La horde 


 

 

de Yannick Dahan et Benjamin Rocher (France)

avec Eriq Ebouaney, Jean-Pierre Martins, Jo Prestia, Aurélien Recoing, Claude Perron, Alain Figlarz, Doudou Masta, Yves Pignot


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C’est en réalisant plusieurs reportages sur le cinéma de genre français que Yannick Dahan et Benjamin Rocher laissent germer l’idée de leur premier long-métrage, envisagé comme « le premier film de zombies français ». Le titre est abusif, puisque même s’ils n’entreront dans aucun panthéon, Le Lac des Morts-Vivants, L’Abîme des Morts-Vivants, La Morte-Vivante et La Revanche des Mortes-Vivantes ont précédé nos duettistes de trois décennies. Considérons plutôt La Horde comme le premier film de zombies hexagonal depuis l’arrivée de la « nouvelle vague fantastique française » lancée par Alexandre Aja.


La structure de La Horde se calque sur celle d’Une nuit en enfer, glissant progressivement du thriller vers l’horreur. Cinéphiles et téléphages, nos deux hommes décident de construire leurs protagonistes sur le modèle des flics ripoux de la série The Shield et de les envoyer, ivres de vengeance, à l’assaut d’une tour HLM dans laquelle se sont barricadés des gangsters responsables de la mort de l’un des leurs. Bientôt déboule sans crier gare une horde de zombies, obligeant policiers et malfrats à s’unir pour se laisser une chance de survivre dans cet enfer. Le concept n’est pas révolutionnaire, et l’ambition des deux réalisateurs se limite visiblement à un jeu de massacre savamment orchestré pour satisfaire leur double passion du cinéma d’horreur et du jeu vidéo. « Le gros avantage est d’être deux réalisateurs est qu’aucune de nos idées n’est dictée par un plaisir égoïste », atteste Rocher. (1)


« Le thème du zombie n’est pas politique mais philosophique », avance Yannick Dahan. « On parle de morts qui reviennent pour manger des vivants. A partir de là, pas besoin d’en rajouter ». (2) Mais face à l’affluence de films de zombies sur les écrans depuis le début des années 2000, La Horde peine à sortir du lot, n’évitant guère les situations classiques, les personnages archétypaux et les figures imposées. Certes, la réalisation est limpide, les scènes d’action souvent efficaces, et les maquillages spéciaux d’Olivier Afonso et son équipe (Mutants, Vertiges) impeccables. « Yannick et Benjamin envisageaient leurs zombies comme des gens hébétés qui viennent de subir un accident, des rescapés couverts de blessures et assoiffés de sang », nous explique ce dernier.  « Ils ne souhaitaient pas que leurs créatures aient un aspect animal trop marqué. Ils voulaient conserver avant tout leur côté humain, avec l’idée que ce sont des créatures en souffrance. » (3)


Clou du spectacle : l’assaut d’un des héros, perché sur le toit d’une voiture, par trois cents créatures frénétiques, assurément la séquence la plus impressionnante et la plus graphique du film, tournée avec une armada de figurants venus gracieusement se prêter au jeu pour le plaisir d’incarner des zombies ! Une poignée de scènes de cet acabit valent le détour, tout comme l’interprétation irrésistible d’Yves Pignot dans le rôle d’un ancien combattant trop heureux de démastiquer du mort-vivant pour se rappeler le bon vieux temps de Dien-Bien-Phu ! Quelques minutes de grâce qui surnagent au sein d’un film par ailleurs peu mémorable faute d’une originalité intrinsèque, de personnages mieux construits et d’un véritable discours.

 

(1) (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2010

 

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