brazil-poster3.jpgde Terry Gilliam (GB)

Avec Jonathan Pryce, Robert de Niro, Katherine Helmond, Ian Holm, Bob Hoskins, Michael Palin, Ian Richardson

 

Terry Gilliam avait déjà réalisé un long-métrage en solo, Bandits Bandits, mais Brazil marque son extraction définitive de la période Monty Pythons. L’idée de ce film est née à partir d’une image insolite et un brin naïve, celle d’un homme, assis sur une plage, écoutant à la radio la chanson « Brazil » des années 30. C’est à partir de cette icône que s’est peu à peu construit le scénario. Dans un monde futuriste où la société est au top niveau de l’organisation informatisée et aseptisée, Sam Lowry (Jonathan Pryce), un modeste employé du Ministère des Renseignements Généraux, rêve toutes les nuits de la femme de sa vie (Katherine Helmond), une figure angélique que lui-même, sous forme d’un Icare étincelant, vient secourir des griffes d’un monstrueux samouraï.

 

Un jour, ennuyé par un insecte, il chasse la bête qui tombe dans un ordinateur, lequel fait une faute de frappe et envoie à l’abattoir un ingénieur du chauffage central, Harry Buttle au lieu d’Harry Tuttle (Robert de Niro). Chargé d’indemniser la famille du malheureux, Sam entrevoit Jill Layton, qui ressemble trait pour trait à la femme de ses rêves. Mais celle-ci est une terroriste qui appartient à un groupe dont Harry Tuttle est justement le chef… Si le carton du pré-générique nous annonce que l’intrigue se déroule « quelque part au 20ème siècle », l’univers créé de toutes pièces par Terry Gilliam mêle allègrement des éléments empruntés aux années 50, aux années 80 et à un futur imaginaire. Pourtant, le résultat est d’une cohérence et d’un réalisme exemplaires. Tout - costumes, accessoires, véhicules, décors - concourt à créer une unité esthétique et fonctionnelle à ce monde irréel finalement très plausible.  

 

« Je storyboarde tout », explique le cinéaste, « mais c’est surtout pour donner des informations à tous les membres de l’équipe. Une fois que l’on commence à tourner, chacun peut ajouter sa touche personnelle. Il n’est pas question de rester bloqué sur le storyboard. Il faut être flexible et accepter les idées qui viennent au dernier moment si elles sont meilleures que celles que vous avez prévues. » (1) Cinglant réquisitoire contre la bureaucratie, l’administration, la « communication » par procuration (téléphone, télévision, ordinateurs, fax), la paperasserie, et surtout pour la liberté individuelle, Brazil s’affirme comme une adaptation très libre du « 1984 » de George Orwell, moins littérale que celle, très officielle, réalisée la même année par Michael Wadleigh. Les décors des deux films se ressemblent d’ailleurs beaucoup.

 

L’autre grande influence de Brazil est manifestement l’univers de Franz Kafka. Les trouvailles visuelles du film sont époustouflantes (notamment les effets spéciaux inventifs de George Gibbs à base de maquettes et de perspectives forcées), et l’ensemble oscille constamment entre comédie, drame, satire et science-fiction. La bataille qui opposa  Gilliam à Universal est entrée dans la légende, le studio cherchant à imposer un happy end alors que le cinéaste s’efforçait de préserver son montage initial. Bien sûr, c’est lui qui avait raison, ce film « maniaco-dépressif » et « cathartique », comme il le définissait lui-même, étant un chef d’œuvre absolu, probablement le long-métrage le plus abouti de son imaginative carrière.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2009


© Gilles Penso
Thema: Futur

Tag(s) : #FILMS