Samedi 10 mai 2008
6
10
/05
/2008
11:08
(The Exorcist)
de William Friedkin (Etats-Unis)
avec Linda Blair, Max Von Sydow, Ellen Burstyn, Lee J. Cobb, Jason Miller, Kitty Winn, Jack MacGowran, William O’Malley
Voir la bande annonce
Le DVD est disponible ici
La bande originale est disponible
ici
Le roman est disponible
ici
Longtemps estampillé « film le plus terrifiant de tous les temps », L’Exorciste adapte un best-seller écrit en 1971 par William Peter Blatty, lequel
s’inspire de faits réels survenus aux Etats-Unis en 1949. Actrice de télévision, Chris McNeil (Ellen Burstyn) est inquiète au sujet de Regan (Linda Blair), sa fille de douze ans. Celle-ci semble
anormalement perturbée depuis quelque temps, et de curieux bruits proviennent de sa chambre. Lorsque Regan se met à adopter un comportement anormalement agressif tout en proférant des insanités
ordurières, Chris fait appel à la médecine. Mais aucune lésion n’est visible dans son cerveau, et les psychiatres eux-mêmes s’avouent impuissants. Les crises s’avérant de plus en plus violentes,
altérant le visage de la gamine jusqu’à la monstruosité, la jeune mère, désemparée, se tourne vers la religion. Deux exorcistes, le père Karras (Jason Miller) et le père Merrin (Max Von Sydow),
entrent alors en jeu et découvrent bien vite qu’une entité diabolique a pris possession du corps de Regan.
Alors que L’Exorciste n’était encore qu’à l’état de projet, Warner envisagea toutes sortes de réalisateurs, de Stanley Kubrick à John Boorman en passant par
Arthur Penn et Mike Nichols. La plupart d’entre eux se désistèrent, quelque peu effrayés à l’idée de faire jouer des scènes trop intenses à une fillette de douze ans, et c’est finalement William
Friedkin, fort du succès de French Connection, qui hérita du « bébé ». L’étrange alchimie qu’a osé Fridekin, et que s’efforcèrent maladroitement de
reproduire ses successeurs et imitateurs, consiste à mêler deux styles de mise en scène à priori antithétiques : l’ultra-réalisme du reportage (notamment lors des premières séquences situées en
Irak) et l’épouvante la plus outrancière qui soit, à la limite du grand guignol.
D’où les maquillages excessifs du génial Dick Smith, les hectolitres de vomi projetés au visage des exorcistes ou encore les têtes qui tournent à 360°. Miraculeusement, cet audacieux exercice
d’équilibre fonctionne à merveille, occasionnant un climat sans cesse dérangeant que Friedkin se complaît à ponctuer de scènes provocantes, la plus célèbre d’entre elles étant la masturbation avec
le crucifix. La jeune Linda Blair fut donc doublée à plusieurs reprises, par Eilen Dietz pour les actions trop physiques, par Mercedes McCambridge pour les insultes blasphématoires, et par la
contorsionniste Linda Hager pour une scène de « démarche d’araignée » hallucinante qui fut coupée au montage puis réintégrée lors de la ressortie du film en 2000.
Malmenant sans cesse ses comédiens pour obtenir les performances les plus réalistes (il n’hésite pas à les gifler, à tirer des coups de feu pour les surprendre ou à les faire secouer sans
ménagement par l’équipe technique), Friedkin réalise-là son chef d’œuvre absolu, récipiendaire en 1973 de l’Oscar du meilleur scénario et du meilleur son. On note que la célèbre séquence du père
Merrin débarquant pour la première fois chez les McNeil, dans la lueur surnaturelle d’un lampadaire (et qu’on retrouve sur l’affiche du film), fut inspirée au cinéaste par la peinture « L’Empire
des Lumières » de René Magritte.
Par Gilles Penso
-
Publié dans : les films de William Friedkin
-
4
-
Partager
Derniers Commentaires