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Samedi 20 octobre 2012 6 20 /10 /Oct /2012 01:57

SKF 05

 

Episode du retour aux sources mais aussi de la rupture, Skyfall clôt en beauté une trilogie amorcée avec Casino Royale, accumulant les tours de force, multipliant les rebondissements radicaux et véhiculant des émotions inattendues. Après cinquante ans de bons et loyaux services sur le grand écran, l’agent 007 est bel et bien de retour, et rien ne semble pouvoir l’arrêter !

 

Parmi les passages obligatoires de la saga James Bond, le fameux gunbarel prégénérique (la vue subjective depuis l’intérieur d’un canon de pistolet, vers laquelle 007 se retourne et fait feu, occasionnant une coulée de sang très graphique) avait été escamoté dans Casino Royale en 2006, pour marquer volontairement la nouvelle approche réaliste du personnage désormais campé par Daniel Craig, et le destituer de son statut d’icône afin de le ramener dans le giron des personnages humains. Le pari était osé, mais la suppression de cette marque de fabrique pouvait être perçue comme une petite trahison par les fans de la première heure, d’autant qu’elle persistait dans Quantum of Solace. Skyfall ne déroge pas à cette nouvelle règle, mais dès les premières secondes du métrage, tous les partis pris à venir sont déjà en place. Un éclat de cuivre puissant, tout à fait digne des élans emphatiques de John Barry, envahit furtivement la bande son, tandis qu’apparaît une silhouette floue et sombre, à peine humaine, se détachant sur un arrière-plan surexposé. Nous savons déjà que cette forme imprécise est celle de James Bond, arme au poing. Certes, ce n’est pas le gunbarell classique, tel que nous le connaissons depuis le début des années 60, mais une sorte de relecture moderne et inattendue du célèbre gimmick.

 

Skyfall-affiche


A peine le film commence-t-il que le réalisateur Sam Mendes nous annonce ainsi la couleur : Skyfall s’inscrira dans la continuité des deux films précédents tout en respectant les codes établis depuis la naissance de la franchise. Tout ce qui suit confirmera cette tendance. Lorsque Daniel Craig s’affirme pleinement à l’écran, c’est pour surgir sur les lieux d’une fusillade sanglante. Sa cible est un homme en fuite dans les rues d’Istanbul. L’enjeu semble crucial, M et tout le MI6 sont sur le qui-vive, prêts à sacrifier des vies précieuses pour ne pas laisser filer le fuyard. La poursuite s’engage sur le toit d’un train et prend une tournure spectaculaire, tandis qu’un agent de terrain seconde 007 à distance. Mais l’opération tourne mal, et dès lors tous les espions britanniques infiltrés dans les milieux terroristes risquent d’être exposés au grand jour. James Bond est porté disparu, M mise sur la sellette par le gouvernement qui souhaite la pousser vers une retraite anticipée, bref rien ne va plus. Pourtant, le pire reste encore à venir… A partir de cette situation extrêmement tendue, l’intrigue se met à multiplier les rebondissements, les surprises, les paris osés et les chocs au sein d’une franchise qu’on croyait pourtant parfaitement balisée.

 

SKF 10


Chaque parti pris de Skyfall, si outrancier soit-il, parvient à séduire, comblant les amateurs indéfectibles de la saga sans pour autant les priver de l’indispensable part d’incertitude propice au suspense et à l’émotion. Fer de lance du mythe James Bond, l’action demeure époustouflante et parfaitement lisible, contrairement aux séquences souvent trop frénétiques de Quantum of Solace. Les voitures, les motos, les trains, les navires, les rames de métro, les hélicoptères entrent tous dans un infernal ballet de courses-poursuites échevelées où la tôle se froisse et où le feu finit par tout dévorer. Certains décors versent dans le surréalisme, comme cette incroyable île abandonnée dont la terre en ruines est jonché d’immeubles décrépits, et sont magnifiés par la photographie de Roger Deakins, collaborateur régulier des frères Coen. A ce titre, le combat en ombres chinoises qui se déroule dans un building de Shangaï  est une trouvaille géniale, nous ramenant par sa photogénie à l’essence même du film d’espionnage et aux génériques conçus par Daniel Kleinman (digne successeur de Maurice Binder). Soucieux de la patine de son film, Mendes fait également appel au musicien Thomas Newman (qui signa pour lui l’inoubliable partition de American Beauty). Sa présence parmi l’équipe du film marque un tournant important, dans la mesure où David Arnold était jusqu’alors le compositeur attitré de la saga depuis l’excellente bande originale de Demain ne Meurt Jamais en 1997. Newman s’inscrit dans la continuité des travaux d’Arnold, se référant logiquement aux cuivres et aux violons de John Barry, mais aussi à certaines symphonies de Bernard Herrmann (la scène de vertige au cours de laquelle Craig est accroché à un ascenseur semble faire écho à Sueurs Froides).

 

SKF 03


L’antagoniste est toujours un élément déterminant chez James Bond. Sous la défroque d’un super-vilain psychopathe aux motivations obscures et à l’œdipe incontrôlable, Javier Bardem fait des merveilles. Malgré un look disco excessif qui pourrait prêter à rire (mais le rire se mue en frisson répulsif lorsque notre homme révèle ses blessures), le comédien espagnol oscarisé pour No Country for Old Men fait froid dans le dos. Sa première apparition, dans un long plan-séquence qui le révèle progressivement tandis qu’il conte un récit morbide, marque l’adéquation parfaite entre le jeu du comédien et la mise en scène. Les autres seconds rôles du film sont à l’avenant. La vénérable Judi Dench demeure impériale en M, Ralph Fiennes intègre l’équipe avec la finesse et le charisme qui sertissent chacune de ses prestations à l’écran, Ben Wishaw campe un Q délectable à peine sorti de l’adolescence, la délicieuse Naomie Harris fait des étincelles en accompagnant James Bond sur le terrain sous les traits de l’agent Eve, et la quasi-débutante Bérénice Marlohe nous touche dans le rôle d’une James Bond girl plus complexe qu’elle n’y paraît.

 

SKF 09


Toute la singularité de ce 23ème James Bond officiel repose sur des choix à priori antithétiques : assurer une continuité directe avec la saga tel qu’elle fut redéfinie par Casino Royale mais marquer de nombreuses ruptures souvent déstabilisantes tout en se référant aux premiers films de la série. Skyfall est donc un exercice d’équilibrisme, dont les inévitables incohérences sont liées au statut paradoxal de son héros : un espion qui a connu la guerre froide et sévit toujours dans les années 2010, dont le visage change tous les dix ans, dont l’entourage professionnel vieillit ou rajeunit au fil des épisodes, et qui semble finalement appartenir à toutes les époques. Lorsque le film décide de revenir aux sources, il ne se contente pas de cligner de l’œil vers les années 60 (avec le retour en force de la célèbre Aston Martin de Goldfinger) mais révèle un pan du passé jusqu’alors inconnu de notre agent très spécial, nous transportant dans la lande écossaise où se prépare un climax brutal digne des Chiens de Paille. Lorsque le film s’achève, il s’avère difficile à situer d’un point de vue chronologique par rapport aux autres épisodes de la saga. Est-il censé se dérouler avant James Bond contre Dr No malgré le changement d’époque (ce qui confirmerait son statut de troisième volet d’une prequelle amorcée avec Casino Royale) ? Se passe-t-il au contraire après tous ses prédécesseurs (comme semblent le suggérer les nombreuses années de collaboration qu’évoquent 007 et M à plusieurs reprises, cette dernière ayant par ailleurs sévi dès le début de la période Pierce Brosnan) ? Qu’importe à vrai dire, car James Bond échappe aux contraintes logiques du temps.

 

SKF 01

 

Toujours est-il qu’une émotion vive, sincère et imprévue nous étreint en fin de métrage et perdure pendant le générique de fin, tandis que la signature « James Bond reviendra » emplit tout l’écran, une promesse familière qui ne cesse de transporter le public depuis maintenant cinq décennies. « This is the end » nous annonçait en exergue la très belle chanson du générique sussurée par Adele. La fin ? Plutôt l'éternel recommencement. Car comme aurait pu le chanter Shirley Bassey, James Bond is Forever…

 

© Gilles Penso

Par Gilles Penso - Publié dans : NEWS - Communauté : Cinéma
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Vendredi 19 octobre 2012 5 19 /10 /Oct /2012 08:53

brazil-poster3.jpgde Terry Gilliam (GB)

Avec Jonathan Pryce, Robert de Niro, Katherine Helmond, Ian Holm, Bob Hoskins, Michael Palin, Ian Richardson

 

Terry Gilliam avait déjà réalisé un long-métrage en solo, Bandits Bandits, mais Brazil marque son extraction définitive de la période Monty Pythons. L’idée de ce film est née à partir d’une image insolite et un brin naïve, celle d’un homme, assis sur une plage, écoutant à la radio la chanson « Brazil » des années 30. C’est à partir de cette icône que s’est peu à peu construit le scénario. Dans un monde futuriste où la société est au top niveau de l’organisation informatisée et aseptisée, Sam Lowry (Jonathan Pryce), un modeste employé du Ministère des Renseignements Généraux, rêve toutes les nuits de la femme de sa vie (Katherine Helmond), une figure angélique que lui-même, sous forme d’un Icare étincelant, vient secourir des griffes d’un monstrueux samouraï.

 

Un jour, ennuyé par un insecte, il chasse la bête qui tombe dans un ordinateur, lequel fait une faute de frappe et envoie à l’abattoir un ingénieur du chauffage central, Harry Buttle au lieu d’Harry Tuttle (Robert de Niro). Chargé d’indemniser la famille du malheureux, Sam entrevoit Jill Layton, qui ressemble trait pour trait à la femme de ses rêves. Mais celle-ci est une terroriste qui appartient à un groupe dont Harry Tuttle est justement le chef… Si le carton du pré-générique nous annonce que l’intrigue se déroule « quelque part au 20ème siècle », l’univers créé de toutes pièces par Terry Gilliam mêle allègrement des éléments empruntés aux années 50, aux années 80 et à un futur imaginaire. Pourtant, le résultat est d’une cohérence et d’un réalisme exemplaires. Tout - costumes, accessoires, véhicules, décors - concourt à créer une unité esthétique et fonctionnelle à ce monde irréel finalement très plausible.  

 

« Je storyboarde tout », explique le cinéaste, « mais c’est surtout pour donner des informations à tous les membres de l’équipe. Une fois que l’on commence à tourner, chacun peut ajouter sa touche personnelle. Il n’est pas question de rester bloqué sur le storyboard. Il faut être flexible et accepter les idées qui viennent au dernier moment si elles sont meilleures que celles que vous avez prévues. » (1) Cinglant réquisitoire contre la bureaucratie, l’administration, la « communication » par procuration (téléphone, télévision, ordinateurs, fax), la paperasserie, et surtout pour la liberté individuelle, Brazil s’affirme comme une adaptation très libre du « 1984 » de George Orwell, moins littérale que celle, très officielle, réalisée la même année par Michael Wadleigh. Les décors des deux films se ressemblent d’ailleurs beaucoup.

 

L’autre grande influence de Brazil est manifestement l’univers de Franz Kafka. Les trouvailles visuelles du film sont époustouflantes (notamment les effets spéciaux inventifs de George Gibbs à base de maquettes et de perspectives forcées), et l’ensemble oscille constamment entre comédie, drame, satire et science-fiction. La bataille qui opposa  Gilliam à Universal est entrée dans la légende, le studio cherchant à imposer un happy end alors que le cinéaste s’efforçait de préserver son montage initial. Bien sûr, c’est lui qui avait raison, ce film « maniaco-dépressif » et « cathartique », comme il le définissait lui-même, étant un chef d’œuvre absolu, probablement le long-métrage le plus abouti de son imaginative carrière.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2009


© Gilles Penso
Thema: Futur

Par Gilles Penso - Publié dans : FILMS - Communauté : Cinéma
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Mercredi 17 octobre 2012 3 17 /10 /Oct /2012 12:45

cimetieredesmortvivants.jpg(5 Tombe per un Medium)

de Massimo Pupillo (Italie)
Avec Barbara Steele, Walter Brandi, Mirella Maravidi, Alfredo Rizzo, Riccardo Garrone, Luciano Pigozzi, Tilde Till


Réalisé simultanément avec Vierges pour le Bourreau par le même réalisateur Massimo Pupillo (qui accepta que le producteur américain Ralph Zucker soit crédité à sa place au générique), Un Cimetière pour les Morts-Vivants s’inscrit dans la vogue des films d’épouvante gothique que l’Italie produisait à tour de bras dans les années 60. La recette commune de ces œuvres souvent anecdotiques consistait à mêler le mystère au surnaturel avec un soupçon d’horreur et d’érotisme, dans les limites alors autorisées par la censure. Un Cimetière pour les Morts-Vivants respecte scrupuleusement ce cahier des charges, mais se hisse au-dessus du panier notamment grâce à une mise en scène très soignée et à la présence envoutante de la belle Barbara Steele.

 

S’appuyant officiellement sur des écrits d’Edgar Poe, le scénario évoque surtout Bram Stoker lorsque le notaire Albert Kovac, qui officie dans une petite ville d’Europe de l’Est, reçoit une lettre étrange frappé d’un seau d’un autre âge. Son auteur, Jeronimus Hauff, désire rédiger son testament. Mais lorsqu’il arrive dans la demeure des Hauff, un manoir austère perdu dans une forêt sinistre, Kovac découvre que Jeronimus est mort depuis un an. Sa fille Corinne (Mirella Maravidi) et sa seconde épouse Cleo (Barbara Steele) l’accueillent sans comprendre l’origine du document. Le charme indéniable des deux femmes contraste avec la morbidité du décor, témoignage des recherches occultes menées par le défunt. La vaste demeure regorge ainsi de crânes humains, de mains momifiées et de bustes effrayants.

L’ambiance du film se rapproche de celle des écrits de Lovecraft lorsque le notaire, qui passe la nuit dans la chambre de Jeronimus, écoute sur un gramophone le témoignage de ses expériences de nécromant. L’angoisse se renforce lorsque la voix ralentit en même temps que le rythme de la machine, la dotant d’un timbre d’outre-tombe, ou lorsque le grincement des charrettes d’antan s’invite dans la bande son. Lorsqu’elle ne donne pas dans les effets attendus (chaque réplique cruciale est soulignée par un coup de tonnerre, un zoom intempestif ou une déflagration musicale), la mise en scène sait ménager d’intéressantes surprises, collecter des images insolites comme ce cadavre de hibou niché dans le moteur d’une voiture, ou ménager quelques chocs à l’image du gros plan de ce visage horriblement défiguré par l’acide, ou cette autre figure ravagée par une peste purulente.

 

La légende qui sous-tend le récit est elle-même riche en suggestion, puisqu’elle concerne une épidémie de peste propagée par des hommes chargés de nettoyer jadis les corps malades, et dont l’âme, privée de repos éternel, hante désormais les lieux. Ce sont eux, les terribles morts-vivants du titre. L’enquête policière et l’horreur se mêlent ici en un savoureux cocktail, que Barbara Steele et Mirella Maravidi teintent d’une pincée d’érotisme en se dévêtant chastement au fil du film. Annonciatrice de plusieurs motifs des films de zombie de Lucio Fulci et de certaines récurrences du giallo (notamment la comptine enfantine), l’œuvre est finalement bien moins mineure qu’elle n’y paraît de prime abord.

 

Le DVD : Disponible chez Artus Films au sein d'une indispensable collection de raretés gothiques italiennes, le DVD du Cimetière des Morts-Vivants propose quelques bonus conçus pour prolonger le plaisir procuré par le film : une passionnante présentation du film par Alain Petit, des scènes alternatives tournées pour la version américaine, un diaporama et des bandes annonces.


© Gilles Penso
Thema:
 Zombies

Par Gilles Penso - Publié dans : FILMS - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Mercredi 17 octobre 2012 3 17 /10 /Oct /2012 00:49

Draguignan.png

 

Attention: événement ! Les 26, 27 et 28 octobre 2012, la sympathique ville de Draguignan organise la cinquième édition du Festival du Court-Métrage, « Cours Dragui Court ». Cette année, c'est Tim Burton qui sera à l'honneur, ainsi que la technique de l'animation image par image mise à contribution dans L'Etrange Noël de Monsieur Jack, Les Noces Funèbres et le tout récent Frankenweenie (qui y sera projeté en avant-première). A cette occasion, votre humble serviteur aura la joie de présenter en public et pour la toute première fois la version définitive du documentaire Ray Harryhausen : le Titan des Effets Spéciaux, avec la participation de quelques réalisateurs superstars comme Steven Spielberg, James Cameron, Peter Jackson, Tim Burton, John Landis, Terry Gilliam, Joe Dante et bien d'autres ! Un atelier-conférence sera d'ailleurs consacré aux techniques de l'animation. Parmi les autres événements organisés sur place, on note un atelier de doublage animé par Emmanuelle Bonneville (la voix française de Michelle Pfeiffer et Catherine O'Hara), une exposition de l'œuvre de Tim Burton (costumes, lithographies, statues) et de nombreuses projections.

 

Pour tous renseignements : www.dragui-court.com

Par Gilles Penso - Publié dans : NEWS - Communauté : Cinéma
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Mardi 16 octobre 2012 2 16 /10 /Oct /2012 00:00

skyfall-posterde Sam Mendes (USA/GB)

Avec Daniel Craig, Ralph Fiennes, Javier Bardem, Helen McCrory, Ben Whishaw, Judi Dench, Naomie Harris

 

Voir la bande-annonce

Voir le clip

 

Une silhouette noire, à peine humaine, avance en dehors du champ de netteté de la caméra, accompagnée par un éclat de cuivres puissant. En quelques secondes, James Bond retrouve le statut d’icône que les deux épisodes précédents avaient eu tendance à gommer volontairement. Daniel Craig surgit alors sur le lieu d’une fusillade sanglante. Sa cible est un homme en fuite dans les rues d’Istanbul. L’enjeu semble crucial, M et tout le MI6 sont sur le qui-vive, prêts à sacrifier des vies précieuses pour ne pas laisser filer le fuyard. La poursuite s’engage sur le toit d’un train et prend une tournure spectaculaire, tandis qu’un agent de terrain seconde 007 à distance. Mais l’opération tourne mal…

 

En dire plus serait déflorer une intrigue qui, par ses rebondissements, accumule les surprises, les paris osés et les chocs au sein d’une franchise qu’on croyait pourtant parfaitement balisée. Toute la singularité du 23ème James Bond officiel repose sur des choix à priori antithétiques : assurer une continuité directe avec la saga tel qu’elle fut redéfinie par Casino Royale, marquer de nombreuses ruptures souvent déstabilisantes tout en se référant aux premiers films de la série. Skyfall est donc un exercice d’équilibrisme, dont les inévitables incohérences sont liées au statut paradoxal de son héros : un espion qui a connu la guerre froide et sévit toujours dans les années 2010, dont le visage change tous les dix ans, dont l’entourage professionnel vieillit ou rajeunit au fil des épisodes, et qui semble finalement appartenir à toutes les époques. Mais chaque parti pris de Skyfall, si outrancier soit-il, parvient à séduire.

 

L’action y demeure époustouflante (et parfaitement lisible, contrairement aux séquences frénétiques de Quantum of Solace), les décors mémorables (avec une mention spéciale pour cette île abandonnée jonchée d’immeubles en ruine), la photographie somptueuse (le combat en ombres chinoises à Shangaï est une trouvaille géniale), les seconds rôles savoureux (Ralph Fiennes intègre l’équipe avec bonheur), et le méchant troublant. Malgré un look disco excessif, Javier Bardem est saisissant sous la défroque d’un super-vilain psychopathe aux motivations complexes. Sa première apparition, dans un long plan-séquence qui le révèle progressivement tandis qu’il conte un récit morbide, marque l’adéquation parfaite entre le jeu du comédien et la mise en scène.

 

Sam Mendes, habitué jusqu’alors aux drames réalistes (American Beauty, Les Noces Rebelles), se réapproprie ainsi avec talent le mythe Bond auquel il greffe l’un de ses collaborateurs réguliers, le compositeur Thomas Newman. Lorsque le film décide de revenir aux sources, il ne se contente pas de cligner de l’œil vers les années 60 (avec le retour en force de la célèbre Aston Martin de Goldfinger) mais révèle un pan du passé jusqu’alors inconnu de notre agent très spécial, nous transportant dans la lande écossaise où se prépare un climax brutal digne des Chiens de Paille. Cerise sur le gâteau, une émotion vive et sincère nous étreint en fin de métrage et perdure pendant le générique de fin, tandis que la signature « James Bond reviendra » emplit tout l’écran, une promesse familière qui ne cesse de transporter le public depuis maintenant cinq décennies.


© Gilles Penso
Thema: Espionnage et Science-Fiction

 


Par Gilles Penso - Publié dans : FILMS - Communauté : Cinéma
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Lundi 15 octobre 2012 1 15 /10 /Oct /2012 00:48

Lock-Out-Affiche-Francde.jpgde James Mather & Stephen St Leger (France/Irlande)

avec Guy Pearce, Maggie Grace, Vincent Regan, Peter Stormare, Joseph Gilgun, Tim Plester…

 

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« D’après une idée originale de Luc Besson », placarde le générique. Vraiment « originale » ? Douteux car,  dans ce script-là, on peut tour à tour identifier des éléments empruntés à New York 1997 et Los Angeles 2013 (le principe de l’infiltration en milieu hostile et l’identité du colis à livrer), Fortress (le cadre carcéral spatial), et même au plus obscur Wedlock (les colliers explosifs)… Quant au jeu de miroir qui disculpe le héros, il présente aussi des airs de déjà-vu. Alors, non, Lock Out n’a rien, mais vraiment rien, d’original, n’en déplaise à son influent producteur et co-scénariste.

 

Point de départ de Lock Out : inculpé du meurtre du meurtre d’un Colonel de ses amis, l’agent Snow de C.I.A. (Guy Pearce qui se la joue à la Kurt Russell/Snake Plissken) n’a pas d’autre choix que d’accepter une mission à haut risque en cette année 2073. Il infiltre le pénitencier spatial MS One où, à demi congelés, les 500 délinquants les plus dangereux de la Terre purgent de très longues peines. Profitant de la visite humanitaire d’Emilie Warnock (Maggie Grace, l’optimiste Shannon Rutherford de Lost), un détenu fausse compagnie à ses geôliers et délivre les autres prisonniers, dont son frère qui prend immédiatement les rênes de la mutinerie. Naturellement, il tente de négocier avec les autorités. Pour cela, il possède un moyen de pression : des otages, dont surtout la fille du Président des Etats-Unis, Emilie Warnock justement. À Snow de l’arracher à ce guêpier…

 

Vraiment, rien que des ingrédients recyclés dans ce script que les deux réalisateurs, les Irlandais James Mather et Stephen Saint Leger, comparent à Piège de Cristal et à African Queen (pour le côté querelleur du couple vedette) plutôt qu’à New York 1997 et sa suite, Los Angeles 2013. Cela change-t-il quelque chose ? Négatif, tant le tandem fait ce que Luc Besson lui demande : de l’action science-fiction à gros traits, du cinéma bourrin que rythment les plaisanteries régulièrement balancées par le héros. Aucune patte personnelle dans cet exercice qui relève du contrat à remplir, du cahier des charges à respecter à la lettre. Si James Mather et Stephen Saint Leger montrent avec plusieurs courts-métrages qu’ils en veulent, qu’ils en ont dans le ventre et qu’ils possèdent les capacités à un long-métrage, ils déçoivent à rentrer immédiatement dans le rang, à se plier à tous les compromis commerciaux dictés par leur producteur.

 

Encore faut-il leur reconnaître une certaine efficacité sur le plan technique, cependant altérée par des effets spéciaux numériques parfois franchement fauchés, telle cette poursuite moto/hélico effrayante d’amateurisme et si mal fichue qu’elle ressemble davantage à une maquette grossière qu’à une séquence achevée. Les personnages sont à l’avenant : grossiers eux aussi, les méchants si chargés de tares qu’ils en deviennent risibles, grotesques, porteurs d’une violence puérile. Les dialogues et répliques supposées drôles aggravent encore leur cas, détruisant au passage les quelques îlots de crédibilité et d’intensité dramatique que le spectacle aurait pu préserver. En clair, hormis une entrée en matière assez amusante, Lock Out donne constamment l’impression d’avoir été sabordé par ses propres auteurs, conscients de s’être rabaissés à bien basse besogne. Encore auraient-ils pû s’en tirer avec les honneurs s’ils avaient bénéficié d’une certaine autonomie. Vraiment pas le cas, comme le prouvent les grosses vannes pas drôles envoyées par le héros à la moindre occasion. L’une des marques de fabrique du divertissement selon Luc Besson.

 

Disponible en DVD et Blu-ray chez Fox Pathé Europa

 


© Marc Toullec
Thema: Futur

Par Gilles Penso - Publié dans : FILMS - Communauté : Ciné DVD
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Samedi 13 octobre 2012 6 13 /10 /Oct /2012 11:28

Stargate.jpg(Stargate)

De Roland Emmerich (USA)

Avec Kurt Russell, James Spader, Viveca Lindfors, Alexis Cruz, Mili Avital, Leon Rippy, Djimon Hounsou, Jaye Davidson

 

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En s’attelant à Stargate, Roland Emmerich s’est mis en tête de livrer au public un spectacle de science-fiction susceptible de raviver les émotions suscitées par les épopées de Steven Spielberg, George Lucas et James Cameron. Le scénario, qui semble s’inspirer d’un concept développé en 1977 par le romancier Frederick Pohl dans « La Grande Porte », commence en 1928. Un groupe d’archéologues découvre en Égypte, sur le site de la grande pyramide de Gizeh, un gigantesque anneau de pierre et d’acier.

 

Durant plusieurs décennies, les scientifiques cherchent l’origine de cette étrange construction et tentent de décrypter les hiéroglyphes qui y sont gravés. En 1994, Daniel Jackson, jeune égyptologue de génie, est réquisitionné par l’armée américaine pour résoudre l’énigme de l’anneau mystérieux. En quelques jours, il trouve le secret de l’immense objet : il s’agit d’une porte des étoiles. Derrière cette porte, projetés à des milliers d’années lumière, le colonel O’Neil et ses hommes, accompagnés de Jackson, découvrent une étrange planète où Râ, tyran mi-homme mi-dieu, règne sur une population d’esclaves…

 

Roland Emmerich a toujours flirté avec la science-fiction, mais de manière jusqu’alors très anecdotique, à travers trois séries B dénuées de la moindre finesse : Joey, Moon 44 et Universal Soldiers. Rien ne laissait donc présager la réussite de Stargate. Les deux rôles principaux, antithétiques, sont assurés par James Spader (un jeune scientifique surdoué et introverti qui s’inscrit dans la lignée directe des personnages campés par Richard Dreyfuss chez Spielberg) et Kurt Russell (un militaire dépressif et désabusé qui reprend du service à contrecœur). Le prologue situé sur un site archéologique égyptien évoque Les Aventuriers de l'Arche Perdue. La planète désertique qui ressemble à Tatooine et ses mastodontes velus rappellent La Guerre des Etoiles. Les gigantesques scènes de figuration ravivent le souffle épique des péplums de la grande époque. Le « trip » que représente le passage de la porte semble rendre hommage à 2001 l'Odysée de l'Espace . Quant à la partition symphonique de David Arnold, elle s’inspire largement des travaux de John Williams.

 

Etrangement, cette collection de références n’empêche pas Stargate de posséder son propre univers. Le spectacle grandiose (le majestueux vaisseau-pyramide, les guerriers imitant la morphologie des divinités égyptiennes, l’assaut des armadas volantes) se double ici d'une fascinante remise en question des civilisations antiques et des croyances religieuses. Il est difficile de ne pas être transporté par le lyrisme et la majesté du film, servi par des effets spéciaux exceptionnels qui mixent les technologies de pointe (effets numériques, morphings, image de synthèse) aux bons vieux trucages d’antan (maquettes, effets mécaniques). A peine déplore-t-on quelques maladresses embarrassantes qui, hélas, deviendront la marque de fabrique future de Roland Emmerich (notamment le salut militaire échangé par Kurt Russell et tous les esclaves devenus libres). Stargate donnera naissance à deux séries TV à succès : Stargate SGI (1997) et Stargate Atlantis (2004).

 

© Gilles Penso
Thema:
Extra-Terrestres
Par Gilles Penso - Publié dans : FILMS - Communauté : The SciFi Geeks
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Vendredi 12 octobre 2012 5 12 /10 /Oct /2012 08:53

KALIDOR.jpg(Red Sonja)

de Richard Fleischer (USA)

avec Brigitte Nielsen, Arnold Schwarzenegger, Sandahl Bergman, Paul L. Smith, Ernie Reyes Jr, Ronald Lacey, Pat Roach 

 

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Guerrière farouche des temps anciens, « Sonja la rouge », née sous la plume de Robert Howard en 1934, est souvent considérée comme une version féminine de Conan. Les dessinateurs de Marvel Comics ne s’y tromperont pas, puisqu’ils reprendront à leur compte le personnage et l’intègreront dans l’univers du barbare Cimmérien à partir de 1973. Avec le succès du film de John Milius et celui – plus modeste – de sa séquelle, Dino de Laurentiis décida de battre un fer encore chaud et propulsa la « diablesse à l’épée » sur le grand écran.

 

Arnold Schwarzenneger reprend du service, non dans le rôle de Conan (des problèmes juridiques s’interposèrent), mais dans celui du guerrier Kalidor (depuis Terminator, le suffixe « or » lui sied plutôt bien !). Pour donner corps à la fière barbare en armure rouge, on opta pour une athlétique Danoise d’un mètre 85 répondant au nom rugueux de Brigitte Nielsen. Effectuant là ses premiers pas devant une caméra, cet ex-mannequin allait accéder à la célébrité dès l’année suivante en épousant Sylvester Stallone. Car il faut bien avouer que Kalidor n’a pas fait d’elle la star que De Laurentiis escomptait. La belle s’en sort pourtant bien sous le bikini cuirassé de Sonja, mais le scénario a bien peu d’intérêt et le pauvre Richard Fleischer, qui nous offrit tant de joyaux, s’essouffle définitivement, hélas ! Notre héroïne cherche ici à se venger de la maléfique reine Gedren (Sandahl Bergman, elle aussi échappée de Conan).

 

Celle-ci a en effet tué ses parents et sa sœur pour pouvoir s’emparer d’un talisman possédant un terrible pouvoir de destruction. Alors que des prêtres étaient sur le point de détruire cette dangereuse relique, Gedren et son armée les massacrent impitoyablement et récupèrent le précieux objet. Désormais, rien ne semble pouvoir empêcher la redoutable mégère d’asservir le monde. Et pour bien nous faire comprendre que c’est elle, la méchante du film, on nous la montre chouchouter un étrange animal de compagnie – une araignée grosse comme un chien ! – tout en arborant un glacial masque doré, tandis que son alchimiste semble capable de voir partout grâce à une machine complexe de son invention. Sonja se forme alors au combat auprès d’un vénérable maître asiatique, avant que le valeureux Kalidor ne rallie sa cause.

 

Dans leur quête, ils sont bientôt accompagnés par un prince enfant insupportable (jouant le rôle bien inutile de faire-valoir comique) et par son massif serviteur. Il faut tout de même reconnaître à Kalidor quelques atouts, comme ses combats bien troussés, quelques séquences audacieuses (notamment l’attaque d’un serpent de mer géant) et des décors grandioses souvent conçus à l’aide de matte-paintings et de maquettes d’avant-plan. On se souviendra en particulier de cette statue géante qui orne le camp d’entraînement du maître asiatique, cette colossale sculpture en forme de bovidé, ou encore ce squelette d’animal géant qui sert de pont au-dessus d’un précipice. Le film bénéficie également d’une entraînante partition d’Ennio Morricone. Mais sous cette patine cosmétique, Kalidor fait bien pâle figure et restera d’ailleurs sans suite.

 

© Gilles Penso
Thema: Heroïc Fantasy
Par Gilles Penso - Publié dans : FILMS - Communauté : Autres Mondes...
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Mercredi 10 octobre 2012 3 10 /10 /Oct /2012 08:15

Th-Hole.jpgde Joe Dante (USA)

Avec Chris Massoglia, Haley Bennett, Nathan Gamble, Teri Polo, Bruce Dern, Quinn Lord, John Desantis, Doug Chapman

 

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Quels que soient les genres qu’ils abordent ou l’époque à laquelle ils sont réalisés, les films de Joe Dante ont tous un point commun : ce sont toujours des œuvres attachantes et sincères, empreintes sur chacun de leur photogramme de l’amour que le réalisateur porte au cinéma qui le berça dans son enfance. The Hole ne déroge évidemment pas à la règle, s’inscrivant dans un sous-genre auquel Dante lui-même donna ses lettres de noblesse avec Gremlins : le film d’horreur destiné à un jeune public. En ce sens, l’esprit des productions Amblin des années 80 n’est pas bien loin.

 

Les héros du film sont Dane et Lucas Thompson, deux frères qui suivent malgré eux leur mère célibataire pour un énième déménagement, cette fois-ci dans la petite ville tranquille de Bensonville. Un traumatisme semble avoir marqué cette famille en équilibre instable, mais nous ne le comprendrons qu’au fur et à mesure, au fil d’indices que le scénario dissémine parcimonieusement. Pour l’heure, Dane et Lucas s’installent avec lassitude dans leur nouvelle maison et font connaissance avec Julie, leur jolie voisine. Leur vie s’apprête à basculer lorsqu’ils découvrent dans la cave une trappe fermée par des dizaines de cadenas. Après quelques coups de pince coupante, les liens métalliques cèdent et la lourde porte en bois s’ouvre sur un grand trou qui semble sans fond. Qu’abrite-t-il ? Les conjectures vont bon train, jusqu’au jour où des phénomènes inquiétants se mettent à ponctuer le quotidien du jeune trio.

 

Suivant la voie tracée par quelques scènes mémorables de Poltergeist tout en se laissant influencer par la vogue des films de fantômes japonais, Joe Dante convoque alors nos peurs les plus intimes et les plus primales, celles de l’enfance. D’où cette poupée de clown grimaçant qui semble animée d’une vie propre (dont les exactions culminent dans une séquence mi-horrifique mi-comique à mi-chemin entre Sam Raimi et la série Puppet Master) ou cette petite fille blafarde aux mouvements saccadés qui surgit régulièrement pour susciter d’insidieux frissons. Nos protagonistes échafaudent alors toutes sortes de théories liées au trou mystérieux, du passage vers l’au-delà au tunnel donnant accès à des mondes parallèles, en passant par une porte de l’Enfer.

 

Pionnier dans l’usage de la 3D numérique, The Hole utilise les effets de relief de manière souvent expérimentale, parfois par goût du gimmick (Lucas envoie sa balle de base ball en direction de la caméra, comme jadis le bateleur de  L’Homme au Masque de Cire avec sa raquette de ping pong), mais la plupart du temps dans un souci de mise en perspective vertigineuse de décors souvent extrêmement photogéniques (la cave, la salle aux ampoules), voire carrément expressionniste (la maison biscornue et surdimensionnée du climax, relecture en couleurs et en 3D des délires architecturaux du Cabinet du Docteur Caligari). Fidèle à ses habitudes, Dante ne recule jamais devant la possibilité de clins d’œil cinéphiliques, comme cet extrait de Gorgo diffusé à la télévision, cette fabrique de gants baptisée Orlac ou ces guest-stars référentielles (l’incontournable Dick Miller en livreur de pizza ou le vénérable Bruce Dern dans la peau de « Carl le zarbe »). Conte de fées moderne (le final e nourrit notamment de la chute dans le vide d’Alice au Pays des Merveilles et de l’ogre du Petit Poucet), The Hole bénéficie – ce qui ne gâche rien – d’une très belle partition de Javier Navarette.

 

© Gilles Penso

Par Gilles Penso - Publié dans : FILMS - Communauté : Ciné DVD
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Mardi 9 octobre 2012 2 09 /10 /Oct /2012 09:42

Destination-finale.jpg(Final Destination)

de James Wong (USA)

avec Devon Sawa, Ali Larter, Kerr Smith, Tony Todd, Kristen Cloke, Sean William Scott, Daniel Roebruck

 

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Destination Finale s’amorce comme un film catastrophe spectaculaire, avec la mise en scène d’un des crash aériens les plus traumatisants jamais montrés à l’écran. Vues de l’intérieur d’une carlingue disloquée, les victimes s’embrasent dans un hurlement d’horreur collectif qui glace le sang… Mais tout ceci n’est qu’un rêve. Ou plutôt une vision prémonitoire. Le récit s’oriente alors vers les voies du thriller paranormal, en se concentrant sur Alex Chance Browning (Devon Sawa), un étudiant qui devait faire partie du vol et qui s’est enfui juste avant le décollage car il avait prévu la catastrophe.

 

Ce postulat étant posé, Destination Finale prend sa vraie tournure, celle d’un slasher parsemé de meurtres violents et singuliers. A la différence près qu’ici, l’assassin n’est pas un simple tueur en série, c’est la Mort en personne. Fâchée qu’une poignée de personnes ait échappé à l’explosion de l’avion à laquelle elles étaient destinées, la Grande Faucheuse entreprend de corriger cette erreur. Ainsi, James Wong et Glen Morgan, ex-scénaristes de la série X-Files, nous offrent-ils l’un des films d’épouvante les plus originaux et les plus terrifiants de ce début de vingt-et-unième siècle. Car la Mort n’apparaît pas ici sous les traits d’une créature encapuchonnée et cadavérique, pas plus que ses interventions ne prennent un tour surnaturel. Au contraire, tout ressemble à une série d’accidents anodins, des coïncidences fâcheuses, des concours de circonstance qui font qu’une personne, seule chez elle au milieu de ses appareils ménagers, risque à tout moment de périr noyée, électrocutée ou égorgée…

 

Voilà toute la force des séquences d’angoisse viscérales véhiculées par le scénario de Destination Finale : le pire pourrait arriver n’importe quand, à n’importe qui. Sauf qu’ici, le hasard n’a pas vraiment son mot à dire. C’est la Camarde qui tire les ficelles, qui planifie la moindre fuite d’eau, la plus petite étincelle, jusqu’à ce que ses victimes soient fauchées en plein vol. On repense alors aux moments de frayeur que nous avait fait connaître le trop méconnu Démon dans l’île de Francis Leroi, dans lequel les objets de tous les jours se retournaient contre leurs possesseurs. Le film de Wong est en outre servi par un groupe de comédiens convaincants et une mise en scène diaboliquement efficace, qui joue à titiller les nerfs du spectateur avec une minutie démoniaque.

 

Petit détail amusant : comme l’avait fait Joe Dante dans Hurlements, Wong et Morgan ont donné à leurs personnages les noms de réalisateurs ou d’acteurs de l’âge d’or du cinéma d’épouvante. Ainsi se côtoient les Browning, Lewton, Hitchcock, Schreck, Waggner, Chaney, Murnau, Dreyer et autre Siegel. Le succès du film le mua en premier épisode d’une longue saga. Cet hommage à tout un pan de l’histoire du fantastique passe aussi par la mise en place d’un personnage relais, dans l’esprit de la Gitane du  Loup-Garou , incarnée par Maria Ouspenkaya, qui délivrait aux protagonistes et aux spectateurs les informations nécessaires à la compréhension du drame en cours. Ce rôle est ici assumé par Tony Todd, ex-Candyman reconverti en mémorable messager funèbre.

 

© Gilles Penso

Thema: La Mort

Par Gilles Penso - Publié dans : FILMS - Communauté : Horrorkult.com
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  • Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…

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