Guerriers-du-Bronx.jpg(1990 the Bronx Warriors)

de Enzo G. Castellari (Italie)

avec Vic Morrow, Christopher Connelly, Mark Gregory, Fred Williamson, Stefania Girolami, George Eastman

 

Si Les Guerriers du Bronx est l’une des plus fameuses imitations italiennes de New York 1997 et Mad Max 2, c’est moins pour les qualités intrinsèques du film que pour les éléments insolites qui émaillent son scénario. Car Enzo G. Castellari y recycle tout et n’importe quoi avec une étonnante désinvolture. Nous sommes en 1990, soit neuf ans dans le futur pour les spectateurs de 1982, et le quartier du Bronx a été décrété zone dangereuse. Aucun new-yorkais n’ose s’y aventurer, la police a cessé depuis longtemps d’y faire régner la loi, et d’improbables bandes rivales s’y font continuellement la guerre :

 

Les Riders, des loubards à moto maquillés comme dans Starmania et menés par le bien nommé Trash (un Mark Gregory aux allures de Rambo mou désespérément dénué de charisme) ; les Zombies, des bandits de grand chemin en tenue de joueurs de hockey dont le boss porte le joli sobriquet de Golem (George Eastman, acteur fétiche de Joe d’Amato) ; les Tigers, des mafieux noirs coiffés de borsalinos et circulant en voitures des années 30, chapeautés par le tout-puissant Ogre (Fred Williamson, vieux routier du cinéma blaxploitation des années 70) ; les Iron Men, des danseurs de claquettes maquillés comme le mime Marceau ; ou encore les Scavengers, des guerriers hirsutes et troglodytes armés de gourdins.

 

Au milieu de ces guerriers pittoresques et pas crédibles pour un sou débarque un jour Ann, une jeune fille de la haute société new-yorkaise, héritière d’un conglomérat financier spécialisé dans l’armement, la Manhattan Corporation. Fuyant un destin qu’elle n’a pas choisi, la belle échappe de peu aux griffes des Zombies et trouve refuge auprès de Trash, qui tombe raide amoureux d’elle, ce qui n’est pas du goût de tous les membres de son équipée sauvage. Le ver est dès lors dans le fruit, d’autant que mercenaire Hammer (cette bonne vieille trogne de Vic Morrow), engagé par la Manhattan Corporation, déploie dès lors tous les moyens à sa disposition pour récupérer Ann et liguer les bandes rivales les unes contre les autres. On l’aura compris, le film vaut moins pour son scénario, qui lorgne aussi du côté des Guerriers de la Nuit de Walter Hill, que pour sa collection de séquences extravagantes et colorées.

 

Car en la matière, Enzo Castellari n’hésite pas à en faire des tonnes, accumulant les passages exagérément emphatiques (les funérailles du couple assassiné) et les moments gentiment surréalistes (l’homme qui joue de la batterie sous le pont de Brooklyn pendant un rendez-vous entre deux gangs). Les Guerriers du Bronx se distingue aussi par ses répliques absurdes, notamment celles de l’inexpressif Trash, du genre : « Le Bronx est une terre particulière, où les pires choses arrivent parce qu’elles doivent arriver. » Les nombreux combats qui scandent le film manquent singulièrement de dynamisme, à l’exception de l’assaut final des chevaliers armés de lances-flammes, qui s’avère plutôt impressionnant. Malgré tout, cette œuvrette force la sympathie, ne serait ce que pour son grain de folie et son manque de prétention, et connut suffisamment de succès pour engendrer une séquelle dès l’année suivante.

 

© Gilles Penso
Thema: Futur

Tag(s) : #FILMS