de Sam Raimi (Etats-Unis)
Avec Tobey Maguire, Kirsten Dunst, Willem Dafoe, James Franco, Cliff Robertson, Rosemary Harris, J.K. Simmons, Joe Manganiello
« Désiré » aurait pu être le sous-titre de ce Spider-Man, car le public l’attendait depuis des décennies. Après le dessin animé culte des années 60, les téléfilms ratés des années 70 et la
série d’animation des années 90, cette première transposition des aventures du « monte-en-l’air » sur grand écran a bien failli ne jamais voir le jour, suite à un inextricable imbroglio juridique.
Acquis par Menahem Golan et Yoram Globus au milieu des années 80, le projet est passé entre les mains de James Cameron dix ans plus tard, pour finalement échoir à Sam Raimi. On imagine à peine la
pression qu’a dû subir le créateur d’Evil Dead, mais au vu du résultat il peut dormir sur ses deux oreilles. Non
seulement l’adaptation est réussie, mais son Spider-Man est probablement le meilleur film de super-héros jamais porté à l’écran.
Le secret de son succès ? Avoir concentré toute son attention sur son jeune héros (magnifiquement incarné par Tobey Maguire), sur sa vie, ses amis, ses amours, sa famille, ses problèmes
d’adolescent, comme l’avait si bien fait le comic book de Stan Lee et Steve Ditko. Une fois ce contexte réaliste mis en place, la science-fiction peut s’immiscer en douceur, et le processus
d’identification fonctionne à plein régime. Lorsque Peter Parker est mordu par l’araignée, nous découvrons ses pouvoirs avec lui, nous grimpons aux murs, nous sautons de toit en toit, nous lançons
la toile… Avec beaucoup de finesse, Raimi emploie la métaphore des super-pouvoirs pour raconter le passage de la puberté, la sortie de l’enfance et l’accès à l’âge adulte, reprenant à son compte le
leitmotiv de la BD : « de grands pouvoirs engendrent de grandes responsabilités. »
Le défi technique est remporté haut la main, Spidey voltigeant dans les airs avec la même agilité que son alter-ego dessiné, ce qui provoque forcément des cris de joie chez les fans qui n’en
croient pas leurs yeux. Mais c’est le défi narratif qui est le plus surprenant. Car en deux heures, Raimi et son scénariste David Koepp ont résumé trois décennies d’aventures de l’homme-araignée,
liant entre eux les épisodes clef de l’âge d’or : la découverte des pouvoirs de Peter, la première rencontre avec Mary-Jane Watson, la révélation de l’identité du bouffon vert et la mort de Gwen
Stacy. Sauf qu’ici la rousse Mary-Jane remplace la blonde Gwen, qui fut le grand amour de Peter Parker dans les années 70, et que l’issue de l’aventure est moins tragique. Après la mort de l’oncle
Ben, une deuxième perte douloureuse eut sans doute exagérément noirci le ton du film, qui oscille habilement entre le drame et la comédie.
Autres libertés prises par Raimi et Koepp : l’araignée qui mord Peter n’est plus radio-active mais génétiquement modifiée, et la toile du super-héros n’est pas un produit chimique de son invention
mais un des pouvoirs que lui a transmis l’arachnide. Au titre des réserves, on pourra regretter que le Bouffon Vert ait été affublé d’une cuirasse en plastique qui semble tout droit sortie d’un
Bio-Man ou d’un Power Rangers. Une peau reptilienne en latex eut été plus heureuse et plus proche du personnage original. Déplorons également la partition de Danny Elfman, qui s’est
ici contenté de composer une musique d’ambiance sans se fendre d’un vrai thème héroïque, comme il avait si brillamment su le faire pour Batman. Ces réticences mises à part, le film demeure une extraordinaire réussite. L’œuvre d’un fan réalisé pour des fans.
Sincère, ludique et intelligent. Que demande le peuple ?
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Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les dinosaures font partie de mon quotidien…
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