monkeyshines(Monkey Shines)

de George A. Romero (Etats-Unis)

Avec Jason Beghe, Kate MacNeil, John Pankow, Joyce Van Patten, Christine Forrest, Stephen Root, Stanley Tucci

 

Le DVD est disponible ici

 

Incidents de parcours raconte l’histoire d’Allan, sportif respecté qui, suite à un accident, devient tétraplégique et se voit offrir un petit capucin femelle, Ella, dressé pour aider les handicapés. Quand il s’agit de réfléchir sur l’Homme, Ridley Scott a son alien, James Cameron, son cyborg et George A. Romero, son zombie, qui prend ici la forme d’un singe. En cela, Incidents de parcours s’inscrit à la fois dans la tradition du film de science-fiction par cette figure de l’Autre, sorte de miroir extrême de l’humanité et dans le fantastique pur, notamment en ce qui concerne le lien télépathique qui se développe entre Allan et Ella.

 

Outre son sujet, le film est fascinant par l’efficacité de sa mise en scène, très lisible : accident et opération ont lieu pendant le générique, posant immédiatement les personnages et leur contexte. Dans la foulée, l’esthétique du laboratoire, tout de rouge et de vert vêtu, rappelle les classiques de la Hammer (d’autant plus quand le savant fou transporte d’un pas décidé une boîte cylindrique en métal étiquetée « Live Human Tissue ») et indique que l’expérience va mal tourner. La séquence évolutive où Ella est présentée se charge de poser les enjeux scénaristiques : Ella est plus intelligente que le seraient ses congénères puisqu’elle est boostée au cerveau humain. Elle s’attache très rapidement à Allan, qui la laisse prendre beaucoup de libertés. Une relation unique se crée entre eux et l’amour provoque chez la femelle singe le besoin de marquer son territoire et ainsi, des accès d’agressivité envers les femmes qui entourent Allan. Elle ira jusqu’à tuer pour lui, lisant ses pulsions sans qu’il ne puisse rien contrôler.


Incidents de parcours fonctionne, tant par sa structure que par la caractérisation de ses personnages, sur un mode binaire : la première partie du film montre un sportif dont le corps très entretenu est brisé (le culte du corps étant un thème très ancré dans les années 80), perdant son indépendance et son statut d’Homme, en opposition à une femelle singe dépassant sa condition animale par une intelligence hors norme. Nous nous situons alors à un carrefour : l’animal et l’être humain dit « civilisé » se complètent et forment un tout pour ensuite s’affronter. S’affronter par le biais de deux personnages représentant simplement les deux composants intrinsèquement humains que sont la conscience et l’instinct animal, rarement en paix. La seconde partie est dédiée à cette lutte.


Ella est, sans conteste, un double : elle est d’abord les jambes d’Allan (sorte d’Avatar avant l’heure) mais elle veut aussi être son cerveau. Là s’explique alors le titre original Monkey Shines (le singe va briller, avoir sa volonté propre et prendre le pouvoir), bien plus légitime que la récupération française, pour le moins simpliste. Pendant 1h45, Romero ne relâche ni le rythme, ni la tension et nous mène jusqu’à un final où l’on ne sait plus différencier l’homme de l’animal. Un volet noir se referme sur le dernier plan pour faire place au générique, comme s’il enfermait ses personnages. Le happy end sonne faux et achève le tableau : l’être humain, à nouveau, nous a déçu.

© Caroline Mrowicki


Thema: Singes

 

N.B.: Welcome à Caroline, qui rejoint en beauté notre petite équipe !

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