Captain AMerica 2011de Joe Johnston (Etats-Unis)

Avec Chris Evans, Hayley Atwell, Hugo Weaving, Tommy Lee Jones, Dominic Cooper, Sebastian Shaw, Stanley Tucci

 

 Si le studio Marvel avait su nous surprendre agréablement avec  L'Incroyable Hulk et Iron Man, l’enthousiasme était retombé aussi sec face à  Iron Man 2 et Thor, deux opus à la dramaturgie déficiente et au scénario laxiste. Que fallait-il donc attendre de Captain America, nouvelle pièce de cet étrange puzzle cinématographique annonçant la sortie du film choral The Avengers ? Les prédictions étaient mitigées, surtout au regard des précédentes adaptations « live » du héros en costume bleu blanc rouge (des catastrophiques téléfilms réalisés respectivement en 1978 et 1990). Mais c’était compter sans l’inventivité de Joe Johnston, signataire d’œuvres éminemment sympathiques telles que Chérie j’ai rétréci les gosses,  Rocketeer, Jumanji, Jurassic Park 3 et Wolfman.

 

S’appuyant sur un scénario habile de Joss Whedon, Christopher Markus et Stephen McFeely, le cinéaste crée un super-héros débordant d’humanité en l’inscrivant dans son contexte historique d’origine, la seconde guerre mondiale. Sous l’influence du Steven Spielberg des années 70/80, Johnston cligne plusieurs fois de l’œil vers le maître, dès le prologue qui nous renvoie illico à celui de  Rencontres du Troisième Type(des scientifiques emmitoufflés arpentent le désert pour y découvrir d’étranges vestiges), et surtout plus tard lorsque le nazi psychopathe incarné par Hugo Weaving découvre une inestimable source de pouvoir surnaturelle et s’exclame : « et dire que le führer perd son temps à chercher des breloques dans le désert ! » La référence à Indiana Jones dépasse d’ailleurs largement le cadre de cette réplique jouissive, l’ombre de l’archéologue rétro et de ses exploits de comic book se déployant au fil de ce long-métrage empreint de l’esprit des serials des années 30.

 

Par le biais d’effets numériques hallucinants, Chris Evans, déjà interprète de la Torche Humaine dans les deux Quatre Fantastiques, incarne le frêle et rachitique Steve Rogers, qui se porte volontaire pour devenir un « super-soldat » au service de l’armée américaine, développant à l’issue d’une expérience top-secrète une musculature et une force hors du commun. Incontestablement daté, le costume du super-héros, aux couleurs du drapeau US, est ici intelligemment détourné, Johnston nous en proposant d’abord une version volontairement kitsch (avec en prime une allusion directe aux serials en noir et blanc qui furent réellement tournés dans les années 40 ainsi qu’aux bandes dessinées de Jack Kirby et Joe Simons) avant d’opter pour une panoplie militaire respectant les graphismes initiaux de Kirby en les réadaptant sous un jour plus fonctionnel et moins tape-à-l’œil.

 

L’aventure se pare de séquences d’action généreuses et souvent inédites, tandis qu’Hugo Weaving et Tommy Lee Jones s’en donnent à cœur joie dans le registre du cabotinage et de l’auto-dérision. Certes, le film ne décolle jamais totalement, incapable d’atteindre le souffle épique propre aux chefs d’œuvre du genre, et c’est probablement un défaut imputable à la majorité des réalisations de Joe Johnston. Mais le spectacle ne déçoit jamais, et l’épilogue en forme de porte ouverte remplit allègrement sa fonction : donner envie de découvrir toutes affaires cessantes l’aventure collégiale des Vengeurs !

 

© Gilles Penso

Thema: Super-Héros

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