Samedi 31 mai 2008
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18:39
(Los Niños / Quien Puede Matar a un Niño ?)
de Narciso Ibanez Serrador (Espagne)
avec Lewis Fiander, Prunella Ransome, Antonio Iranzo, Miguel Narros, Maria Luisa Arias, Marisa Porcel, Juan Cazalilla
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Le DVD est disponible
ici
Attention: cette chronique révèle plusieurs rebondissements importants de l'intrigue.
Les Révoltés de l’An 2000 : derrière ce titre français pataud, qui laisse imaginer un thriller de science-fiction post-apocalyptique, se cache une perle rare signée par un metteur en scène
atypique. Narciso Ibanez Serrador est en effet spécialisé dans les productions pour le petit écran, mais chaque fois qu’il s’en échappe, c’est pour s’aventurer sur un terrain cinématographique peu
balisé. Nous lui devons ainsi La Résidence, un « giallo » ibérique vénéneux précurseur des travaux de Dario Argento. Le titre original des Révoltés de l’An 2000 (Quien Puede Matar
a un Niño ?, littérallement « Qui peut tuer un enfant ? ») est autrement plus explicite. Il fut d’ailleurs traduit tel quel en Grande-Bretagne (Who Can Kill a Child ?), les Américains
préférant les plus sobres Trapped (« Piégé ») ou Island of the Damned (« L’île des Damnés », référence évidente au Village
des Damnés de Wolf Rilla).
Inspirée du roman « El Juego de los Niños » de Juan José Plans, l’intrigue s’installe sur une petite île perdue de Méditerranée. Là, un couple de touristes britanniques, dont la femme est enceinte,
découvre que les enfants semblent avoir subi une mutation psychologique violente. En effet, ils se mettent à tuer méthodiquement tous les adultes, comme s’il s’agissait pour eux d’un simple jeu. La
structure du scénario et plusieurs séquences évoquent beaucoup Les Oiseaux : un prologue assez long présentant le couple
vedette tout en disséminant de petits indices avant-coureurs, l’arrivée sur l’île, une succession d’attaques de plus en plus révélatrices, la vision soudain terrifiante d’une multitude d’enfants
agglutinés au bout d’une rue (équivalent des centaines de corbeaux accumulés sur la cage à poule chez Hitchcock, mais souligné ici par un thème proche de celui des Dents de la Mer), et l’attaque finale dans la maison transformée en refuge.
Mais Les Révoltés de l’An 2000 n’a rien d’un plagiat, et sa vision de l’enfance monstrueuse est très éloignée de celle du Village des Damnés, avec lequel il semble pourtant présenter de nombreuses similitudes. L’efficacité du film repose sur son rythme
faussement paisible, sur sa sobriété et sur son réalisme. Ce parti pris ne rend que plus fortes les scènes choc : les enfants jouant à colin-maillard avec une serpe et le corps d’un vieil homme
pendu par les pieds, l’assaut oppressant du dernier refuge des héros, la jeune femme enceinte réalisant que son bébé est en train de la tuer de l’intérieur, ou la bataille finale sur la barque.
Le film de Serrador bouscule quelques tabous (le héros n’hésite pas au bout d’un moment à tuer les agresseurs en culotte courte), le malaise étant amplifié par les mines angéliques des petits
assassins. La seule véritable faute de goût du film est probablement son générique de début qui, sous prétexte d’expliquer au spectateur que les enfants sont les premières victimes de la folie des
hommes, détourne des images documentaires où les enfants sont morts de faim, irradiés, battus… l’intention est claire et compréhensible, mais n’est-ce pas un abus de pouvoir que de se servir
crûment de telles images pour servir un propos fictif et métaphorique ?
Par Gilles Penso
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