rabid-grannies.jpg(Rabid Grannies / Les Mémés Cannibales)

d'Emmanuel Kervyn (Belgique/France/Hollande)

avec Anne-Marie Fox, Jacques Mayar, Elie Lison, Danielle Daven, Françoise Moens, Catherine Aymerie, Richard Cotica

 

Surgi de nulle part, l’auteur/réalisateur belge Emmanuel Kervyn s’est lancé envers et contre tous dans un film gore burlesque ne reculant devant aucune outrance, et contournant les clichés du cinéma d’horreur américain et italien alors très en vogue en ces années 80 déclinantes. Offusqués par le résultat, les distributeurs belges refusèrent d’êtres associés au projet, et ce sont finalement les joyeux drilles de la Troma qui le diffusèrent dans le monde sous le titre de Rabid Grannies, traduit en français par Les Mémés Cannibales. Un double titre quelque peu trompeur, car il est moins question ici de rage et d’anthropophagie que de possession démoniaque.

 

Le film s’amorce de fort paisible manière, brossant le portrait vitriolé des membres épars d’une famille se rendant au traditionnel anniversaire de Victoria et Elisabeth Remington, deux vieilles tantes fortunées habitant un luxueux manoir en pleine campagne. Du curé au playboy en passant par la lesbienne, la vierge et le marchand d’armes, chacun des cousins venu participer au repas familial est l’occasion pour Kervyn de se livrer à la caricature mordante. D’autant qu’il apparaît clairement que chacun attend patiemment la mort des deux aimables grand-mères pour pouvoir hériter de leur fort estimable magot. Tout le monde est donc réuni, à l’exception de Christopher, déshérité par les siens depuis qu’il a rejoint une secte satanique. Mais ce dernier ne souhaite pas couper les ponts, et pour le prouver il leur envoie un petit coffret accompagné d’une gentille lettre.

 

Mais en ouvrant le paquet, Victoria et Elisabeth découvrent qu’il s’agit d’un cadeau empoisonné… au sens propre. En effet, une substance vaporeuse s’échappe soudain du coffret, entre en possession des deux charmantes vieilles dames et les transforme subitement en créatures hideuses et démoniaques qu’on croirait directement issues du  Démons de Lamberto Bava. L’équipe des maquillages spéciaux réalise là un travail remarquable, tirant parti au mieux d’un budget anémique pour concocter des séquences abominablement délirantes. D’abord vient la métamorphose, le visage des mamies s’ouvrant en deux pour découvrir une mâchoire vorace garnie de dents acérées et les doigts se déchirant pour révéler des ongles démesurés tranchants comme des rasoirs. Puis vient le massacre lui-même, le délire sanguinolent éclaboussant dès lors l’écran sans interruption et sans la moindre retenue.

 

Et comme Emmanuel Kervyn cultive un humour bête et méchant, volontiers immoral et anticlérical, il dépasse en excès ses modèles d’outre-Atlantique, notamment lorsqu’une gamine se retrouve avec deux moignons sanguinolents à la place des jambes, ou lorsqu’un curé est contraint au suicide et aux flammes de l’Enfer sous peine d’être longuement torturé par les deux monstrueuses marâtres. Bénéficiant d’une photographie très soignée et d’un décor somptueux, le réalisateur joue talentueusement avec les codes du huis-clos, préférant systématiquement l’humour noir à l’épouvante traditionnelle. Seuls bémols : un jeu d’acteurs assez catastrophique et une partition synthétique horripilante.

 

© Gilles Penso
Thema:
Diables et Démons
Tag(s) : #FILMS