Vendredi 9 mai 2008
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(El Laberinto del Fauno)
de Guillermo del Toro (Espagne)
avec Sergi Lopez, Maribel Verdu, Ivana Baquero, Doug Jones, Ariadna Gil, Alex Angulo, Roger Casamajor
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Le Labyrinthe de Pan est probablement le film le plus abouti, le plus personnel et le plus complexe de
Guillermo del Toro, le point culminant du parcours presque sans faute d’un cinéaste ici au sommet de son art. Reprenant plusieurs composantes de L’Echine du Diable, Del Toro mêle une fois de plus l’univers fantasmagorique de l’enfance à la réalité crue d’un contexte
historique peu reluisant. Nous sommes donc dans l’Espagne de 1944. Cinq ans après la fin de la guerre civile, des rebelles continuent de s’opposer au régime fasciste de Franco. Récemment remariée,
Carmen s’installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire capitaine Vidal. Guère réjouie par cette nouvelle vie, la jeune fille découvre près de la grande maison familiale
un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, est un vieux faune cornu qui l’attendait avec impatience. Elle serait en effet la princesse disparue d’un royaume enchanté. Afin de retrouver
son trône, Ofélia va devoir affronter trois épreuves dangereuses et fort inquiétantes.
Paré de décors et d’effets spéciaux magnifiques, Le Labyrinthe de Pan nous offre un bestiaire proprement extraordinaire, du vénérable Pan échappé de la
mythologie grecque au terrifiant « pale man » dont les yeux sont greffés dans ses paumes griffues, en passant par le répugnant crapaud géant, les fées facétieuses et la mandragore guérisseuse.
Ouvertement influencés par l’œuvre de Francisco Goya, tous s’agitent au sein de séquences inoubliables dont la beauté graphique le dispute à l’originalité et la poésie. Mais le véritable monstre du
film a ici un visage humain, et c’est un Sergi Lopez absolument époustouflant qui l’incarne, détestable à souhait dans le rôle de l’abominable capitaine Vidal. Car Le Labyrinthe de Pan est avant tout un conte de fées pour adultes, un vivace plaidoyer contre le fascisme qui trouve son écho dans une poignée de scènes dont la violence
est d’autant plus insoutenable qu’elle est réaliste.
L’exercice d’équilibrisme entre les deux univers décrits dans le film est une réussite indéniable, le spectateur s’impliquant avec la même intensité dans les péripéties cruellement réelles de cette
sanglante après-guerre et dans le parcours initiatique et onirique de la jeune Ofélia. Les deux mondes s’interpénètrent ainsi au lieu de simplement se juxtaposer. Del Toro nous transporte d’un
sentiment à l’autre jusqu’à nous laisser proprement lessivés au cours d’un dénouement éprouvant que chacun interprètera selon ses propres convictions. Outre ses qualités formelles, Le Labyrinthe de Pan bénéficie d’un casting irréprochable, Lopez partageant l’affiche avec plusieurs femmes dont l’indéniable charisme se mêle à une beauté rétro du plus
judicieux effet, Marbel Verdu et Ariadna Gil en tête. En projet avant même que Del Toro ne réalise Cronos, Le Labyrinthe de
Pan aura nécessité une année de préparation, quatre mois de tournage, six mois de post-production, et un déploiement technique impressionnant. Ce qui n’empêche pas cette œuvre magnifique de
conserver son statut de film indépendant, fruit de l’imagination fertile d’un artiste complet et perfectionniste.
© Gilles Penso
Thema: Contes de fées
Par Gilles Penso
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Publié dans : les films de Guillermo del Toro
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