de Jean-François Davy (France)

Avec Dominique Erlanger, Jean Servais, Pierre Vaneck, Catherine Rich, Odette Duc, Georgette Anys, Claude Melki, Roland Topor


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Le DVD est disponible ici

Qualifié fort justement de cinéaste « inclassable » lors de la réédition en DVD de ses films phares, Jean-François Davy s’est essayé au drame (L’attentat
), à l’érotisme (La débauche), au documentaire sulfureux (Exhibition), à la pornographie débridée (La Grande extase, Double pénétration et autres joyeusetés dont il fut producteur) et à la comédie (Chaussette surprise) avec comme seule ligne directrice une grande liberté de ton et une soif d’indépendance. Grâce au Seuil du Vide, il s’attaquait pour la première fois au fantastique, genre qu’il évitait jusqu’alors de peur de ne pas pouvoir accéder aux budgets nécessaires. Le scénario s’appuie sur le roman homonyme d’André Ruellan, écrit sous le pseudonyme de Kurt Steiner en 1956.

De toute évidence, l’influence de Roman Polanski (et notamment de
Répulsion et Rosemarys’s Baby) pèse sur ce long-métrage, notamment à travers cette protagoniste recluse dans un appartement et gagnée peu à peu par des accès paranoïaques dont on ne saurait dire s’ils sont justifiés ou non. En tête d’affiche, Dominique Erlanger (épouse de Davy à l’époque) incarne Wanda Leibovitz, une jeune femme marquée par une séparation douloureuse qui loue une chambre de bonne à Paris pour tourner la page, chasser son chagrin et s’adonner à la peinture. L’appartement est plutôt sinistre et de forme triangulaire, ce que nous démontre une vertigineuse prise de vue en plongée rendue possible grâce au tournage en studio que Davy put obtenir via son co-producteur Neyrac.

Lorsque la vieille propriétaire des lieux interdit à Wanda de pénétrer dans une chambre de l’appartement qui a été condamnée depuis de nombreuses années, le mythe de Barbe Bleue s’immisce dans l’intrigue et, bien évidemment, la jeune femme ne résiste pas longtemps à la tentation. Or derrière la porte ne se cache pas quelque inavouable secret mais un phénomène pour le moins curieux : la pièce est noire, et aucune lumière ne semble capable de dissiper les ténèbres. Voilà donc le seuil du vide annoncé par le titre. De plus en plus fascinée par cette pièce noire, Wanda décide d’y installer son chevalet car l’inspiration lui vient subitement au milieu du néant et les couleurs de ses toiles y gagnent singulièrement en richesse. Mais il y a un revers à cette médaille…

A mi-chemin entre la science-fiction, l’épouvante et le conte de fée, Le Seuil du Vide
aborde plusieurs thèmes fascinant : la faille spatio-temporelle, le transfert des âmes, la jeunesse éternelle… Aussi inclassable que son réalisateur, le film n’entre dans aucune catégorie prédéfinie mais assume pleinement son statut fantastique, évitant l’intellectualisation et la nébulosité avec laquelle les cinéastes français avaient tendance à le traiter à l’époque. L’intrigue demeure intelligible, la mise en scène limpide, et Dominique Erlanger remportera un prix d’interprétation au festival de Trieste. Ce sera hélas la seule tentative de Jean-François Davy dans le genre, après un projet d’anticipation avorté baptisé « Le 32 décembre ». Le cinéaste reviendra à ses premières amours (les coquineries déshabillées) tandis que l’auteur André Ruellan partagera la suite de sa carrière entre les romans de SF et les scénarios de comédie (notamment celui du Distrait de Pierre Richard).

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