Les-revenants.jpgDe Robin Campillo (2004) – France

Avec Géraldine Pailhas, Jonathan Zaccaï, Frédéric Pierrot, Catherine Samie, Marie Matheron, Djemel Barek, Victor Garrivier

 

Pour son premier long-métrage, le talentueux monteur (Ressources Humaines, Qui a tué Bambi ?) et scénariste (L’Emploi du Temps, Entre les Murs) Robin Campillo décide de s’attaquer à un projet ambitieux, qu’on pourrait définir comme le premier drame social avec des zombies. Le point de départ est pour le moins accrocheur : en l’espace de deux heures, les portes de l’au-delà s’ouvrent, ramenant à la vie soixante dix millions de morts récents. Les premières images, qui montrent des centaines d’hommes et de femmes sortir d’un cimetière et errer dans les rues, sont particulièrement fortes. « L’impensable vient de se produire » dit le maire d’une des villes investies par ces hordes de trépassés.

 

Très vite, la population s’interroge. Que faire d’eux ? Comment les réinsérer dans leurs familles et leurs métiers ? Face à cet événement imprévisible, les cités tentent de s’organiser. Les savants, aussitôt sollicités, constatent que les revenants ont des symptômes proches de l’aphasie post-traumatique. Ils sont lents, en retard, désynchronisés avec le monde, mais en mouvement permanent. On met donc en circulation un médicament, le lithanol, qui calme leur hyperactivité et les réfrène dans leurs déambulations incessantes. Pour pouvoir les repérer et analyser leurs déplacements (estimés à une moyenne de quinze kilomètres par jour et par individu), on fait survoler la ville de ballons sondes équipés de caméras thermiques, dans la mesure où les revenants ont une température corporelle inférieure de cinq degrés à celle des vivants. 

 

Le scénario des Revenants aborde ainsi le sujet sous un angle hyperréaliste, presque clinique, sans toutefois chercher à donner la moindre explication au phénomène. On l’accepte parce qu’on n’a pas le choix et on s’adapte. Le film s’attache à traiter en parallèle l’analyse du phénomène (études scientifiques, dispositions médicales et sociales), et les complexités de la réinsertion des revenants chez les leurs (famille qui se recompose, parents retrouvant leur enfant). Dans ses moments les plus intimes, l’intrigue s’intéresse principalement à Mathieu et Rachel, un couple incarné par Jonathan Zaccaï et Géraldine Pailhas. Jamais les mots « zombie » ou « morts-vivants » ne sont prononcés dans le film, qui choisit sciemment de ne pas arpenter les voies de l’horreur et de l’épouvante malgré le sujet qu’il aborde.

 

Ponctuellement, au détour d’une séquence anodine, Robin Campillo renforce l’étrangeté de son propos en ralentissant légèrement les mouvements de sa caméra pour engourdir les déplacements de ses corps ambulants, post-synchronisant même leurs dialogues pour les recaler sur cette altération du rythme. Les Revenants se pare de plans parfois très graphiques, de belles idées visuelles et de scènes empreintes de bizarrerie poétique, comme ces réunions nocturnes des morts qui communiquent en chuchotant. Hélas, le traitement du film est d’une terrible froideur, et passée la surprise suscitée par la situation de départ, le spectateur saisit mal les finalités d’un scénario s’extrayant difficilement de l’anecdote, et échouant du même coup à traiter frontalement la thématique qui semblait le structurer, celle du deuil et de ses conséquences.

 

© Gilles Penso
Thema:
Zombies
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