L-Autre-The-Other-1972-3.jpg(The Other)

De Robert Mulligan (USA)

Avec Chris Udvarnoky, Martin Udvarnoky, Uta Hagen, Diana Muldaur, Lou Frizzel, Norma Connolly, Victor French

 

Deux thématiques fortes du cinéma d’épouvante cohabitent au sein de L’Autre : l’enfance monstrueuse et les troubles psychiques engendrés par une gémellité trop fusionnelle. Le film est dur, éprouvant, parfois même insoutenable, et l’un des traits de génie de Robert Mulligan aura été de contredire cette âpreté en optant pour une mise en forme douce, élégante et apaisante. Ainsi le réalisateur de Du Silence et des Ombres et Un été 42 fait-il appel aux violons lyriques de Jerry Goldmsith (qui avait déjà composé une cinquantaine de bandes originales à l’époque, dont La Canonnière du Yang-Tsé, La Planète des Singes etPatton) et aux chaudes lumières estivales du directeur de la photographie Robert Surtees (Quo Vadis, Ben-Hur, Le Lauréat).

 

C’est donc nimbé de délicatesse que s’amorce le récit de L’Autre, dans un petit village du Connecticut du milieu des années trente. Niles et Holland Perry sont deux frères jumeaux unis par une relation quelque peu exclusive. Ils partagent leurs jeux, leurs secrets, leur intimité, mais leurs caractères sont radicalement opposés. A l’ingénuité candide et rêveuse de Niles s’oppose la sournoiserie agressive et dissimulatrice d’Holland, son aîné de vingt minutes. Le premier vit visiblement sous la domination du second, et l’inconfort généré par cette situation est accentué par les partis pris de Mulligan qui ne cadre jamais ensemble les deux personnages (incarnés avec une remarquable sensibilité par Chris et Martin Udvarnorky).

 

Un peu à l’écart de son entourage, Niles joue parfois au « grand jeu » que lui a enseigné sa grand-mère Ada (Uta Hagen), et qui consiste à projeter son esprit dans celui d’un objet ou d’un animal. Bientôt, les drames à répétition frappent la famille Perry et son voisinage. Holland serait-il responsable de ces « accidents » parfois mortels ? Niles serait-il son complice involontaire ? Comment expliquer l’état dépressif dans lequel végète la mère des deux jumeaux (Diana Muldaur, arborant tout au long du film un beau visage mélacolique), où l’étrange culpabilité qui semble embuer le regard de la vénérable Ada ? « Il est méchant, c’est plus fort que lui ! », s’écrie Niles en parlant de son frère. Mais est-il totalement innocent lui-même ? Un coup de théâtre majeur réoriente subitement le récit au bout d’une heure de métrage, mais ce « twist » n’a pas pour objectif prioritaire de surprendre le spectateur.

 

De nombreux indices disséminés tout au long du film permettent en effet de le prévoir assez précisément, d’autant que le roman de Thomas Tyron qui sert de support au scénario (adapté par l’écrivain lui-même) ne laissait guère d’ambigüité sur la nature de cette révélation. Ainsi mis à jour, le ressort dramatique sert surtout de révélateur pour tous les acteurs du drame. Et dès lors, les rebondissements ultérieurs frappent par leur dureté. Tour à tour glacé d’épouvante par l’ultime exaction des jumeaux, stupéfait par un climax terriblement nihiliste et médusé par une chute inéluctable, le spectateur est mis à rude épreuve par la dernière demi-heure de L’Autre, et gardera longtemps en mémoire les visages angéliques de Niles et Holland, prisonniers d’une situation les ayant peu à peu déconnectés de la réalité et de tout sens moral.

 

© Gilles Penso

Théma: Doubles, Enfants

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