(War of the Worlds)
de Steven Spielberg (Etats-Unis)
avec Tom Cruise, Dakota Fanning, Justin Chatwin, Miranda Otto, Tim Robbins, Rick Gonzalez, Yul Vazquez, Lenny Venito
L’annonce d’une nouvelle Guerre des Mondes signée Steven Spielberg avait de quoi laisser perplexe. D’abord parce que les écrans ont été saturés d’invasions d’extra-terrestres agressifs
depuis des décennies, ensuite parce que le cinéaste a toujours opté pour une vision pacifiste du sujet, comme le prouvent ses deux chefs d’œuvreRencontres du 3ème TypeetE.T.Mais ces deux arguments volent en éclat face à l’inventivité constante dont a toujours su faire preuve Spielberg, et à la noirceur qu’ont
acquis ses films depuis La Liste de Schindler. Contrairement au célèbre film de Byron Haskins, qui réadaptait très librement le texte d’H.G. Wells, le scénario de David Koepp suit ici
fidèlement les étapes de l’invasion extra-terrestre décrite par le romancier. Mais le contexte a été modernisé, et les personnages recentrés sur deux thématiques chères au réalisateur : l’individu
ordinaire confronté à une situation extraordinaire, et les liens qui unissent une famille recomposée.
Tom Cruise interprète donc Ray Ferrier, un docker new-yorkais divorcé qui entretient des relations épisodiques avec son fils de dix-sept ans Robbie et sa fille de onze ans Rachel. Alors qu’il se
voit confier leur garde le temps d’un week-end, un puissant orage éclate et la panique s’empare soudain de la ville. Car une monstrueuse machine vient de surgir du bitume, désintégrant tous ceux
qui passent à sa portée et annonçant une inéluctable offensive… Les séquences de destruction massive qui s’ensuivent atteignent les sommets du traumatisme spectaculaire, mais l’ambition de
Spielberg n’est ni pyrotechnique, ni numérique. La grande force de son film est de se situer à échelle humaine, ne nous décrivant l’ampleur du cataclysme que du point de vue de son héros.
Ici, nul montage parallèle décrivant des dizaines de protagonistes qui obéissent aux sempiternels quotas sociaux et raciaux, nul débat d’éminents scientifiques, nulle réunion au pentagone, nul
discours du président des Etats-Unis. Laissant ces clichés à Independence Day, Spielberg enterre ainsi Roland Emmerich, l’un de ses plus fervents imitateurs, et invente quasiment un nouveau
genre : le film catastrophe intimiste ! Ce qui ne l’empêche pas pour autant de livrer au public quelques nouvelles preuves de sa maestria visuelle, notamment lors du surgissement du premier tripode
hors du sol, lors des séquences d’émeutes hystériques, ou lors de l’attaque nocturne du ferry-boat.
Sans compter cette longue et éprouvante scène de suspense dans la cabane, qui nous renvoie à la fameuse intrusion des raptors dans la cuisine de Jurassic Park. Abandonnant son approche mélodique et thématique, John Williams nous livre ici une partition nerveuse, sourde et
inquiétante, empreinte d’influences classiques comme « Le Sacre du Printemps » de Stravinsky ou le « Sigfried » de Wagner. Quant à Janus Kaminski, il crée pour les besoins du film une lumière très
contrastée, laissant briller les regards dans l’obscurité comme dans les films noirs des années 40. En bonus, la chaleureuse voix de Morgan Freeman introduit et conclut le film, en reprenant
quasiment mot à mot le texte d’H.G. Wells.
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Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…
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