Trilogy-of-terror.jpeg(Trilogy of Terror)

de Dan Curtis (USA)

avec Karen Black, Robert Burton, John Karlen, George Gaynes, Jim Storm, Gregory Harrison, Kathryn Reynolds

 

Tout le talent de Dan Curtis, l’un des plus brillants artisans du petit écran fantastique, jaillit dans ce mémorable téléfilm à sketches diffusé sur la chaîne américaine ABC. Sur le modèle de L'Empire de la Terreur, qui permettait à Roger Corman de donner un triple rôle à Vincent Price, Curtis offre à Karen Black la vedette de trois réjouissants récits d’épouvante. Autre point commun entre ces deux œuvres d’exception : le romancier Richard Matheson, ici auteur de toutes les histoires, même si son confrère William F. Nolan fut chargé de scénariser les deux premières.

 

Dans le premier sketch, Karen Black est Julie Aldridge, un professeur d’anglais austère et solitaire sur lequel se met un beau jour à fantasmer l’un de ses étudiants, Chad Foster (Robert Burton). Un soir, ce dernier l’invite à voir un film de vampire au drive in du coin, puis la drogue et la dénude dans un motel (face au réceptionniste, il dit s’appeler Jonathan Harker !) pour la photographier et ensuite la faire chanter. En échange de son silence, Julie doit se plier à ses désirs. Mais tout ne va pas se passer exactement comme le peu scrupuleux étudiant l’avait prévu. Dans cette histoire digne de Roald Dahl, on note une petite apparition de Gregory Harrison, héros de la série télévisée l’Âge de Cristal.

 

Le second sketch permet à Karen Black d’incarner non pas un mais deux personnages parfaitement antithétiques : la très prude Millicent Larrimore, lunettes épaisses, chignon serré et allure sévère, et sa sœur délurée Thérèse, une bimbo blonde platine en mini-jupe. Or Millicent est persuadée que Thérèse est une sorcière, qu’elle a essayé de séduire leur père et qu’elle a même empoisonné leur mère. Sa haine pour cette sœur démoniaque la pousse à fomenter son assassinat. Pour y parvenir, elle emprunte un des livres de sorcellerie  de Thérèse et fabrique une poupée vaudou… Le sketch vaut surtout pour la double performance de Karen Black, car la chute, à vrai dire, est assez prévisible (il s’agit typiquement du genre de surprise qui fonctionne sans doute mieux sous forme de roman qu’à l’écran).

 

La troisième histoire est à elle seule un petit chef d’œuvre d’effroi qui doit au film une grande partie de sa popularité. Pour l’anniversaire de son ami Arthur, professeur d’anthropologie, Amelia a acheté dans une petite boutique de la troisième avenue une statuette fétiche Zuni censée renfermer l’âme d’un chasseur. Le parchemin dans la boîte annonce que si la chaîne en or attachée à la poupée se détache, l’âme et la statuette ne feront plus qu’une seule entité. Or en posant le fétiche sur la table, Amelia fait tomber la chaîne par mégarde. Dès lors, le huis-clos vire à la terreur pure, car non contente d’arborer un faciès hideux au redoutable sourire carnassier, l’horrible poupée en bois est d’une virulence incroyable, attaquant sa victime avec une impressionnante vélocité. Considéré à l’époque comme l’un des moments les plus effrayants de la télévision américaine, ce sketch a tôt fait d’accéder au statut d’œuvre culte. Quant à la poupée Zuni, elle se déclina bien vite en produits dérivés et en jouets de toutes sortes. De toute évidence, les sagas  Puppet Master et Chucky doivent beaucoup à La Poupée de la Terreur.

 

© Gilles Penso 

Thema: Sorcellerie,  Jouets

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