terminatrice » redoutable à qui
Kristinna Loken prête ses traits, et dont les bras se muent en armes de toutes sortes. Comme toujours, un autre cyborg vient lui prêter main-forte, le T-850, massivement interprété par Schwarzie.
La course-poursuite peut donc commencer.
Le personnage de Sarah Connor ayant trépassé entre-temps, c’est la future épouse de John (Claire Danes, ex-héroïne du très maniéré Romeo+Juliet de Baz Luhrmann) qui assure le rôle cameronien
de la femme forte et battante. On le voit, l’effet de surprise s’est considérablement émoussé, et c’est principalement dans les séquences d’action qu’il faut chercher des trouvailles. De ce point
de vue, le film ne démérite pas, accumulant les crash de poids lourds en tous genres, les explosions monstrueuses et les corps à corps musclés entre les deux robots. Mais plus le récit avance, plus
il devient évident que l’essence même du concept initial ne repose plus sur les mêmes bases. Chez Cameron, comme chez le Robert Zemeckis deRetour vers le Futur, l’homme bâtit son propre futur et a la capacité de le changer.
Or ici, c’est le retour au fatalisme deLa Planète des
Singes: l’avenir est inéluctable et rien ne pourra le modifier. Ceci étant posé, le combat des protagonistes semble soudain
vain, puisque leur destin est déjà écrit. Une perspective guère palpitante qui clôt le film sur une note sombre pour le moins frustrante. D’autant que le soulèvement des machines promis par le
sous-titre nous laissait espérer un climax en forme de lutte homérique entre l’homme et la machine. Une lutte qui se résume ici à l’intervention d’une poignée de robots roulants et volants.
Terminator 3 n’atteint donc jamais l’ampleur artistique et narrative de ses prédécesseurs, ce qui était à craindre, et se hisse tout juste au niveau d’une bonne série B musclée.
(Terminator 2 : Judgement Day)
de James Cameron (Etats-Unis)
Avec Arnold Schwarzenegger, Linda Hamilton, Edward Furlong, Robert Patrick, Joe Morton, Earl Boen
La scène prégénérique de Terminator 2, qui décrit à nouveau la lutte des humains contre les machines du futur, donne immédiatement le ton : en un seul plan, on voit plus de robots, de
vaisseaux aériens et de chars monstrueux que dans toutes les séquences futuristes réunies du premierTerminator. Après le conflit nucléaire du 29 août 1997, les rares
survivants organisent la résistance contre les machines devenues autonomes qui sont à l’origine du conflit. En 1984, Skynet, l’ordinateur qui contrôlait ces machines, expédiait sur Terre un
Terminator de type T-800 dont la mission était d’éliminer Sarah Connor, dont l’enfant à naître devait être le futur chef de la résistance. Le cyborg en question fut détruit et vers 1995 Skynet
envoyait un second Terminator de type T-1000, plus perfectionné, pour éliminer John Connor durant son enfance. Quant à Sarah, elle est internée pour avoir tenté de faire sauter l’usine où exerçait
Miles Dyson, futur inventeur de la puce qui doit déclencher le conflit.
Muni du plus gigantesque des budgets, James Cameron affiche ostensiblement le moindre dollar à l’écran et réalise l’un des meilleurs films d’actions jamais vus à l’écran, toutes nationalités et
toutes époques confondues. Autant remake que suite deTerminator, ce second opus réutilise la mécanique narrative du film
précédent et la transcende avec génie. Ici, l’humour et le second degré s’installent discrètement (notamment à travers le faux départ qui nous révèle que le méchant Terminator n’est pas celui qu’on
croit) et les personnages gagnent en profondeur et en complexité. Chaque protagoniste vacille sur les bases que nous lui connaissions. Le redoutable T-800 est désormais un sympathique garde du
corps cybernétique (l’image du comédien, quasi inconnu en 1984 et désormais superstar, s’y prête mieux à présent), Sarah Connor s’est transformée en dangereuse guerrière psychotique et son fils
John (incarné par Edward Furlong, une vraie révélation) mesure difficilement les responsabilités qui reposent sur ses épaules.
Mais la vraie vedette du film est le T-1000, un cyborg multiforme qui marque une avancée technologique considérable dans le domaine des images de synthèse (amorcée avec le tentacule aquatique
d’Abyss et définitivement assise parJurassic
Parkdeux ans plus tard) tout en confirmant que l’excellence des effets spéciaux repose la plupart du temps sur une combinaison
de techniques et de talents. Ici, en l’occurrence, les effets numériques d’ILM se mêlent à d’impressionnants effets animatroniques de Stan Winston et au jeu charismatique de Robert Patrick, dont le
regard froid amplifie considérablement le potentiel inquiétant du personnage. Les morceaux de bravoure abondent dans Terminator 2, du traumatisant cauchemar atomique de Sarah Connor à
l’ébouriffante poursuite en camion du climax en passant par les nombreuses échauffourées opposant les deux cyborgs. Au sommet de son art, James Cameron apporte ainsi au cinéma de science-fiction
l’une de ses œuvres les plus marquantes et les plus monumentales.« Le cinéma se redéfinit lui-même à chaque avancée
technologique », explique-t-il. « Mais la technique n’est qu’un outil. Ce qui demeure inchangé, c’est l’envie de
raconter des histoires et de toucher les spectateurs émotionnellement. »(1)
(1) Propos recueillis par votre serviteur en décembre 2009
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Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…
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