Samedi 24 mai 2008
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14:20
de Ridley Scott (Etats-Unis)
Avec Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young, Edward James Olmos, M. Emmet Walsh, Daryl Hannah, William Sanderson
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Œuvre emblématique de la littérature de science-fiction, « Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » permit à Philip K. Dick de marcher sur les traces d’Isaac Asimov en s’interrogeant sur
l’âme et l’empathie potentielles des robots créés par l’homme. Passionnant de bout en bout, le roman n’en est pas moins austère et complexe, ce qui ne rebuta pourtant guère Ridley Scott, rasséréné
par le succès de sa première incursion dans le genre, le légendaire Alien. Son adaptation restructure et redynamise le récit, sans en évacuer les questionnements métaphysiques. Nous sommes
en 2019. Mégapole grouillante, Los Angeles est sans cesse survolée par la police. Des « répliquants », androïdes hyper-sophistiqués, ont détourné un vaisseau pour se cacher dans la ville. Seul
l’ex-flic Deckard (Harrison Ford) peut les repérer. On le déniche dans une gargote des bas quartiers pour l'amener auprès de Tyrell (Joe Turkel), le père scientifique des répliquants. Il est
accueilli par une superbe créature, Rachel (Sean Young), que Tyrell lui demande de surveiller de près…
Le futur décrit par Ridley Scott est probablement le plus réaliste jamais porté à l'écran, et l’on ne compte plus les films d’anticipation qui en ont subi l’influence, de Batman à Dark
City en passant par The Crow, Le Cinquième Elément, La Menace Fantôme et Minority Report. Il faut attribuer
cette prodigieuse réussite aux talents d'esthète de Scott, aux magnifiques trouvailles de l'équipe des effets spéciaux (Douglas Trumbull en tête, déjà à l’œuvre sur 2001et Rencontres du Troisième Type), au choix judicieux des décors et des lumières, et à la direction artistique en général qui unifie
chacune de ces composantes. Pluie et nuit permanentes, voitures traversant sans cesse le ciel noir, immeubles gigantesques qui se dressent partout… Tous ces éléments sont filmés avec un tel naturel
qu'ils s'intègrent sans heurt à un contexte rapidement banalisé et accepté par le spectateur.
« Il faut savoir que Ridley Scott est un homme dont la créativité est incessante », nous racontait Wesley Sewell, qui collabora aux effets visuels de nombre de ses films. « Il est tout
le temps en train d’essayer des choses, de chercher des idées et des possibilités. Ainsi ne cesse-t-il de dessiner de nouveaux plans tous les jours. C’est un excellent graphiste, et à la fin des
tournages ses storyboards commencent à ressembler à de véritables œuvres d’art. Il faut dire qu’il possède lui-même de nombreuses œuvres picturales d’artistes variés qu’il utilise en guise
d’inspiration et de référence. » (1) Au-delà de son contexte futuriste, Blade Runner est aussi et surtout un polar dans la pure règle de l'art. Harrison Ford (à contre-emploi total si
on le compare à ses deux rôles vedettes précédents, Han Solo et Indiana Jones) est le portrait typique du privé minable, et la magnifique Sean Young répond exactement aux critères des femmes
fatales dont tombent amoureux ces archétypes du film noir. A leurs côtés, Rutger Hauer et Daryl Hannah excellent en robots terrifiants d’humanité et de candeur. La lutte désespérée des androïdes
pour survivre - alors que le « héros » a pour mission de les abattre - pose en substance la question du bien et du mal. Une question qui reste bien sûr sans réponse, au mépris d’un manichéisme
pourtant fréquent en tel contexte.
(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 2005
Par Gilles Penso
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Publié dans : les films de Ridley Scott
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