These-Are-the-Damned-Poster.jpg(These are the Damned)

de Joseph Losey (Grande-Bretagne)

avec Macdonald Carey, Shirley Anne Field, Viveca Lindfors, Alexander Knox, Oliver Reed, Walter Gotell,  James Villiers

 

Les Damnés est une production Hammer relativement méconnue qui décline à loisir le motif du contraste et de la rupture. Les premières minutes donnent le ton. Après un générique arpentant la côte du Sud de l’Angleterre où reposent d’étranges sculptures d’animaux pétrifiés, aux accents d’une musique paisible de James Bernard, la frénésie des rues animées d’une ville britannique s’affiche soudain, au rythme swinguant de la chanson « Black Jackets ». L’effet de contraste se renforce lorsqu’un touriste américain d’une cinquantaine d’années (Macdonald Carey) se laisse séduire par une jeune Anglaise décomplexée (Shirley Anne Field) appartenant à une bande de blousons noirs dirigée par son frère King (Oliver Reed).

 

Autre sentiment d’opposition : le couple mal assorti qui lie le major Bernard Holland (Alexander Knox) et l’artiste Freya Nielssen (Viveca Lindfors). Le premier travaille sur un projet militaire top secret, la seconde sur des sculptures donnant du monde une vision quelque peu morbide. Le laboratoire ultra-sécurisé de l’un jouxte l’atelier à ciel ouvert de l’autre. Et c’est justement là, sur cette côte isolée, que se retrouvent tous les protagonistes de cette intrigue à tiroirs. Finalement, le fait même que Joseph Losey, cinéaste engagé politiquement et chouchou du Festival de Cannes, se lance dans un film produit par le studio Hammer, terre d’élection de Dracula et du monstre de Frankenstein, ne symbolise-t-il pas mieux que tout cette volonté de faire jouer les contrastes ? Il en va de même de cette disparité assumée des styles, voguant entre la liberté de la Nouvelle Vague et les codes de la science-fiction à l’ancienne.

 

Forcément, le résultat s’avère déroutant. Mais c’est aussi ce qui fait le sel des œuvres complexes, celle-ci s’appuyant sur le roman « The Children of Light » d’H.L. Lawrence. Le titre du film (The Damned en Angleterre, These Are the Damned aux Etats-Unis) est une référence volontaire au Village des Damnés, ce que confirment certains posters exhibant des enfants inquiétants aux yeux luisants. Pourtant, le film de Wolf Rilla et celui de Joseph Losey ne présentent que peu de points communs. Certes, il est ici aussi question d’enfants aux capacités hors du commun, réunis en une sorte de micro-société étrange. Mais les ressemblances s’arrêtent là. Car les gamins sont ici victimes du monde adulte, qui est à l’origine de leur condition mutante et qui les confine dans un environnement quasi-carcéral sous l’œil tout-puissant d’un Big Brother s’auto-proclammant leur « professeur ».

 

La peur du nucléaire, très présente en ces années soixante naissantes, nimbe toute la seconde partie du métrage. Losey ayant fui la chasse aux sorcières maccarthyste pour se réfugier en Grande-Bretagne, il traite ici les tensions de la Guerre Froide avec une amertume désenchantée, et achève son film sur une note extrêmement pessimiste. Accueilli avec une certaine tiédeur, voire un désintérêt généralisé, au moment de sa sortie, Les Damnés mit du temps à acquérir ses lettres de noblesse auprès des fantasticophiles, ces derniers étant pour la plupart passés à côté de cette production Hammer pour le moins atypique.


© Gilles Penso
Thema: Enfants, Mutants

Tag(s) : #FILMS