supermandony1.jpgde Kunt Tulgar (Turquie)

avec Tayfun Demir, Güngör Bayrak, Yildirim Gencer, Esref Kolçak, Nejat Özbek, Resit Hazar, Seref Çokseker, Reha Yurdakul

 

Les cinéastes turcs d’antan se souciaient autant des copyrights que de leur première liquette. Ils initièrent donc au cours des années 70 plusieurs adaptations cheap et illégales des aventures de Superman. Avec le succès du  Superman  de Richard Donner, une nouvelle version s’imposait. Et c’est avec une touchante maladresse que le réalisateur Kunt Tulgar se lance dans un remake désargenté de la superproduction produite par les frères Salkind. Côté musique, pas de problème : on puise au hasard dans les bandes originales de Superman, Goldfinger, Bons Baisers de Russie, Midnight Express, Cosmos 1999… Apparemment, personne ne vient réclamer le moindre droit d’auteur aux confins de l’Asie et de l’Europe.

 

Pour les images, c’est moins simple, et les premières minutes du film soulignent cruellement le décalage entre les intentions et le résultat. Sur un fond spatial constitué de décorations de sapins de Noël suspendues devant un grand carton noir, une voix off nous raconte la destruction de la planète Krypton et la venue sur Terre d’un rescapé miraculeux. Puis surgit le logo de Superman, méticuleusement dessiné et découpé à la main. Lorsque notre héros apparaît à l’âge adulte, c’est sous les traits patauds du comédien Tayfun Demir, sélectionné pour sa haute stature et son regard d’azur, mais ridiculement desservi par une paire de lunettes aussi volumineuse qu’un masque de plongée. Dans le film, le fils prodige ne se nomme pas Clark mais Tayfun, et sa famille adoptive ne cherche pas à ressembler à des fermiers texans mais bien à de modestes paysans turcs (le père arbore la vénérable moustache de circonstance et la mère porte le foulard traditionnel).

 

Ainsi Supermen Dönüyor intègre-t-il le mythe de l’homme d’acier dans son contexte culturel d’origine, prouvant quelque part l’universalité du concept imaginé par Shuster et Siegel. Cet aspect du film n’est pas inintéressant, mais ne le sauve évidemment pas du naufrage artistique global, bien au contraire. Quand papa et maman expliquent à leur grand dadais de fils qu’il a été adopté, la finesse du jeu des comédiens ne saute pas vraiment aux yeux. Lorsque Tayfun hérite d’une pierre de sa planète natale et découvre dans une grotte l’image spectrale de son défunt père biologique avant de se muer en Superman (cherchant à porter la célèbre panoplie avec autant d’aplomb que Christopher Reeve), nos rires sont difficiles à réfréner. Et quand, enfin, notre super-héros fend fièrement les cieux, l’hilarité éclate sans retenue. Comment réagir autrement face à ce Big Jim en plastique suspendu devant un écran projetant des vues aériennes d’Istanbul ?

 

Tayfun travaille comme journaliste aux côtés de la belle Alev (équivalent turc de Loïs Lane) qui se trouve être la fille d’un savant ayant découvert le moyen de tout transformer en or grâce à un fragment de kryptonite relié à un pistolet laser. Quand il ne sauve pas Alev, Superman utilise ses pouvoirs pour que sa machine à écrire tape ses articles toute seule ou pour que les jolies secrétaires lui apparaissent en sous-vêtements. Sinon, des méchants interviennent et mettent régulièrement nos héros en danger façon serial (collision de train imminente, tapis roulant relié à une guillotine), mais tout rentre évidemment dans l’ordre avec une naïveté désarmante.

 

© Gilles Penso
Thema: Super-Héros, Extra-Terrestres

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