Big Fishde Tim Burton (Etats-Unis)

Avec Ewan McGregor, Albert Finney, Billy Crudup, Jessica Lange, Alison Lohman, Marion Cotillard, Helena Bonham Carter


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Après le cynique Mars Attacks !, le désabusé Sleepy Hollow et l’impersonnel Planète des Singes, on croyait Tim Burton définitivement perdu dans les abîmes d’un cinéma hollywoodien anonyme. Mais ô joie, ce Big Fish nous réconcilie avec le poète qui osa porter à l’écran Beetlejuice, Edward aux Mains d’Argent et Ed Wood. Sans atteindre l’extravagante beauté de ces pures merveilles, Big Fish s’inscrit dans leur continuité, avec la même naïveté, le même sens de l’absurde et la même démesure. Oscillant en permanence entre le réalisme brut et le fantastique onirique, le scénario prend pour protagoniste Edward Bloom, un homme à l’article de la mort qui reçoit la visite de Will, son fils désormais adulte, marié et bientôt père de famille. Longtemps fâchés, les deux hommes tentent de renouer un ultime contact. Will en profite pour essayer de savoir enfin qui est réellement son père.


Car celui-ci a toujours raconté sa propre vie sous la forme d’un conte de fée extravagant, dans lequel il aurait côtoyé une sorcière borgne, un géant affamé, un bateleur loup-garou, deux sœurs siamoises chanteuses de cabaret, des sirènes, des araignées sauteuses et des poissons géants. Au fil des saynettes surréalistes qui narrent la vie romancée d’Edward Bloom, le film renoue avec l’une des thématiques récurrentes de Burton, le charme des êtres hors norme, et évoque les meilleures folies de Terry Gilliam, période Bandits Bandits, Brazil et Les Aventures du Baron de Münchausen. Mais Big Fish ne serait qu’une belle prouesse artistique et visuelle s’il se contentait d’aligner les tableaux fantasmagoriques, exercice dans lequel Burton a prouvé à maintes reprises qu’il était passé maître, le fleuron en la matière étant probablement L’Etrange Noël de Mr Jack.


Or la force du film réside surtout dans la relation entre Edward et son père, dans ce gigantesque fossé qui s’est peu à peu creusé entre eux et qu’il semble impossible de combler en si peu de temps, alors que l’heure tourne et que les jours sont comptés. La portion « réaliste » du film s’orne des interprétations pleines de grâce d’une Jessica Lange dans la force de l’âge qui n’a rien perdu de sa beauté et d’une Marion Cotillard surprenante en tel contexte, qui apporte une « french touch » exotique du plus bel effet. Il faut aussi saluer l’incroyable performance des deux hommes qui donnent leur visage à Edward Bloom : Ewan McGregor, jovial et sautillant dans les jeunes années fantasmées, et Albert Finney, malicieux et l’œil rieur dans les derniers jours.


« Au lieu de dissocier la réalité et le rêve, j'ai toujours pensé qu'il était plus intéressant d'utiliser le monde de la fantaisie et de l'imagination pour mieux explorer le monde réel » (1), explique Tim Burton, résumant en quelques mots le propos de Big Fish et de la majeure partie de son œuvre. Seule ombre au tableau : une partition un peu fade de Danny Elfman, efficace, certes, mais sans saveur. Comme si ce descendant moderne de Tchaïkovski et Saint-Saëns avait fait le tour de ses expérimentations musicales, de ses violons tziganes, de ses chœurs aériens, de ses basses bancales et de ses boîtes à musique lancinantes, sans parvenir désormais à se renouveler. Fort heureusement, la suite de sa filmographie nous prouvera le contraire. Burton, quant à lui, trouvera là un nouveau souffle salvateur, redorant son blason et enchaînant avec un savoureux Charlie et la Chocolaterie qui, lui aussi, utilisera le conte de fée pour narrer les aléas complexes d’une relation entre un père (symbolique celui-ci) et son fils.


(1) Propos recueillis par votre serviteur en mars 2010

 

© Gilles Penso

Thema: Contes de Fées

 

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