dr jekyll and sister hyde poster 02(Doctor Jekyll and Sister Hyde) 

de Roy Ward Baker (Grande-Bretagne)

avec Ralph Bates, Martine Beswick, Gerald Sim, Lewis Fiander, Susan Brodrick, Dorothy Allison, Tony Calvin, Ivor Dean

 

 

Surpenant et inventif, le scénario que Brian Clemens (créateur de Chapeau Melon et Bottes de Cuir) concocta pour Docteur Jekyll et Sister Hyde l’est au-delà de toute espérance. Non seulement le docteur Henry Jekyll (Ralph Bates), au lieu de se muer en brute simiesque, se change en superbe créature féminine (Martine Beswick), mais en plus son histoire se mêle étroitement à celle des profanateurs de sépulture Burke et Hare (issus d’un autre roman de Robert Louis Stevenson, « Le Pourvoyeur de Cadavres » écrit en 1887) et à celle de Jack l’éventreur.

 

En effet, en découvrant que ses métamorphoses nécessitent un surplus d’hormones féminines, Jekyll fait appel aux deux résurrectionnistes afin qu’ils l’approvisionnent en cadavres de femmes fraîchement enterrés. Lorsque ces derniers sont finalement lynchés par une foule en colère, il décide lui même de se procurer les corps nécessaires à ses expériences. Pour ce faire, il prend la forme séduisante de son alter-ego – qu’il baptise Sister Hyde pour faire croie à son entourage qu’il s’agit de sa propre sœur - et assassine quelques prostituées dans le quartier de Whitechapel. Ce mélange d’idées et d’inspirations, très habilement agencé, dote le film d’un charme indéniable. Seule la voix off semble un ajout inutile, dans la mesure où la mise en scène de Roy Ward Baker est suffisamment visuelle pour pouvoir se passer de cet ajout littéraire superflu.

 

Comme toujours depuis qu’elle fut révélée dans Bons Baisers de Russie, Martine Beswick est d’une ensorcelante beauté, notamment lorsqu’elle se contemple face à un miroir pour la première fois. Elle présente en outre de troublantes ressemblances physiques avec Ralph Bates, dont elle symbolise les mauvais penchants, preuve que le casting fit l’objet d’un soin particulièrement attentif. A l’origine pourtant, c’est Caroline Munro, autre troublante beauté sous contrat chez la Hammer (et héroïne de Capitaine Kronos), qui fut pressentie pour le rôle. Mais celle-ci déclina la proposition, quelque peu rebutée par la nécessité de se dévêtir à plusieurs reprises au cours du film. Car dès qu’elle atteint son autonomie – sa maturité sexuelle ? – l’irrésistible Sister Hyde commence à séduire son beau voisin, que visiblement Jekyll désirait secrètement, en une subtile allusion à l’homosexualité refoulée d’un savant décidemment pas très catholique.

 

Le film s’inscrit ainsi dans la mouvance d’autres œuvres du studio mixant à l’époque épouvante et érotisme, notamment le fameux Vampire Lovers. Les recherches pour séparer le bien et le mal, décrites dans le roman de Stevenson, ont ici fait place à des expériences sur l’immortalité. Fort de cette nouvelle idée, chaque élément du scénario s’organise savamment en un tout cohérent. Au final, Jekyll se sacrifie en se mutilant… ce qui donne à l’arrivée un affreux cadavre hybride et hermaphrodite. Bref, voilà un bel exercice de renouvellement et de recyclage des vieux mythes, discipline dans laquelle la Hammer s’est fait une spécialité depuis la fin des années 50. Pour l’anecdote, Ralph Bates rencontra sa future épouse Virginia Wetherell sur le tournage, celle-ci incarnant une prostituée qu’il s’apprête à occire !

 

© Gilles Penso

Thema: Jekyll et Hyde

Tag(s) : #FILMS