(Surrogates)

de Jonathan Mostow (Etats-Unis)

avec Bruce Willis, Radha Mitchell, Rosamund Pike, Ving Rhames, James Cromwell, Michael Cudlitz, Meta Golding, Helena Mattsson

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Jonathan Mostow est un solide technicien qui n’a certes jamais fait preuve d’une grande personnalité mais s’est toujours montré efficace dans le domaine de l’action et du suspense. En s’attaquant à « The Surrogates », un comics en cinq tomes créée par Robert Venditti et Brett Veldele, le cinéaste suit quelque peu la trace d’I Robot d’Alex Proyas. Le titre français Clones est d’ailleurs hors sujet, car si le scénario aborde le motif du double, il ne s’agit nullement de duplication génétique mais d’alias robotiques. Nous sommes dans le futur. Désormais, les citoyens restent cloîtrés chez eux, télécommandant à distance des androïdes humanoïdes qui travaillent, se divertissent ou arpentent les rues à leur place. Cette mécanique parfaitement huilée s’enraye le jour où le meurtre d’un étudiant semble impliquer l’homme qui a contribué à mettre au point les doubles robotiques. Chargés de l’enquête, deux agents du FBI (Bruce Willis et Radha Mitchell) découvrent que dans le monde d’apparences qui est devenu le leur, on ne peut faire confiance à personne.


Accomodés à toutes les sauces au fil de leur longue carrière littéraire et cinématographique, les robots apparaissent ici sous un jour totalement neuf, puisqu’ils opèrent comme des métaphores de la vie par procuration symptomatique de notre vingt-et-unième siècle. Le renfermement des hommes dans leur confort personnel et leurs escapades répétées sur Internet servirent en effet de base d’inspiration aux créateurs du comics original. L’idée est géniale, car elle permet une charge cynique délectable à l’encontre de nos sociétés modernes tant axées sur l’apparence extérieure et sur les canons de beauté que dictent la mode et la publicité. Jonathan Mostow s’amuse ainsi à créer un décalage souvent comique entre l’aspect des humains (hirsutes, hagards, potelés) et celui des robots censés leur ressembler (tous élégants, athlétiques et bronzés). Bruce Willis, dans sa version robotique, arbore du coup une moumoute blonde du plus curieux effet, comme si le nec plus ultra, pour les hommes et les femmes du futur, consistait à ressembler à Ken et Barbie !


La satire sociale est donc l’un des moteurs de Clones, ce qui n’empêche pas Mostow de s’adonner à l’une de ses figures préférées : la séquence d’action échevelée. Il suffit de se remémorer les batailles répétées d’U-571 ou les monstrueuses poursuites en camion de Breakdown et Terminator 3 pour s’en convaincre. Ici, le morceau de bravoure est une chasse à l’homme – ou plutôt au robot – en plein trafic routier, le fugitif voltigeant et bondissant de voiture en voiture avec une agilité et une nervosité qui n’ont rien à envier aux protagonistes de la trilogie Matrix. En matière de divertissement pur, Clones remplit donc son contrat haut la main. Mais pour que le film passe à la postérité, il eut fallu que le scénario ne se contente pas d’effleurer un thème aussi captivant, que le récit n’accumule pas autant d’incohérences et que Mostow fasse preuve de plus de finesse. Clones est certes un spectacle sans failles ni temps morts, mais il est sans doute trop lisse pour convaincre totalement. A ce titre, il ressemble aux robots qu’il met en scène. Un peu plus d’humanité et de profondeur n’auraient pas fait de mal.



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