L-enfant_du_diable-1.jpg(The Changeling)

de Peter Medak (Canada)

avec George C. Scott, Trish Van Devere, Melvyn Douglas, Jean Marsh, John Colicos, Barry Morse, Madeleine Sherwood

 

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Produit dans la foulée d’Amityville, L’Enfant du Diable n’en possède pas moins une personnalité qui lui est propre, et nous sommes largement enclins à préférer le film de Peter Medak au « classique » de Stuart Rosenberg souvent surestimé. Ici aussi, un fait-divers (survenu à Denver dans les années 60) est à l’origine du scénario de William Gray et Dana Maddox. Après avoir assisté à l’accident qui a coûté la vie à sa femme et à sa fille, le compositeur John Russel (George C. Scott) quitte New York pour Seatlle, où il pourra exercer son métier de professeur de musique et chercher l’inspiration pour écrire de nouveaux morceaux.

 

L’imposante maison qu’il loue a appartenu à la famille Carmichael dont le dernier descendant est le vénérable sénateur local (Melvyn Douglas). Elle est inhabitée depuis cinquante ans et présumée hantée. Des bruits étranges s’y font régulièrement entendre, les robinets y coulent sans raison, les vitres se brisent, et John commence à s’inquiéter sérieusement. « Cette maison n’est pas faite pour être habitée… Elle ne veut pas être habitée » s’entend-il dire par une vieille excentrique du coin, Minnie Huxley (Ruth Springford). Mais John est persuadé du contraire. S’il ne nie pas une présence étrange dans la maison, elle cherche selon lui à communiquer désespérément et non à fuir les vivants. Il en veut pour preuve la vieille boîte à musique qu’il découvre et qui joue exactement la même mélodie que celle qu’il croyait avoir composée quelques jours plus tôt sous le coup d’une inspiration soudaine. Mais qui donc est ce fantôme ?

 

« C’est la présence d’un enfant qui n’est pas en paix » décrète une voyante au cours d’une séance de spiritisme qui révèle son nom : Joseph, un petit garçon qui crie à l’aide cinquante ans après sa mort. Si L’Enfant du Diable est un titre trompeur qui pourrait laisser imaginer une histoire d’antéchrist dans l’esprit de La Malédiction, il n’en demeure pas moins justifié d’une certaine manière, par les faits tragiques survenus en 1909 que le réalisateur nous assène à travers un flash-back sans concession. Un infanticide est toujours éprouvant à l’écran, mais celui-ci s’avère particulièrement gratiné. Bouleversé par ce qu’il découvre, John mène l’enquête et met à jour une incroyable machination qui justifie le titre original : The Changeling, autrement dit « l’enfant remplacé ».

 

Tout en finesse, à fleur de peau, George C. Scott est impeccable, comme à son habitude, et porte une grande partie du film sur ses larges épaules. En adéquation avec le jeu de son acteur principal, le réalisateur Peter Medak, dont ce sera l’un des rares coups d’éclat au milieu d’une filmographie un peu erratique (Romeo is Bleeding, La Mutante 2), signe une mise en scène très inspirée, appuyant souvent ses effets sur la très belle bande originale de Rick Wilkins, un compositeur discret d’ordinaire habitué au petit écran. Ainsi, par touches successives, L’Enfant du Diable parvient à bâtir un climat oppressant, s’avérant même capable d’effrayer les spectateurs avec un simple fauteuil roulant… Jusqu’à un climax apocalyptique, une espèce de « Chute de la Maison Charmichael » pour le moins spectaculaire.

 

© Gilles Penso

Thema: Fantômes

Tag(s) : #FILMS