de George Miller (Australie)
Avec Mel Gibson, Joanne Samuel, Steve Bisley, Hugh Keays-Byrne, Tim Burns, Roger Ward, Lisa Aldenhoven, David Bracks


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Le carton d’introduction de
Mad Max annonce que nous sommes « quelque part dans le futur ». Aussitôt, les pneus crissent, les moteurs vrombissent, la tôle se froisse, et George Miller s’impose pour son premier long-métrage comme un cinéaste d’exception, assenant au spectateur une poursuite automobile proprement hallucinante qui dure dix minutes ininterrompues. On n’avait pas vu ça depuis Bullit ou French Connection. Un fou du volant, auto-proclammé « Chevalier de la Nuit », est pris en chasse par les voitures de la police, jusqu’à ce qu’intervienne le véhicule « Interceptor » piloté par l’agent Max Rockatansky.

Les cadrages au format scope, les mouvements de caméra, le montage, tout dans ce prologue est ciselé au millimètre près, tandis que notre héros ne nous est révélé que progressivement : d’abord les bottes, ensuite le dos, puis le regard dissimulé derrière les lunettes noires, jusqu’à ce que le visage d’un tout jeune Mel Gibson débordant déjà de charisme n’emplisse l’écran alors que la poursuite s’achève de manière explosive. Quand une horde de motards dirigée par le psychopathe Toecutter (Hugh Keays-Byrne) investit une petite ville pour récupérer à la gare le cercueil du Chevalier de la Nuit, nous comprenons que nous avons affaire à un western d’un nouveau genre. Dans ce futur proche peu engageant, la folie s’est emparée du monde, et des policiers désabusés (surnommés « bronzes » à cause de leur plaque) filent le train à des gangsters équipés de véhicules customisés aux moteurs surgonflés.

Le commissariat lui-même est un bâtiment délabré qui semble à l’abandon. Lorsque la bande de Toecutter prend au piège Jim Goose, le co-équipier de Max, et le brûle vif dans une voiture, la violence monte d’un cran. Le spectateur ne voit pas dans quel état Goose se retrouve, mais le regard de Mel Gibson à l’hôpital suffit amplement pour qu’on imagine l’ampleur des dégâts. Max préfère démissionner pour ne pas céder à la vengeance et se transformer en ceux qu’il combat. Mais son patron (Roger Ward) lui propose d’abord de prendre des vacances afin de se remettre les idées au clair. Le répit ne durera pas longtemps. Car les motards souhaitent venger la mort du « Chevalier de la Nuit ». Prenant en chasse Jessie (Joanne Samuel), la femme de Max, et leur garçon de deux ans, il les écrasent impitoyablement sur le bitume avant de prendre la fuite.

Inévitablement, Max bascule et laisse rugir la bête qui sommeille en lui. Un revirement symbolisé par un masque de monstre de carnaval qu’il utilisait jadis pour s’amuser à effrayer Jessie, et qu’il tord désormais de rage entre ses mains. Le point de non-retour est atteint, et Mad Max justifie enfin son titre, s’acheminant inexorablement vers un dénouement nihiliste. Le compositeur Brian May écrit à l’occasion une partition exagérément épique, parfois en décalage avec l’aspect brut de la mise en scène, mais qui dote le récit d’une indéniable dimension tragique. Chef d’œuvre de nervosité et d’efficacité, le premier long-métrage de George Miller fit découvrir au grand public la richesse potentielle du cinéma australien, remporta le Prix Spécial du Jury du festival d’Avoriaz et rapporta 250 fois son budget estimé à 400 000 dollars.

© Gilles Penso

Thema: Futur
Tag(s) : #FILMS