Premiers_hommes_dans_la_lune-0.jpg(First Men in the Moon)

de Nathan Juran (1964) – GB/USA

avec Lionel Jeffries, Edward Judd, Martha Hyer, Peter Finch, Betty McDowall, Hugh McDermott, Miles Malleson, Erik Chitty

 

 Le génie des effets spéciaux Ray Harryhausen rêvait depuis longtemps d’adapter à l’écran H.G. Wells, qui demeure son écrivain favori. Après des tentatives avortées liées à « La Guerre des Mondes », « La Machine à Explorer le Temps » et « La Nourriture des Dieux », l’occasion se présenta enfin après Jason et les Argonautes avec « Les Premiers Hommes dans la Lune », un roman publié en 1901. Fidèle à son habitude, il esquissa de somptueux dessins de pré-production, puis Jan Read fut chargé de rédiger le scénario.

 

Mais le sujet un tantinet vieillot et l’imminence d’une véritable expédition sur la lune, au milieu des années 60, rendirent le projet quelque peu obsolète. Jusqu’au moment où le scénariste Nigel Kneale proposa un angle d’attaque original : tout commence avec une mission spatiale des Nations Unies, avec un Russe, un Américain et un Anglais, pour ne vexer personne ! Les trois astronautes atterrissent sur la Lune et découvrent un drapeau anglais qui y est planté depuis 1899. A partir de là, un flash-back permet de ramener les spectateurs dans le contexte du roman initial, à l’époque où l’excentrique professeur Cavor (excellent Lionel Jeffries) utilise sa peinture anti-gravité sur un vaisseau spatial sphérique qui l’emmène sur la Lune en compagnie du dramaturge Arnold Bedford (Edward Judd) et de sa fiancée Kate Callender (Martha Hyer). Là, ils sont capturés par les Sélénites, des insectes de taille humaine guère engageants.  

 

« Chaque fois que c’était possible, et en particulier pour les gros plans, les Sélénites étaient des figurines animées image par image », nous explique Harryhausen. « Mais comme ils étaient trop nombreux pour être tous animés, nous avons surtout employé des acteurs costumés. Je ne pouvais pas me permettre d’animer des trentaines de Sélénites pendant une éternité. J’y serais encore aujourd’hui ! » (1) Leurs costumes ne sont d’ailleurs pas sans évoquer ceux des Lunaires que Méliès utilisa pour Le Voyage dans la Lune. « En fait, Ray est un grand admirateur de Méliès », nous confirme Tony Dalton, conservateur de la  Fondation Harryhausen. « Il possède même une de ses cartes de visite originales » (2). Parmi les autres créatures qui peuplent cette lune fantaisiste, on se souviendra aussi du monstrueux Veau Lunaire aux allures de chenille géante qui attaque les protagonistes et finit ses jours électrocuté.

 

Les décors de la Lune, aux teintes volontiers orangées et rougeoyantes, adoptent des architectures hexagonales évoquant les habitats d’insectes.  Pour coller à l’actualité, le scénariste Nigle Kneale décida de s’écarter du dénouement tel qu’il était conçu dans le texte original en faisant mourir les Sélénites à la fin du film. Toutefois, soucieux de rester fidèle à Wells, il réutilisa l’idée finale de « La Guerre des Mondes » pour anéantir les habitants de la Lune avec un virus terrien. Bien que Ray Harryhausen considère Les Premiers Hommes dans la Lune comme l’un de ses meilleurs films, la réaction du public ne suvit pas. Peut-être le style volontairement rétro de l’œuvre ne s’adaptait-il pas aux attentes science-fictionnelles du moment.

 

(1) Propos recueillis en février 2004 - (2) Propos recueillis en janvier 2010

 

 

© Gilles Penso
Thema:
Space-Opera, Extra-Terrestres
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