(The Phantom of the Opera)
de Rupert Julian (Etats-Unis)
avec Lon Chaney, Norman Kerry, Mary Philbin, Arthur Edmund Carewe, Gibson Gowland, John Sainpolis


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Le roman de Gaston Leroux est disponible ici

Journaliste, écrivain et p
oète, Gaston Leroux écrivit en 1908 « Le Fantôme de l’Opéra », un conte qui lui fut inspiré par les représentations du « Faust » de Gounod auxquelles il assista à l’Opéra Garnier à la fin du 19ème siècle. Le succès colossal du roman lui attira les faveurs d’Hollywood, et Universal en tira une flamboyante adaptation qui permit au légendaire acteur-maquilleur Lon Chaney, déjà porté aux nues dans Le Bossu de Notre-Dame, d’offrir à nouveau une inoubliable prestation. Le carton d’introduction nous apprend que l’Opéra de Paris est bâti sur des salles de torture médiévales et des cachots aujourd’hui oubliés. Des prestigieux directeurs jusqu’aux plus modestes ballerines, tous ceux qui œuvrent dans ce vénérable bâtiment sont effrayés par un fantôme censé hanter la loge numéro 5.

Surnaturel ou non, ce personnage semble tangible, puisqu’il envoie des lettres demandant instamment que la cantatrice Christine Daaé interprète Faust à la place de l’orgueilleuse Carlotta. Mais cette dernière refuse de céder à la menace, sous la pression de sa mère. Et le soir de la représentation, un gigantesque lustre s’écroule sur l’assistance. Profitant de la panique, le fantôme communique avec Christine, lui demandant de renoncer à son fiancé Raoul pour se consacrer pleinement à sa carrière. Comme hypnotisée, la chanteuse le rejoint via un passage secret derrière le miroir de sa loge. Affublé d’un masque étrange sans bouche, le fantôme accueille Christine dans son repaire souterrain, un lieu très photogénique à mi-chemin entre l’expressionnisme et le surréalisme où l’on trouve pêle-mêle un cheval obéissant, des arcades, des escaliers, des passerelles, un lac noir que l’on traverse en gondole, une chambre avec un grand lit à baldaquin et un piano. C’est là que l’étrange individu déclare sa flamme à Christine, lui affirmant que la haine de l’homme l’a transformé en fantôme et que seul l’amour peut le sauver.

La belle passe la nuit dans l’antre de cet ancien musicien interné pour démence qui se prénomme Eric. Lorsqu’au matin elle l’écoute jouer au piano le « Don Juan triomphant », elle ne peut s’empêcher de lui arracher son masque. Entrée dans la légende, cette séquence nous offre un spectacle inoubliable, révélant un faciès hideux en tout point fidèle au texte de Leroux. « Il est d’une prodigieuse maigreur et son habit noir flotte sur une charpente squelettique », racontait l’écrivain. « Ses yeux sont si profonds qu’on ne distingue pas bien les prunelles immobiles. On ne voit, en somme, que deux grands trous noirs comme aux crânes des morts. » C’est à une véritable torture physique que se plia Lon Chaney pour que son visage prenne des traits macabres, utilisant un faux front, un dentier, des fils de fer écartant ses narines et du fond de teint en abondance. L’autre scène mythique intervient lorsque le Fantôme se déguise en la Mort elle-même et traque Christine et Raoul dans un grand bal masqué. Tout s’achève frénétiquement par une course-poursuite en calèche et par un lynchage final sur les quais de la Seine. Le film ressortit sur les écrans au début des années 30, assorti d’une bande son adaptée aux premiers babillements du cinéma parlant.

© Gilles Penso

Thema: Super-Vilains
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