Jeudi 8 mai 2008
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02:46
(The Invasion)
d’Oliver Hirschbiegel (Etats-Unis)
avec Nicole Kidman, Daniel Craig, Jeremy Northam, Jeffrey Wright, Jackson Bond, Veronica Cartwright, Alexis Raben
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Tous les quinze ou vingt ans, Hollywood s’essaie à une nouvelle adaptation du roman de Jack Finney « Invasion of the Body Snatchers », avec plus ou moins de bonheur. Si L’Invasion des Profanateurs de Sépultures de Don Siegel s’est vite érigé au statut de classique en 1956, et si son remake signé en 1979 par Philip Kaufmann en
modernisait le propos avec beaucoup d’efficacité, le Body Snatchers d’Abel Ferrara (1992) ne présentait pas un grand intérêt. Pour varier les plaisirs, le
producteur Joel Silver s’en alla quérir un réalisateur européen, pratique devenue courante auprès des grands studios soucieux de repérer les talents britanniques, ibériques ou français.
Le dévolu de Silver se jeta sur Oliver Hirschbiegel, signataire de deux œuvres très remarquées : L’Expérience et La
Chute. Pas très éloignée de celle de Philip Kaufmann, l’approche du metteur en scène allemand se veut sobre et naturaliste, ponctuée ça et là d’éléments insolites. Nicole Kidman y incarne
Carol Bennell, une psychiatre renommée, mère de l’adorable petit Oliver (Jackson Bond) et liée au sympathique médecin Ben Driscoll (Daniel Craig). Suite au crash de la navette spatiale Patriot, des
débris se répandent sur des milliers de kilomètres carrés, de Dallas à Washington. Dépêchées sur place, les autorités les plus compétentes ignorent qu’une spore venue de l’espace est attachée à
chacun des débris, et que quiconque y touche se trouve contaminé par un mal étrange.
L’un des premiers touchés est Tucker Kaufman (Jeremy Northam), l’ex-mari de Carol. La nuit venue, dès qu’il sombre dans les bras de Morphée, une étrange métamorphose s’opère. Le lendemain, plus
aucune émotion ne transparaît sur son visage froid et sans âme. Et cette modification de comportement gagne peu à peu la majorité de la population. Carol s’alerte lorsque l’une de ses patientes
(incarnée par Veronica Cartwright, à l’affiche de L’Invasion des Profanateurs version 1979) lui affirme avec aplomb que son mari a été « remplacé ». La
psychiatre fait la même constatation à propos de son ex-mari, lequel s’est emparé du jeune Oliver. A la recherche de son fils, Carol va devoir cacher ses émotions afin de se noyer dans la masse des
humains contaminés qui hantent les rues de la ville, et surtout lutter contre le sommeil si elle ne veut pas devenir l’un d’entre eux.
Le refrain est connu, certes, mais la mise en scène à fleur de peau d’Hirschbiegel et le jeu convaincant des comédiens jouent en faveur d’Invasion qui, à
défaut de révolutionner le genre, nous réconcilie avec un récit fort malmené par Abel Ferrara. Hélas, face au premier montage du film, Joel Silver s’inquiéta du caractère trop intimiste du résultat
et de son rythme languissant. Soucieux de toucher le public le plus large, il confia la réécriture d’une partie du scénario aux frères Wachowski et le tournage de nombreuses séquences
additionnelles à James McTeigue, réalisateur de V pour Vendetta. Au final, Invasion est fatalement un produit
hybride, bourré d’ellipses déstabilisantes, encombré dans son climax de séquences d’action un peu vaines, et embarrassé d’un dénouement d’une grande faiblesse. A quand le director’s cut ?
Par Gilles Penso
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