De-la-terre-a-la-lune.jpg(From the Earth to the Moon)

De Byron Haskin (USA)

Avec Joseph Cotten, George Sanders, Debra Paget, Don Dubbins, Patric Knowles, Carl Esmond, Henry Daniell, Melville Cooper

 

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En 1865, Jules Verne donne à la science-fiction littéraire son véritable coup d’envoi avec « De la Terre à la Lune », imaginant le lancement d’une capsule spatiale depuis une base située en Floride… plus de cent ans avant l’envol de la mission Apollo 11 depuis Cap Canaveral ! Georges Méliès s’inspirera de l’aspect le plus loufoque de cette aventure pour Le Voyage dans la Lune, mais c’est à la fin des années 50 que le cinéma s’intéresse « sérieusement » à ce roman séminal, profitant du succès mondial d’une autre adaptation de Jules Verne, le somptueux 20 000 Lieues sous les Mers de Richard Fleischer.

 

Alors que la guerre de Sécession vient de s’achever, le fabricant d’armes Victor Barbicane (Joseph Cotten) réunit ses plus prestigieux confrères pour leur proposer une alternative à la période de vaches maigres qui s’annonce. Il s’agit de la puissance X, un redoutable explosif de son invention qui serait capable d’anéantir des cités entières. Sa théorie est la suivante : si chaque nation du monde acquiert une arme aussi redoutable, la menace d’une destruction planétaire évitera tout conflit. Farouche concurrent de Barbicane, Stuyvesant Nicholl (George Sanders) crie à qui veut l’entendre qu’un tel projet est l’œuvre du Diable en personne. Lorsque le Président des Etats-Unis lui-même s’interpose, Barbicane se voit contraint de changer ses plans. Il utilisera la puissance X non comme arme mais comme propulseur d’une capsule en partance vers la Lune.  

 

De la Terre à la Lune est clairement scindé en deux parties. Celle qui précède le voyage est ancrée dans un réalisme historique non dénué d’images d’Epinal. La bande originale y joue volontiers la carte de la symbolique, avec une emphatique reprise de « Glory Alleluya » dès qu’il est fait allusion à la Maison Blanche, ou les accords enjouées de « Oh Suzannah » lorsque les plans larges nous révèlent une plaine de l’Ouest en pleine expansion. La seconde partie du film, quant à elle, bascule dans un délicieux univers de science-fiction steampunk avant la lettre. Les décors y sont bardés de rivets à la Gustave Eiffel, les trois astronautes s’équipent d’uniformes d’officiers de la Navy, et la bande son réutilise les célèbres bruitages de Planète Interdite. Réalisateur de La Guerre des Mondes, Byron Haskin exploite avec talent les possibilités visuelles du Technicolor et s’appuyant sur des effets visuels tantôt très convaincants (la foule massée au pied de la fusée), parfois plus maladroits (la maquette de la capsule qui crachote des étincelles devant un fond spatial rudimentaire).

 

Selon un principe courant, le texte initial, jugé trop masculin, est remanié afin d’intégrer un joli minois, en l’occurrence celui de Debra Paget dans le rôle de Virginia, la fille de Nicholl qui tombe amoureuse de l’assistant de Barbicane. Cette romance n’apporte pas grand-chose à l’intrigue et en atténue même parfois l’impact. Mais De la Terre à la Lune reste un grand moment de SF à l’ancienne, qui s’achève sur l’apparition savoureuse de Jules Verne en personne (sous les traits de l’acteur Carl Esmond), qui conclue le récit en ces termes : « Je m’intéresse à quelque chose de bien plus important que les faits : l’imagination ».

 

© Gilles Penso
Thema:
Space Opera 

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