tintin poster 3(The Adventures of Tintin: The Secret of the Unicorn)

de Steven Spielberg (Etats-Unis)

avec Jamie Bell, Andry Serkis, Daniel Craig, Nick Frost, Simon Pegg, Toby Jones, Mackenzie Crook 

 

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La bande originale est disponible ici

 

Le magnifique "art of" du film est disponible ici

 

Annoncé par Steven Spielberg dès 1983, Les Aventures de Tintinn’aura finalement vu le jour qu’à l’aune des derniers perfectionnements technologiques. Car pour rester fidèle à l’environnement graphique mi-réaliste mi-irréel des dessins d’Hergé, et pour s’extraire de l’univers visuel des Indiana Jones, le cinéaste ne pouvait se contenter d’un tournage classique en prises de vues réelles. D’où son intérêt pour la performance capture.

 

En se soustrayant aux contraintes matérielles d’un tournage traditionnel et en testant pour la première fois les possibilités de la 3D, le réalisateur se permet des facéties de mise en scène extrêmement immersives, sans pour autant céder à la tentation d’une caméra virevoltant vainement en tous sens. Au contraire, ses prises de vues s’ancrent dans une réalité physique palpable, ne lâchant pas d’une semelle les pas de course de son jeune héros. Ce qui nous donne droit à une collection de séquences mouvementées inédites, la plus longue et la plus incroyable d’entre elles se déroulant en plan-séquence dans une ville imaginaire du Maroc. Les péripéties s’y enchaînent à un rythme effréné, nous laissant le souffle coupé et les yeux écarquillés, preuve que Steven Spielberg, à l’âge de 65 ans, demeure encore l’un des maîtres absolus en matière de scènes d’action imaginatives.

 

A y regarder de près, Les Aventures de Tintin est d’ailleurs un concentré de toute l’identité visuelle du cinéaste, comme si l’emploi d’un médium 100% numérique lui permettait de pousser à l’extrême les codes filmiques qui lui sont propres. Jeux d’ombre et de lumière, entrées de champ redéfinissant la composition des cadrages, plans-séquences en perpétuelle évolution, champs et contre-champs avec changements d’axe inattendus, toute la grammaire de l’auteur de Rencontres du Troisième Type est ici convoquée. La signature visuelle la plus évidente du cinéaste paraît à travers son utilisation répétée du reflet. L’image de Tintin se découpe ainsi dans les nombreux miroirs qui ornent un marché (comme autant de cases d’une bande dessinée), puis se surimpressionne sur la vitre qui protège la précieuse Licorne.

 

Le reflet est un motif visuel incontournable chez Spielberg. Aucun de ses films n’en est exempt, les miroirs, rétroviseurs, vitres et fenêtres s’échinant à renvoyer l’image plus ou moins déformée de ses protagonistes. Plus qu’un simple effet de style, il faut y voir une volonté d’appréhender la fiction cinématographique comme une vision fantasmée de la réalité. Car l’œuvre de Spielberg est jonchée d’éléments autobiographiques, de souvenirs intimes, de phobies ou d’obsessions personnelles. Et Tintin lui-même, éternel homme-enfant à l’insatiable curiosité, obéit trait pour trait à l’archétype du héros spielbergien, coincé entre deux âges et en quête d’une famille recomposée, le capitaine Haddock s’affirmant dès lors comme un grand frère turbulent mais extrêmement attachant. Le Secret de la Licorne se déguste donc avec délectation, en attendant déjà avec impatience une séquelle signée Peter Jackson.

 

© Gilles Penso

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