Avatar-poster.jpgde James Cameron (Etats-Unis)

avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver, Stephen Lang, Michelle Rodriguez, Giovanni Ribisi, Joel David Moore

 

Depuis Titanic, ce vers quoi tendait James Cameron depuis longtemps s'est mué en systématisme effectif et programmé : il faut à tout prix que son nouvel opus soit « le plus grand film de tous les temps ». Formule bien naïve, mais assénée à coups de promotion pachydermique et soutenue par l'ampleur des moyens mis en œuvre : que vous le vouliez ou non, vous connaîtrez tous les aspects techniques du film avant de savoir de quoi ce dernier parle réellement ! C'est dans ce climat de révolution technique autoproclamée qu'émerge Avatar, fort d'une amélioration conséquente dans la pratique du cinéma en relief. Son succès minimisera quelque peu les avancées effectuées plus tôt par Peter Jackson concernant la performance capture, et occultera carrément le travail de Robert Zemeckis dont les expérimentations génésiques (Le Pôle Express, Beowulf...) auront essuyé tous les plâtres.

 

Est-ce à dire qu'Avatar se contente d'être un dépliant touristique pour mordus de CGI ? Non. Cameron est un auteur possédant son propre style et ses obsessions. Fasciné par l'idée du contrôle absolu, inspiré en ce sens par les figures tutélaires de George Lucas et Stanley Kubrick, il propose avec Avatar son film le plus « lucasien ». Une démarche visible sur la forme (univers foisonnant ; technologie de pointe) mais aussi thématiquement (brassage historique et mythologique pour tisser un drame dantesque ; schémas narratifs antiques et exigences du cinéma expérimental convergeant dans le maelström du grand spectacle populaire...). Toutefois, à l'étude complexe d'un réseau de trajectoires humaines menée par Lucas, répond par opposition le lyrisme simple et immédiat des figures qui s'affrontent chez Cameron.

 

Et l'ennui, c'est que malgré la richesse bien réelle du monde de Pandora, la synthèse opérée dans Avatar ne décolle jamais vraiment. D'une part on a l'impression que l'entreprise titanesque sous-tendue par le projet rend son réalisateur excessivement frileux sur le plan narratif, et que son principal souci est de ne surtout froisser personne, quitte à abuser du manichéisme et à enfoncer des portes ouvertes afin de s'assurer le succès économique – ce qui donne lieu à un plaidoyer écologique évidemment inattaquable, puisqu'aucune réflexion ne l'entoure et que son seul opposant dans le film se trouve être un militaire facho qui combine à peu près toutes les tares du bad guy lambda.

 

D'autre part le travail de compilation effectué par Cameron se répand par maladresse en un fond idéologique douteux qui parasite son discours pourtant louable : en mixant le schéma déjà utilisé par Danse avec les Loups avec la figure archétypale du Messie, Cameron compose une sorte de western où les indiens triomphent (jouissif !) mais leur donne pour héros et sauveur... un envahisseur repenti ! Dépossédant ainsi les autochtones de leur victoire et de leur identité spécifique, le cinéaste nous engage moins à nous inspirer du panthéisme Na'vi qu'à croire dans la simple rédemption lorsqu'on ira ravager une terre étrangère... Il ne tiendrait qu'à lui d'être plus vigilant sur cet aspect pour que la suite d'Avatar soit une réussite totale. On pourrait même rêver que Cameron refasse un tour du côté des ambitions plus restreintes d'un Terminator, où son budget moindre le dispensait de formater autant son propos. Mais qui pense encore que le nabab hollywoodien, prisonnier d'une course à la surenchère qu'il a lui-même voulue, peut ne serait-ce qu'imaginer le retour à un format si modeste... ?

 

© Morgan Iadakan 
Thema: Space Opera, Extra-Terrestres, Futur

 

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