la_crypte_du_vampire-0.jpg(La Maldicion de los Karnstein)

De Camillo Mastrocinque (1964) – Italie / Espagne

Avec Christopher Lee, Ursula Davis, Adriana Ambesi, Carla Calo, Jose Campos

 

Grâce à la renommée acquise sur les films Hammer, Christopher Lee a rapidement mis à contribution ses capacités polyglottes pour promener son imposante silhouette dans moult productions européennes à partir du milieu des années 60. Dans La Crypte du Vampire, il incarne le comte Ludwig de Karnstein, dont la fille Laura est en proie à de terribles cauchemars. Régulièrement, elle s’éveille en hurlant après s’être vue assassiner des membres de sa propre famille. Or les rêves semblent prémonitoires, car les victimes sont retrouvées vidées de leur sang.

 

Soupçonnant une malédiction ancestrale, le comte sollicite les services de Klaus, un jeune étudiant spécialisé dans la restauration d’œuvres anciennes. Sa mission consiste à remettre à neuf le portrait d’une ancêtre de la famille, Sheena de Karnstein, jadis accusée de sorcellerie et sacrifiée sur l’autel de la superstition. Ludwig craint que sa fille ne soit la réincarnation de l’aïeule maudite, ce qui expliquerait ses morbides obsessions. Cette petite galerie de personnages se complète d’une austère gouvernante, d’une jeune servante un peu trop curieuse, d’un majordome sinistre et de la blonde amante de Ludwig. Comme Klaus est joli garçon, Laura lui fait les yeux doux, soupirant « nous vivons comme dans une tombe, comme au fin fond du monde », tandis que Ludwig passe le plus clair de son temps à arpenter les vastes couloirs du château dans son peignoir de soie.

 

Puis survient la scène la plus improbable du film, dans laquelle Laura se couche nue sur une étoile à cinq branches tracée sur le sol tandis que la gouvernante psalmodie « Sheena de Karnstein, nous t’invoquons » en agitant une autre étoile – en carton découpé celle-ci – au-dessus des flammes d’une bougie. La Crypte du Vampire jongle ainsi avec plusieurs thèmes fantastiques sans trop s’embarrasser de cohérence scénaristique, mêlant vampirisme et sorcellerie en un joyeux cocktail. Lorsqu’intervient le personnage de Ljuba, une jeune fille victime d’un accident de carrose qui séjourne quelques temps au château, l’influence du « Carmilla » de Sheridan le Fanu imprègne le film, quoi que de manière très superficielle. La relation saphique censée lier Laura et Ljuba n’est qu’esquissée au profit d’une amitié exclusive et enfantine.

 

Le film souffre d’une direction d’acteurs dénuée de subtilité, Laura surjouant le désespoir, Ljuba exagérant son ingénuité, Christopher Lee roulant des yeux sévères en crispant la mâchoire. Mais la poésie s’immisce souvent, à travers quelques dialogues métaphoriques (« la nature a préparé son spectacle et attend l’entrée des acteurs, mais on ne peut savoir s’ils joueront une comédie ou une tragédie… » susurre Ljuba, perdue dans la contemplation de la campagne rayonnante), une bande son se ponctuant parfois de lugubres sonneries de cloches, une photographie noir et blanc laissant les rais de lumière souligner les regards inquiets, ou quelques visions macabres surprenantes comme ce chandelier élaboré à partir d’une main coupée. Dans la crypte du titre s’élabore un dénouement riche en rebondissements et en révélations, parachevant théâtralement cette sympathique co-production italo-espagnole.

 

© Gilles Penso

Thema: Vampires

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