chucky3_affiche1.jpgde Jack Bender (USA)
avec Justin Whalin, Peerey Reeves, Jeremy Sylvers, Travis Fine, Dean Jacobson, Brad Dourif, Peter Haskell, Dakin Matthews

 

 Chucky 2 nous ayant un peu frustrés, Chucky 3 ne laissait rien augurer de bon, d’autant que le scénariste Don Mancini, sous la pression du studio Universal, fut contraint d’écrire en vitesse ce troisième épisode alors que le second n’était même pas encore sorti. D’où une évidente perte d’inspiration. Pourtant le prologue ravive une petite flamme d’espoir. Le générique se déroule dans un atelier de poupées désaffecté (et très photogénique) où le corps fondu de Chucky est agrippé par une grue. Aussitôt, un flot de sang s’écoule du plastique et la petite créature se reconstitue progressivement, comme une statue de cire qui fondrait à l’envers.

 

Nous découvrons alors l’entreprise qui, jadis, commercialisa la poupée Brave Gars. Bien décidés à relancer sur le marché ce jouet extrêmement lucratif, malgré le scandale passé qu’ils attribuent aux élucubrations d’un enfant trop imaginatif, les dirigeants de la société ne laissent aucune ambiguïté sur leur éthique. « Peu importe ce qu’on a à vendre, que ce soient des voitures, des armes nucléaires ou bien même des jouets », affirme-t-on avec aplomb dans la grande salle de réunion. « Le problème essentiel est d’écouler la marchandise, et après tout que sont les enfants sinon des apprentis consommateurs ? » La satire anti-consumériste qu’on sent poindre à l’horizon est alléchante (et traduit sans doute l’amertume de Don Mancini à l’époque), mais hélas elle n’ira pas plus loin. Et lorsque l’action se transporte dans l’académie militaire de Kent où Andy Barclay, alors âgé de 16 ans, séjourne en détention préventive après avoir changé maintes fois de familles d’accueil, tous les espoirs s’évaporent.

 

Car à partir de là, tous les clichés post-Full Metal Jacket s’alignent pesamment au rythme des garde-à-vous matinaux, des exercices de tir et des marches forcées, tandis que Chucky parvient bizarrement à s’expédier lui-même dans un paquet à l’attention d’Andy, dont il espère toujours habiter le corps pour échapper à sa prison de plastique. Mais il se ravise en découvrant un garçon plus jeune, Tyler, qui lui conviendrait parfaitement comme nouvelle enveloppe charnelle. Andy va tout mettre en œuvre pour sauver son camarade et entraver les agissements du jouet maléfique. Comme s’il s’était rendu compte en cours de route du potentiel très limité de l’école militaire comme nouveau terrain de jeu pour sa poupée sanglante, Mancini écrit un climax excessif dans un train fantôme qui, malgré l’attrait visuel du lieu (quelque part à mi-chemin entre Indiana Jones et le Temple Maudit et Les Goonies), n’empêche ni la routine ni l’ennui.

 

Quelques idées ne manquent pas d’intérêt, comme une partie de paint-ball qui se mue en fusillade sanglante suite à une machination sadique de Chucky, mais tout ça ne vole pas bien haut. Seul point véritablement positif : la technique s’est encore améliorée, Kevin Yagher utilisant pour la première fois l’asservissement informatique pour synchroniser les dialogues de ses marionnettes animatroniques avec les phrases enregistrées par Brad Dourif. De fait, les expressions de Chucky ont gagné en subtilité, et lorsque sa peau en plastique révèle un crâne mi mécanique mi organique, l’effet visuel s’avère saisissant. Chucky pouvant difficilement tomber plus bas, il renaîtra avec panache sept ans plus tard…

 

© Gilles Penso

Thema: Jouets

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