Splice


 

de Vincenzo Natali (Canada/France)

Avec Sarah Polley, Adrian Brody, Delphine Chaneac ; David Hewlett, Abigail Chu, Brandon McGibbon, Amanda Brugel

 

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S’appuyant sur le thème classique de l’apprenti sorcier, Splice aurait pu se barder de clichés et verser dans la caricature. La réussite et la singularité du film n’en sont que plus remarquables. Car Vincenzo Natali, auteur du remarquable Cube, choisit d’aborder son sujet sous un angle naturaliste et moderne. Adrien Brody et Sarah Polley incarnent Clive et Elsa, un couple de scientifiques spécialisés dans la recherche génétique. Après avoir combiné les gènes de plusieurs espèces animales, ils souhaitent fusionner l’ADN animal et humain, mais le laboratoire pharmaceutique qui les finance refuse d’aller aussi loin. Elsa décide de bafouer les règles et de tenter l’expérience. Avec la complicité méfiante de l’homme qu’elle aime, la jeune savante parvient à donner naissance à un petit être hybride dont le faciès n’est pas sans évoquer le bébé monstre d’Eraserhead. Bientôt baptisée Dren (l’envers de « Nerd »), la créature grandit très vite et va progressivement faire basculer la vie de ses créateurs dans le cauchemar…

 

Si la réussite de Splice repose beaucoup sur la justesse de jeu d’Adrien Brody et Sarah Polley, il faut également saluer l’incroyable prestation de Delphine Chanéac dans le rôle de Dren, accentuée par des effets visuels révolutionnaires déformant suffisamment son visage pour marquer son anormalité, mais pas trop afin de préserver sa beauté androgyne. « Les jambes de Dren, qui sont conçues avec une double articulation, ont été reconstruites numériquement à partir de mes véritables jambes et se prolongent avec mes avant-bras », explique la comédienne. « Les pieds sont mes mains. Un de mes doigts a été supprimé et des tendons ont été rajoutés, mais ce sont des éléments de mon propre corps. Finalement, seule la queue est entièrement factice. » (1) « Dans la plupart des films de monstres, on a tendance à partir d’une morphologie humaine et à y ajouter des choses », ajoute Vincenzo Natali. « Pour Dren, nous avons procédé à l’envers, par soustraction, en ne créant que de petites altérations. » (2)

 

Grâce au prisme de la science-fiction, le cinéaste se permet d’aborder frontalement des sujets aussi délicats que l’inceste, la pédophilie, la zoophilie, la transsexualité ou le viol, sans le moindre voyeurisme mais sans s’embarrasser pour autant du moindre tabou. Les obsessions de David Cronenberg hantent ce récit tortueux, qui évoque aussi Embryo de Ralph Nelson. Mais Splice demeure résolument personnel et novateur, notamment grâce au choix de sa principale protagoniste, Elsa, une scientifique trentenaire. Arrivée à l’âge où la question de la maternité se pose naturellement, elle écarte inconsciemment l’idée de donner vie à un enfant dont la croissance, le développement et l’autonomie lui échapperaient. En se rabattant sur un être artificiellement enfanté, elle croit pouvoir conserver la maîtrise de son devenir. Il n’en sera rien, évidemment, et tous ceux qui sont familiers avec l’œuvre de Mary Shelley savent qu’une telle tentative est vouée à l’échec. « J’ai grandi avec les Frankenstein de James Whale et je les adore, mais je n’ai jamais cherché à les imiter », avoue Natali. « Avec Splice, je me suis efforcé de reprendre certains de leurs concepts et les transporter dans le vingt et unième siècle. » (3)

 

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en novembre 2009 - (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en février 2010


© Gilles Penso

Thema: Médecine

Tag(s) : #FILMS