forbidden_planet_poster_06.jpg(Forbidden Planet)

de Fred McLeod Wilcox (USA)

avec Walter Pidgeon, Anne Francis, Leslie Nielsen, Warren Stevens, Jack Kelly, Richard Anderson, Earl Holliman

 

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Planète Interdite n’est pas un film de science-fiction comme les autres. Les années 50 étaient fort propices au genre et nous offrirent de nombreux classiques depuis le début de la décennie, mais celui-ci possède une aura toute particulière. L’une de ses singularités repose sur sa convocation des classiques de la littérature et des mythes antiques. Car le scénario du film, audacieux, recycle plusieurs motifs mythologiques (on y cite Bellerophon et la Gorgone) et transpose dans l’espace la trame de la pièce « La Tempête » de William Shakespeare.

 

Dans le texte poétique du célèbre dramaturge, le duc Prospero était isolé avec sa fille Miranda sur une île déserte et pratiquait la magie grâce aux ouvrages en sa possession. Lorsque trois naufragés s’échouaient sur l’île, Prospero les soumettait à une série d’épreuves initiatiques. Dans le film de Fred McLeod Wilcox, le duc et sa fille se nomment désormais Morbius et Altaira, l’île s’est muée en planète Altaïr IV, et les naufragés sont les membres d’un équipage spatial venu explorer les lieux. Le scénario de Cyril Hume se plaît à maintenir jusqu’au bout le parallèle avec l’œuvre de Shakespeare, jusque dans ses répercussions psychanalytiques et métaphysiques les plus profondes. Ainsi, sous ses allures de série B de SF délicieusement pulp, colorée et exubérante (son poster est devenu un archétype du genre), Planète Interdite nous propose d’explorer les recoins de la nature humaine.

 

Même Robbie le Robot, figure désormais incontournable de la culture populaire, révèle sous ses apparences de sympathique tas de boulons aux pouvoirs quasi-illimités une filiation avec Ariel, l’esprit de l’air et de la vie décrit dans « La Tempête ». A l’opposé, le terrifiant « Monstre de l’Id » qui attaque l’équipage en pleine nuit (superbement animé en rotoscopie par Joshua Meador, transfuge des studios Disney) est le double science-fictionnel de Caliban, entité négative rattachée aux ténèbres et à la mort. Sans cesse, le Ça, le Moi et le Surmoi chers à la psychanalyse sont ainsi sollicités au fil du récit, comme en témoigne Morbius qui décrit les créatures maléfiques et invisibles errant sur Altaïr comme des manifestations bestiales et primitives du subconscient, assoiffées de vengeance, de mort et de destruction.

 

La grande force de Planète Interdite est de parvenir à conserver malgré ses hautes ambitions thématiques un aspect distrayant et récréatif, à travers ses superbes effets visuels supervisés par A. Arnold Gillespie, ses magnifiques décors de studio édifiés là où s’étendaient jadis ceux du Magicien d’Oz, sa ravissante et unique protagoniste féminine campée avec ingénuité par Anne Francis, son fier chef d’équipage qu’un Leslie Nielsen pas encore cantonné au registre parodique incarne avec beaucoup d’aplomb, ou encore sa bande son électronique très avant-gardiste signée par les époux Louis et Bebe Barron. Planète Interdite fera beaucoup d’émules. Plusieurs épisodes de La Quatrième Dimension recycleront certains de ses accessoires (la soucoupe volante, les uniformes spatiaux et même Robbie). Quant à Gene Roddenberry, il y puisera l’une des sources d’inspiration majeures de la série Star Trek.


© Gilles Penso
Thema:
Space Opera

Tag(s) : #FILMS