terreu10.jpg(When a Stranger Calls)

de Fred Walton (1979) – USA

avec Carol Kane, Charles Durning, Tony Beckley, Rutanya Alda, Carmen Argenziano, Kirsten Larkin, William Boyett, Ron O’Neal

 

« Etes-vous allée voir les enfants ? »... Les fameux enfants dorment à l’étage, et un maniaque ne cesse de harceler au téléphone la baby-sitter apeurée. Elle a prévenu la police, mais l’issue risque d’être tragique... Impossible d’oublier cette introduction culte de 20 mn, se basant sur une légende urbaine bien connue outre-Atlantique, qui a largement inspiré celle de Scream (et rappelait vaguement à l’époque un autre monument de trouille, Black Christmas). La peur, la vraie, celle qui va au-delà de toute logique et ne se base que sur le ressenti, celle qui glace le sang, Fred Walton (Week-end de terreur, fine satire du slasher) la maîtrise parfaitement. Cette ouverture est un modèle d’écriture, de découpage et de suggestion, qui monte crescendo jusqu’à un plan paralysant. Cut. On ne verra pas le visage du psychopathe. On entendra tout juste sa voix, révélatrice d’une folie incontrôlable, sur des bandes à l’hôpital psychiatrique. Les années ont passé, et le cauchemar semble vouloir recommencer, notre baby-sitter subissant à nouveau des appels terrifiants…

 

On a beaucoup reproché au film sa construction, le réduisant à sa première séquence (au départ un court-métrage, The Sitter, gonflé en long par un Walton opportuniste suite au succès d’Halloween un an auparavant). Passé ce début traumatisant, comment proposer une suite au niveau sans que cela paraisse artificiel ? Le réalisateur choisit de transformer le thriller en enquête policière, introduisant le personnage du privé tenace incarné par l’immense Charles Durning. Ce dernier veut tout simplement retrouver le tueur pour… l’assassiner. Ce tueur, nous le découvrons avec surprise assez rapidement, amené de façon tellement banale que l’on se demande un moment si c’est bien lui.

 

Pas de whodunit à révélation finale donc, mais une véritable étude de caractère : c’est un pauvre type qui traîne dans les bars la nuit, se fait rejeter par les femmes et se prend des raclées, rongé par ses névroses. Tony Beckley prête son physique inquiétant et frêle au personnage (en phase terminale pendant le tournage, il ne verra pas le film fini). Le fait de le suivre dans ses errances pathétiques l’humanise et empreint le film d’une étrange tristesse. Cependant lorsque ses terribles actes passés nous explosent au visage en de brefs flashbacks, et que nous pénétrons plus profond dans sa démence, la peur nous étreint à nouveau, nous rappelant que la bête est là, tapie dans l’ombre, et prête à frapper. Ce réalisme cru fait froid dans le dos, et l’on se prend à repenser à des profils similaires croisés dans la vie de tous les jours…

 

Walton ne s’embourbe pas pour autant dans une simple traque, et remet face à face l’héroïne et son bourreau dans un final mémorable. Modifiant subtilement la séquence introductive et bouclant ainsi la boucle, il laisse libre court à son intelligence de  la mise en scène et joue avec nos nerfs jusqu’au bout. Le stratagème utilisé par le dément pour piéger sa proie procure un sursaut mille fois plus puissant que n’importe quel jump scare des années 2000. Important pour laisser une trace indélébile, l’ultime image du film, soulignée par le score ultra stressant de Dana Kaproff, imprime le visage du Mal dans nos rétines. Walton tournera en 1993 une suite réussie pour la télévision, Appel dans la nuit (When a stranger calls back), et un remake inoffensif verra le jour en 2006. Quand le téléphone sonnera, la nuit, et que vous serez seul chez vous, oserez-vous aller voir les enfants ?

 

© Julien Cassarino

Thema: Tueurs

Tag(s) : #FILMS