Steven Spielberg en personne s'invite dans l'Encyclopédie du Cinéma Fantastique. A l'occasion de la rétrospective que lui a rendu la
Cinémathèque Française et de la sortie de son dernier long-métrage Cheval de Guerre, le cinéaste a fait escale à Paris, où nous avons pu recueillir quelques-uns de ses propos.
Interview, film hommage, chronique de l'ensemble de sa filmographie fantastique, c'est ici
que ça se passe !
Troisième remake consécutif réalisé par Alexandre Aja, après La
Colline a des Yeux et Mirrors, Piranha 3D ressemble à une parenthèse dans la carrière du jeune cinéaste, une sorte de récréation lui permettant de
projeter sur grand écran un patchwork d’influences liées aux films de son adolescence. Ainsi, malgré l’outrance de ses effets gore craspecs et les déshabillages intempestifs de ses figurantes
siliconées (héritage respectif des films d’horreur et des teen movies des années 2000), cette relecture du Piranhas de Joe Dante (qui fit déjà l’objet d’un remake en 1995) fleure
bon les années 80. Le casting témoigne ouvertement de cette tendance, offrant des rôles référentiels à Elisabeth Shue (Karate Kid, Cocktail), Jerry O’Connell (Stand by
me), Christopher Lloyd (Retour vers le Futur) et Richard Dreyfuss (Les Dents de la Mer).
L’utilisation du relief elle-même, argument marketing important du film, n’a jamais la prétention de révolutionner le langage
cinématographique mais relève plutôt du gimmick de base qui consiste à envoyer un maximum de projectiles, de monstres grimaçants ou de poitrines plantureuses à la figure des spectateurs, comme au
bon vieux temps des Dents de la Mer 3D ou de Meurtres en Trois Dimensions. S’il reprend le
principe du film de Joe Dante et quelques éléments de sa structure narrative, le scénario de ce Piranha n’en conserve ni le scénario, ni les personnages. Ici, les poissons
voraces ne sont pas le fruit de manipulations de l’armée mais trouvent leur origine au fin fond de la préhistoire, un séisme sous-marin les ayant soudain ramenés dans le lac Viktoria. Or c’est
justement dans ce cadre idyllique que viennent s’ébattre tous les étés des centaines d’adolescents écervelés afin de jouir des innombrables activités culturelles offertes par le
« Springbreak » : concours de t-shirts mouillés, beuveries à la bière, ski nautique topless, musique techno envahissante et orgies en tous genres. Evidemment, voilà un repas fort
appétissant pour nos piranhas antédiluviens.
Certes, le second degré omniprésent est souvent très réjouissant, les séquences horrifiques dégoulinent sans réserves (le massacre final est
à ce titre un véritable morceau d’anthologie, porté par des effets de maquillage hallucinants de l’atelier KNB) et l’érotisme dévergondé force la sympathie. Mais à tant vouloir se défouler,
Alexandre Aja omet l’essentiel : la construction de personnages intéressants et l’élaboration de séquences de suspense propres à solliciter la participation active du public. A force
d’excès, rien ne nous touche et l’impact du film s’en ressent fatalement. Joe Dante lui-même, lorsqu’il décrivait les méfaits joyeux des Gremlins, n’oubliait jamais en cours de route de
s’attacher à ses protagonistes. Rien de tel ici. Comme en outre l’humour graveleux frôle par moments l’indigestion (un pénis sectionné coule à pic, puis un piranhas s’en empare, avant qu’un autre
ne lui dispute ce met de choix, le membre est enfin englouti avec voracité, puis régurgité avec un rôt bruyant, le tout en plan séquence…) et que les effets 3D approximatifs, bricolés à la
va-vite après le tournage, nous assènent quelques dédoublements et effets de flous propices à la migraine, le bilan demeure finalement très mitigé.
Mêler un argument purement fantastique, issu de l’imagerie colorée des contes des Mille et Une Nuits, à un contexte historique
rigoureusement tangible, en l’occurrence la guerre d’Algérie : tel est le pari audacieux de Djinns, premier
long-métrage d’Hugues et Sandra Martin. Nous sommes dans le désert algérien, en 1960. Une section de paras français a pour mission de retrouver un avion écrasé quelque part au milieu des dunes.
Après quelques kilomètres d’errances dans le désert, l’épave est localisée et, comme on pouvait le craindre, n’abrite plus aucun survivant. En revanche, une mallette estampillée « Secret
Défense » y est dénichée au milieu des cadavres desséchés. Soudain assaillie par un groupe de snipers locaux, l’escouade bat en retraite et trouve refuge dans une petite ville isolée et en
partie abandonnée. La Gardienne des lieux tient à mettre en garde les nouveaux arrivants, mais c’est trop tard : ils ont réveillé les Djinns, redoutables esprits du désert…
L’une des premières qualités de Djinnsest son casting,
mixant habilement les chouchous du cinéma d’auteur français aux spécialistes de l’action musclée, les « petits jeunes » aux vétérans. Ainsi Grégoire Leprince-Ringuet, Cyril Raffaelli,
Thierry Frémont, Aurélien Wiik ou Saïd Taghmaoui partagent-ils sans heurt l’affiche du film en un cocktail plutôt harmonieux. L’autre atout majeur du film est le soin apporté à sa mise en forme,
tant du point de vue de l’atmosphère (décors, photographie, musique, ambiance générale) que de la mise en scène (la séquence tournée en 8 mm devant l’épave de l’avion et la fusillade qui lui
succèdent sont deux moments forts du métrage, alternant sans préavis la légèreté et l’hypertension). Les intentions sont donc louables, mais l’intérêt finit par décroître dans la mesure où le
sujet même du film finit par manquer cruellement d’intelligibilité.
Certes, l’idée d’un démon ancestral symbolisant la mauvaise conscience des soldats français enlisés dans un conflit absurde était
excellente, et l’on s’étonne d’ailleurs que le cinéma américain ne l’ait pas plus tôt utilisée dans le contexte de la guerre du Vietnam. Mais toute la portée métaphorique du concept s’évapore
face au laxisme caractérisant l’utilisation de l’élément fantastique. Car les créatures qui rampent sournoisement autour des protagonistes sans jamais interagir avec eux, le temps de deux ou
trois séquences furtives, n’ont finalement pas beaucoup plus d’incidence scénaristique que le ridicule fantôme voltigeant autour de Sophie Marceau et Frédéric Diefenthal dans le triste
Belphegorde Jean-Paul Salomé.
D’autres carences, moins rédhibitoires, handicapent Djinns,
notamment une certaine monotonie dans les péripéties du troisième acte, ainsi que le sérieux manque de consistance du « chef de commando » incarné par Saïd Taghmaoui. Voilà donc un
projet qui démarre fort pour s’achever un peu chaotiquement, malgré de grandes ambitions (la séquence du cauchemar post-apocalyptique ou celle de l'attaque des scorpion sont assez frappantes) et
une chute assez savoureuse. Le manque de moyens des jeunes réalisateurs et les nombreuses concessions auxquelles ils durent se plier expliquent probablement certaines déficiences qui
s’atténueront peur-être à l’occasion d’un éventuel « director’s cut ».
Moins connu que Conan le barbare, Solomon Kane est pourtant une autre création inspirée de l’écrivain Robert Howard, un pourfendeur de
démons du 17ème siècle aussi peu dénué de scrupules et d’états d’âmes que son petit frère cimmérien. Apparu pour la première fois en août 1928
dans le magazine Weird Tales, Solomon Kane (dont le nom mixe deux influences bibliques, le fougueux roi Salomon et le fratricide Caïn) fut le héros de plusieurs récits et se vit adapter en bande
dessinée. Mais il aura fallu attendre la passion du scénariste/réalisateur Michael J. Bassett, grand admirateur d’Howard, pour qu’un Solomon Kanesur grand écran voie enfin le jour.
Et le spectacle est à la hauteur des espérances, ne reculant devant aucune brutalité (les combats sont particulièrement sanglants),
bénéficiant de magnifiques décors naturels captés en République Tchèque ou reconstitués en studio façon Hammer Films (ah, ce magnifique cimetière nocturne !), et mettant en scène quelques
somptueuses créatures démoniaques conçues par Patrick Tatopoulos et visiblement sous l’influence de Guillermo del Toro. A ce titre, les spectres grimaçants qui hantent les miroirs et happent les
guerriers passant à leur portée ou le colossal Troll surgissant au moment du climax s’affirment comme de superbes visions de pure fantasy. Le casting lui-même est d’une grande finesse, offrant à
quelques vétérans tels que Max Von Sydow ou Pete Postlethwaite des rôles mémorables tout en proposant à un quasi-inconnu (l’excellent James Purefoy) de tenir le haut de l’affiche. Aussi crédible
en combattant farouche qu’en puritain tourmenté, Purefoy, avec ses faux airs d’Hugh Jackman et de Robert Carlyle, porte une bonne partie de l’impact du film sur ses solides épaules.
N’adaptant aucune aventure précise écrite par Robert Howard, le film de Bassett se situe dans une Angleterre ravagée par les guerres. Le
capitaine Solomon Kane, guidé par une foi inébranlable, occis à tour de bras tous les « infidèles » qu’il croise, persuadé d’agir pour le bien de l’humanité. Mais après une de ses
sanglantes croisades, il croise un émissaire du Diable qui lui annonce le prix qu’il devra payer pour tout ce sang versé : son âme. Terrifié, Kane décide de renoncer à la violence en
s’enfermant dans un cloître. Mais le mal continue de croitre autour de lui, et lorsque les démoniaques émissaires du redoutable Malachi se mettent à battre la campagne, ses nouvelles résolutions
sont mises à rude épreuve…
Elégante, stylisée, toute en retenue (sauf évidemment lorsque l’acier et la chair entrent en collision au cours des nombreuses échauffourées
scandant le métrage), la mise en scène de Bassett dote Solomon Kaned’un souffle et d’une personnalité en parfait
accord avec ses sources d’inspiration littéraires. La seule véritable ombre au tableau, en la matière, est sans doute la partition paresseuse d’un Klaus Badelt en sérieux manque d’inspiration. On
regrette aussi – et surtout – un final un peu escamoté qui fait l’effet d’un pétard mouillé et laisse imaginer quelques coupes budgétaires inopinées. Ces réserves mises à part, Solomon
Kaneest une initiative réjouissante qui mériterait plusieurs séquelles. Hélas, le succès très mitigé du film ne laisse guère
augurer de prolifique descendance…
Contrairement à ce que pourrait laisser croire son titre français maladroitement opportuniste, Phénomènes Paranormauxn’est pas un succédané deParanormal Activity(gros succès en salle l’année précédente) mais un film
étrange qui mixe la science-fiction à l’épouvante psychologique en s’appuyant sur un procédé narratif original aux allures de docu-fiction. Le scénario s’appuie sur un fait réel dûment établi par
le FBI : dans la ville de Nome, en Alsaka, des disparitions inexpliquées se produisent régulièrement depuis les années 60 sans qu’aucune explication logique n’ait pu être donnée. La piste
des enquêteurs officiels s’oriente bien sûr vers des kidnappings et des meurtres, mais pour Hollywood, il semblait plus séduisant d’adopter la thèse des abductions extra-terrestres.
Le titre original,Fourth Kind, ne laisse
d’ailleurs planer aucun doute, se référant directement à la fameuse typologie établie par le scientifique Alan Hynek pour hiérarchiser les contacts entre humains et aliens : la rencontre du
premier type est l’observation d’un phénomène spatial inexpliqué, celle du deuxième type caractérise l’interaction physique de ce phénomène avec des témoins, et celle du troisième type concerne
le contact établi avec une forme extra-terrestre. Quant à la « Rencontre du Quatrième Type », elle semble liée aux enlèvements d’humains par des extra-terrestres, un thème qui a
alimenté moult scénarios de la sérieX-Filesmais que le réalisateur Olatunde Osunsanmi aborde sous un angle volontairement
hyperréaliste. Le doute est d’ailleurs volontairement entretenu quant à la véracité des événements décrits dans le film.
Car le montage, surprenant, insère régulièrement des documents vidéo mettant en scène les « véritables »
acteurs du drame (séances d’hypnose de l’époque filmées par les psychiatres, enregistrements par des caméras de police, documents tournés pour une université, etc.). A l’écran, il n’est pas rare
qu’un split-screen montre ainsi deux fois la même scène, version cinéma et version « réalité ». Pour enfoncer le clou, les comédiens se présentent dès le début du film pour nous
annoncer qu’ils s’apprêtent à interpréter des personnages réels. Milla Jovovich incarne ainsi la psychologue Abigail Tyler, traumatisée par le meurtre de son époux et préoccupée par plusieurs de
ses patients souffrant de troubles sévères du sommeil suite à des cauchemars récurrents…
Alors, info ou intox ? De toute évidence, le film est un gigantesque canular, mais la minutie et le
réalisme avec lequel les témoignages « réels » sont reconstitués et intégrés à la narration font tout l’intérêt d’un long-métrage qui, par ailleurs, ne raconte rien de foncièrement
novateur. La mise en scène d’Osunsanmi s’avère d’ailleurs parfois exagérément maniérée, là où un peu plus de sobriété aurait été de mise. Mais il faut reconnaître quePhénomène
Paranormauxsait susciter le trouble, en partie grâce à l’implication de ses comédiens. Milla Jovovich nous surprend agréablement dans un registre
moins physique et beaucoup plus intériorisé qu’à l’accoutumée, épaulée par de solides partenaires tels que Will Patton et Elias Koteas. Bref rien de neuf sous le ciel extra-terrestre, mais une
habile et innovante variation sur un thème connu.
Robert Rodriguez n’est certes pas le cinéaste le plus fin du monde, mais son hommage au cinéma d’horreur des années 70/80,
Planète Terrreur, était un véritable bijou cinéphilique. Le
réalisateur hongrois Nimrod Antal, quant à lui, avait franchi la frontière hollywoodienne avec succès grâce à son suspense horrifique Motelredoutablement efficace. Savoir les deux hommes aux commandes d’un nouvel épisode de la sagaPredator, le premier au poste de producteur, le second sur le fauteuil du réalisateur, avait de quoi laisser planer quelques espoirs, d’autant que Rodriguez et
Antal n’ont jamais tari d’éloges sur le premier épisode de John McTiernan qu’ils semblent vénérer au plus haut point.
A tel point, d’ailleurs, que Predatorsne tient compte ni de
Predator 2, ni des deux affligeants Aliens vs. Predatorspour mieux se concentrer sur le tout premier opus, qui semble être ici la référence absolue. Le schéma narratif est a priori très similaire : un
commando armé affronte des chasseurs extra-terrestres dans une jungle luxuriante. Mais le postulat de départ, lui, a beaucoup changé. A mi-chemin entre Cubeet Lost, le prologue de Predatorsplonge en effet une dizaine de personnages qui ne se connaissent pas dans un lieu qui leur est tout autant étranger. Comment sont-ils arrivés dans cette
forêt inhospitalière ? Pourquoi ? Qui se cache derrière cet enlèvement collectif ? Telles sont les interrogations mises en exergue dans la première partie prometteuse de
Predators.
Au bout d’une bonne vingtaine de minutes, les protagonistes découvrent ce que les spectateurs ont deviné depuis longtemps : ils ont été
kidnappés et largués sur une planète qui sert de terrain de chasse à des prédateurs extra-terrestres émules du comte Zaroff. A partir de là, Predatorsse contente hélas d’imiter maladroitement son illustre modèle sans jamais chercher à le transcender. Certes, les maquillages de Greg Nicotero
reproduisent à merveille la créature du regretté Stan Winston, le compositeur John Debney imite note par note la partition originale d’Alan Silvestri (occupé semble-t-il par la bande originale de
L’Agence Tous Risques) et même Adrien Brody se prend pour Arnold Schwarzenegger, mais la mayonnaise ne prend pas
pour autant. A quoi bon vouloir prolonger un classique s’il s’agit simplement d’en reproduire servilement les mécanismes ?
D’autant que Nimrod Antal et Robert Rodriguez semblent n’avoir retenu de Predatorque sa cosmétique sans se soucier un seul instant des thématiques développées par John McTiernan, des complexes relations qu’il tissait entre l’homme et
la nature et du manichéisme qu’il s’amusait à détourner. Comme en outre le scénario de cette suite/remake regorge d’incohérences et de coups de théâtre absurdes, que les comédiens ont laissé leur
finesse au placard (mention spéciale à Laurence Fishburne dans le rôle le moins crédible de sa carrière) et que la jungle soi-disant extra-terrestre ressemble à une forêt américaine pas exotique
pour un sou, Predatorsmet en exergue séquence après séquence l’inutilité de sa mise en œuvre et présente finalement
un seul véritable mérite : renforcer davantage notre attachement au chef d’œuvre matriciel de John McTiernan.
Christopher Nolan n’est pas le genre de réalisateur à prôner la facilité et les sujets légers. Même lorsqu’il s’approprie le travail des
autres à l’occasion d’un remake (Insomnia), de l’adaptation d’un roman (Le
Prestige) ou de la relecture d’un comic book populaire (Batman Begins,The Dark Knight), Nolan est capable d’insuffler à ses œuvres
une noirceur, une complexité et une profondeur extrêmement personnelles. Avec Inception, il s’attaque pour la
première fois depuis douze ans à un sujet 100% original, et le résultat dépasse toutes les espérances.
Mixage incroyable entre un épisode de Mission Impossibleet
le thriller paranormal Dreamscapede Joseph Ruben, le scénario d’Inceptionest un passionnant casse-tête chinois qui sollicite la participation active des spectateurs. En ce sens, cette expérience nous rappelle celle de
Mementoqui, lui aussi, ne pouvait s’apprécier qu’en s’immergeant corps et âme dans les méandres d’un scénario
incroyablement tortueux. Et comme entre-temps Nolan a su séduire le public le plus large grâce à des blockbusters d’une grande intelligence, les studios lui font les yeux doux en lui allouant de
confortables budgets. Grâce aux 200 millions de dollars mis ici à sa disposition, il peut donner corps à ses folles idées visuelles, n’hésitant jamais à recourir aux effets spéciaux les plus
spectaculaires et aux scènes d’action les plus mouvementées pour mieux nourrir les réflexions soulevées par son récit.
Leonardo di Caprio incarne Dom Cobb, un espion qui sait s’introduire dans les rêves d’autrui afin de voler les secrets les plus intimes en
toute impunité. Cobb est très convoité pour ses talents, mais c’est aussi un fugitif recherché par les autorités du monde entier. Pour se racheter une conduite, il accepte une dernière mission
qui n’a pas pour objet de voler une idée mais au contraire d’en implanter une dans l’esprit de quelqu’un… « La suggestion consiste à faire dans l’esprit des autres une
petite incision où l’on met une idée à soi », écrivait Victor Hugo. Tel est exactement l’objet de la mission du héros d’Inception,et c’est là
que réside tout le sel de ce scénario à tiroirs. Car pour pouvoir manipuler le rêveur et pratiquer cette « incision » psychologique, Cobb va devoir enchâsser plusieurs rêves les uns
dans les autres, chacun se soumettant à des règles spatio-temporelles différentes.
Bien vite, le film devient vertigineux, les règles établies dès le prologue prenant une dimension inattendue en
cours de métrage. Il est d’ailleurs étonnant de voir avec quelle facilité les spectateurs acceptent l’argument science-fictionnel initial, pourtant particulièrement insolite. C’est là toute la
finesse de Christopher Nolan, soucieux de traiter son sujet sous l’angle le plus réaliste possible et s’attachant avant tout à ses personnages et à leurs tourments. D’où le choix d’un casting
extrêmement judicieux où les acteurs vedettes s’effacent derrière leurs protagonistes et où quelques guest stars savoureuses comme Michael Caine, Pete Postletwaite ou le trop rare Tom Berenger
nous offrent d’extraordinaires prestations. Passionnant de la première à la dernière minute, Inceptionest un spectacle inoubliable… Peut-être
le meilleur film d’un réalisateur d’exception arrivé ici au sommet de son art.
Les frères Hugues ne sont pas du genre à enchaîner les films comme on enfile des
perles. Alors que certains réalisateurs boulimiques pondent un long-métrage tous les six mois, les duettistes ont attendu neuf ans avant de nous offrir Le Livre d’Eli, leur
adaptation du comic book « From Hell » remontant au tout début des années 2000. Et il faut bien reconnaître que notre patience est sacrément récompensée, car cette fable post-apocalyptique
désenchantée est un petit bijou ciselé avec minutie par deux cinéastes arrivés au sommet de leur art. Ravagée par une catastrophe qui semble trouver son origine dans la destruction de la couche
d’ozone, la planète n’est plus qu’un désert jonché de ruines et de bandes rivales prêtes à s’entretuer pour survivre.
C’est dans cet univers voisin de celui de la sagaMad Maxqu’erre Eli, personnage solitaire et taciturne auquel l’impérial Denzel Washington prête son charisme imperturbable avec la même portée iconique que jadis Mel Gibson
dans l’Australie futuriste imaginée par George Miller. Mais Eli ne se déplace pas dans une voiture customisée, pas plus qu’il ne guette les litres d’essence en voie de disparition. Marchant
inlassablement vers le nord depuis de nombreuses années, il protège le dernier exemplaire de la bible encore en circulation, en quête d’un sanctuaire énigmatique. Ses pas le mènent dans
l’ancienne Californie, revenue au temps du Far West sous la domination du redoutable Carnegie (Gary Oldman) qui rêve justement de mettre la main sur le livre sacré.
Le Livre d’Eli serait-il donc un acte de foi sur pellicule, un sermon judéo-chrétien adressé à tous les
mécréants dans l’espoir de les remettre sur le droit chemin de la parole divine ? Le Mel Gibson de La Passion du Christ viendrait-il s’immiscer lui aussi dans les influences des
frères Hugues ? Pas vraiment. La Bible n’est ici qu’un prétexte, ou plutôt une métaphore de la culture et de l’esprit érodés par des décennies de barbarie. C’est sans doute la raison pour
laquelle les dernières minutes du film, après nous avoir réservé une surprise de taille, semblent vouloir faire directement écho au final de Fahrenheit 451, où les livres
prohibés donnaient naissance à des « hommes livres », véritables bibliothèques humaines d’une folle poésie. Mais avant d’atteindre cet épilogue emphatique, Le Livre d’Eli nous
réserve son lot de séquences somptueusement graphiques, qu’on croirait tout droit issues des cases d’une bande dessinée.
Le désert filmé au Nouveau Mexique et retouché numériquement y est magnifié, la figure de guerrier campée par Denzel
Washington atteint une dimension surhumaine lorsqu’Eli, dans un magnifique contre-jour, abat un à un ses assaillants avec une dextérité sauvage qui coupe le souffle… Et que dire de cet incroyable
plan séquence digne d’Alfonso Cuaron au cours duquel la caméra suit les projectiles que Carnegie et ses hommes lancent à l’assaut de la vieille bicoque où les fugitifs ont trouvé refuge ? Aux
confluents du film d’action, du western, du récit futuriste et du conte initiatique, Le Livre d’Eli se déguste sans modération, au rythme des pas opiniâtres de son inébranlable
héros.
S’appuyant sur le thème classique de l’apprenti sorcier, Spliceaurait pu se barder de clichés et verser dans la caricature. La réussite et la singularité du film n’en sont que plus remarquables. Car Vincenzo Natali,
auteur du remarquable Cube, choisit d’aborder son sujet sous un angle naturaliste et moderne. Adrien Brody et Sarah
Polley incarnent Clive et Elsa, un couple de scientifiques spécialisés dans la recherche génétique. Après avoir combiné les gènes de plusieurs espèces animales, ils souhaitent fusionner l’ADN
animal et humain, mais le laboratoire pharmaceutique qui les finance refuse d’aller aussi loin. Elsa décide de bafouer les règles et de tenter l’expérience. Avec la complicité méfiante de l’homme
qu’elle aime, la jeune savante parvient à donner naissance à un petit être hybride dont le faciès n’est pas sans évoquer le bébé monstre d’Eraserhead. Bientôt baptisée Dren (l’envers de « Nerd »), la créature grandit très vite et va progressivement faire basculer la vie de ses créateurs
dans le cauchemar…
Si la réussite de Splicerepose beaucoup sur la justesse de
jeu d’Adrien Brody et Sarah Polley, il faut également saluer l’incroyable prestation de Delphine Chanéac dans le rôle de Dren, accentuée par des effets visuels révolutionnaires déformant
suffisamment son visage pour marquer son anormalité, mais pas trop afin de préserver sa beauté androgyne. « Les jambes de Dren, qui sont conçues avec une double articulation, ont été
reconstruites numériquement à partir de mes véritables jambes et se prolongent avec mes avant-bras », explique la
comédienne. « Les pieds sont mes mains. Un de mes doigts a été supprimé et des tendons ont été rajoutés, mais ce sont des éléments de mon propre corps. Finalement, seule la queue est
entièrement factice. »(1) « Dans la plupart des films de monstres, on a tendance à partir d’une morphologie
humaine et à y ajouter des choses », ajoute Vincenzo Natali. « Pour Dren, nous avons procédé à l’envers, par
soustraction, en ne créant que de petites altérations. »(2)
Grâce au prisme de la science-fiction, le cinéaste se permet d’aborder frontalement des sujets aussi délicats que l’inceste, la pédophilie,
la zoophilie, la transsexualité ou le viol, sans le moindre voyeurisme mais sans s’embarrasser pour autant du moindre tabou. Les obsessions de David Cronenberg hantent ce récit tortueux, qui
évoque aussi Embryode Ralph Nelson. Mais Splicedemeure résolument personnel et novateur, notamment grâce au choix de sa principale protagoniste, Elsa, une scientifique trentenaire. Arrivée à l’âge où
la question de la maternité se pose naturellement, elle écarte inconsciemment l’idée de donner vie à un enfant dont la croissance, le développement et l’autonomie lui échapperaient. En se
rabattant sur un être artificiellement enfanté, elle croit pouvoir conserver la maîtrise de son devenir. Il n’en sera rien, évidemment, et tous ceux qui sont familiers avec l’œuvre de Mary
Shelley savent qu’une telle tentative est vouée à l’échec. « J’ai grandi avec lesFrankensteinde James Whale et je les adore,
mais je n’ai jamais cherché à les imiter », avoue Natali. « Avec Splice, je me suis efforcé de reprendre certains de leurs concepts et les transporter dans le vingt et unième siècle. »(3)
(1) Propos recueillis par votre serviteur en novembre 2009 - (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en février
2010
Grâce à L'Armée des Morts et à ses
propres Land of the Dead et Diary of
the Dead, George Romero est revenu sur le devant de la scène et suscite les passions des cinéphiles. Ses films de zombies ayant été imités, plagiés, reproduits et usés jusqu’à la
corde, c’est à une autre de ses œuvres que se sont intéressés les producteurs Michael Aguilar et Dean Georgaris : The Crazies, sorti en nos contrées sous le titre
opportuniste de La Nuit des fous vivants. Si les cadavres ambulants ne sont pas ici de la partie, les motifs chers à Romero sont plus que jamais prégnants, notamment l’opposition
des scientifiques et de l’armée, le dépassement des autorités politiques et les réactions de la population face à une menace qui vient de l’intérieur.
« Lorsque George Romero réalisa The Crazies, l’Amérique était encore dans l’ombre de la
guerre du Vietnam », explique Breck Eisner, à qui échut la responsabilité de diriger le remake. « Son film se positionnait politiquement par rapport au rôle de l’armée et du
gouvernement dans cette guerre. Ma version s’inscrit dans l’après 11 septembre 2001, dans la foulée du monde de George Bush, un monde de guerres injustes où l’armée est chargée d’effacer par la
force les erreurs du gouvernement. » (1) Soucieux de préserver le discours politique cher au père de La Nuit des
Morts-Vivants , Eisner raconte ainsi l’histoire d’une petite ville tranquille du Middle-West frappée par un mal étrange.
Peu à peu, les habitants se transforment en fous dangereux avides de meurtres. Alors que la population cède à la panique, un
shérif tente de protéger ceux qui ne sont pas encore contaminés en attendant les renforts. Or l’armée n’a qu’un seul objectif en tête : mettre la ville en quarantaine et exécuter tous les
contrevenants… Avec son premier long-métrage, Sahara, Breck Eisner avait démontré son savoir-faire technique et sa maîtrise des séquences d’action, mais le scénario médiocre de
ce sous-Indiana Jones ne lui permettait guère de faire des étincelles. Conscient de cet état de fait, le réalisateur s’implique ici dans l’écriture du scénario et choisit de modifier le point de
vue initialement adopté par Romero, qui consistait à s’intéresser autant aux habitants qu’aux militaires.
« Ce genre de récit nécessite une narration serrée, et chaque minute passée avec les personnages principaux est
précieuse pour que les spectateurs puissent s’attacher à eux », explique-t-il. « C’est pour cette raison que j’ai écarté le point de vue des militaires. » (2) Constellé de
séquences de suspense éprouvantes et particulièrement originales (l’attaque dans le lave-auto, l’intervention terrifiante de l’homme à la fourche), The Crazies embrasse dans un
format Scope magnifique les vastes panoramas de la Georgie et de l’Iowa et s’impose bien vite comme un western moderne mâtiné d’horreur. « L’acteur principal Timothy Olyphant est filmé
comme un cowboy », confirme Eisner. « Et c’est exactement ce que son personnage est devenu : un shérif s’efforçant de faire encore régner la loi dans une ville perdue au
milieu de nulle part. » (3) Bref, voilà un remake de haute tenue qui redonne un coup de jeune à son modèle et exploite à merveille son inquiétant postulat : que se passerait-il si
la folie était contagieuse ?
(1), (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en avril 2010
Quels sont le meilleur et le pire des films de super-héros jamais réalisés ? Vous avez été nombreux à vous prononcer, et le
débat fut houleux. Il faut constater que c'est l'univers Batman de DC Comics qui a principalement déchaîné les passions, comme en témoignent les résultats.
LE MEILLEUR : THE DARK KNIGHT
C'est The Dark Knight de Christopher Nolan qui a finalement recueilli la majorité des suffrages. 20% des
votants l'ont considéré comme le meilleur film de super-héros. Mais la course était serrée, car X-Men 2, Batman le défi et le Superman de Richard Donner
n'étaient pas bien loin, avec 13% de votes favorables pour chacun d'entre eux. Etaient également cités Incassable, X-Men, X-Men 3, Hulk (d'Ang Lee), Batman Begins,
Spider-Man, Spider-Man 2, Iron Man et Darkman (6,5% chacun).
LE PIRE : CATWOMAN
Pour le pire film de super-héros, c'est une majorité bien plus large qui s'est prononcée pour Catwoman de
Pitof. 46% l'ont élu sans hésiter ! Ghostrider, le Captain America d'Albert Pyun et Les Quatre Fantastiques de Roger Corman occupaient le podium
à ses côtés (13% de votes chacun). Les Quatre Fantastiques de Tim Story étaient également dans la ligne de mire, ainsi qu'Elektra, Punisher
(toutes versions confondues), Superman Returns, Batman Forever, Batman et Robin, Barbwire, Judge Dredd et Hulk (qui combat donc dans les deux
catégories).
Rappelons que des cadeaux bonus étaient à la clef. Le sort a choisi les trois vainqueurs :
Aanilremporte le Strange
Spécial Origines n°274
Myra027gagne le double
DVD du film Immortel Ad Vitam
Kevinerécupère le premier
numéro de la revue Marvel
Chacun d'entre eux est invité à me laisser son adresse en utilisant le lien contact tout en bas de la page du site pour
pouvoir recevoir son lot.
RAY HARRYHAUSEN: SPECIAL EFFECTS TITAN, the definitive documentary about the living
legend of visual effects, stop-motion animation and fantasy films (in english).
Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…
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