Real Steelde Shawn Levy (USA)

Avec Hugh Jackman, Dakota Goyo, Evangeline Lilly, Anthony Mackie, Kevin Durand, Hope Davis, James Rebhorn, Karl Yune

 

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Publiée en mai 1956 dans la revue « Fantasy & Science Fiction », la nouvelle « Steel » se déroule dans un futur proche où la pratique de la boxe n’est plus autorisée aux humains, ce qui propulse désormais sur le ring des combattants robotiques. Son génial auteur Richard Matheson l’adapta lui-même pour en tirer un épisode de La Quatrième Dimension en 1963. Près de cinquante ans plus tard, Shawn Levy en réalise la première version cinématographique, sous l’égide de Steven Spielberg. Il n’est pas difficile d’imaginer la recette infaillible à l’origine du projet : Transformers rencontre Rocky !  

 

Real Steel utilise en effet des techniques de pointe pour donner corps à ses impressionnants robots (mélange d’animatroniques grandeur nature et d’images de synthèse ultra-réalistes) tout en appuyant sa narration sur la mécanique éprouvée du succès planétaire de Sylvester Stallone et John Avildsen. Dans l’optique de créer un divertissement familial, le futur froid et déshumanisé du récit initial a été transposé dans un cadre appauvri en haute technologie. C’est dans une ambiance de western urbain que s’amorce ainsi Real Steel, au son d’une ritournelle country qui accompagne les pérégrinations de Charlie Kenton (Hugh Jackman), ancien boxeur devenu manager à la petite semaine équipé de robots bas de gamme. De combats minables en paris ratés, Kenton accroît le volume de ses dettes et apprend un jour que son ex-compagne est décédé. Il va falloir assurer l’avenir de son fils Max, âgé de onze ans.

 

La tante de Max est prête à tout pour s’en occuper. Dénué du moindre scrupule, Kenton négocie alors une semaine avec Max en échange d’une coquette somme d’argent. En découvrant l’épave d’un vieux robot d’entraînement, le père et son fils ignorent qu’ils possèdent la graine d’un futur champion… On le sait, le double thème du fils perdu et du père absent irradie la majeure partie de l’œuvre de Steven Spielberg. On comprend aisément que cet élément scénaristique clef – absent du texte de Matheson – ait séduit le puissant producteur. Lorsque Hugh Jackman, au cours du match final, boxe dans le vide pour que son alter ego robotique puisse se défendre sur le ring, l’impact de la scène est d’autant plus fort qu’il touche trois niveaux de lecture. Cette séquence exprime visuellement l’idée qui sous-tend le film tout entier : celle d’un père qui se bat – au sens propre – pour son fils.

 

Elle illustre également l’adéquation entre l’action à l’écran et la technologie utilisée pour lui donner corps, autrement dit la motion capture (de vrais boxeurs équipés de capteurs ont assuré la chorégraphie des robots en synthèse). Elle revient enfin aux fondements mêmes de la nouvelle de Matheson en nous questionnant sur la pertinence des sports de combat. Pourquoi ne pas imaginer dans un futur proche que la boxe devienne un sport enfin digne de ce nom (au lieu de la boucherie bestiale actuellement en vigueur) où de vrais athlètes effectueraient d’étonnantes performances physiques tandis que des machines prendraient les coups à leur place ? Du coup, malgré son avalanche de bons sentiments et ses facilités scénaristiques, Real Steel fait souvent mouche et se laisse apprécier avec beaucoup d’enthousiasme.

 

© Gilles Penso
Thema: Robots, Futur

Tag(s) : #FILMS