Marsupilami d’Alain Chabat (France)

avec Alain Chabat, Jamel Debbouze, Fred Testot, Lambert Wilson, Patrick Timsit, Géraldine Nakache, Liya Kebede

 

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Le triomphe d’Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre n’en finit plus de faire des émules. Fascinés par l’objet de culte que le film d’Alain Chabat représente, de nombreux réalisateurs et producteurs français ont tenté d’en retrouver les ingrédients et l’alchimie, notamment Patrick Braoudé avec son très anecdotique Iznogoud, Frédéric Forestier et Thomas Langmann avec le catastrophique Astérix aux Jeux Olympiques ou même Luc Besson avec le maladroit Les Aventures d’Adèle Blanc-Sec. Chabat lui-même s’efforce de retrouver lui-même les clefs de son succès en s’attaquant au Marsupilami d’André Franquin, et en toute logique c’est lui qui s’en sort le mieux.

 

Il faut dire que le projet trotte dans la tête de l’ancien Nul depuis un bon bout de temps. « Je suis en train d’écrire une comédie d’aventure familiale en anglais avec le Marsupilami », nous disait-il en janvier 2007. « Comme vous le voyez, c’est encore un projet d’une grande maturité. J’ai toujours l’impression de faire des films pour enfants. En tout cas pour le môme que j’étais. On pourrait dire que je travaille pour un spectateur qui est moi-même plus jeune. » (1) Ce rêve d’enfant aura mis cinq ans pour se concrétiser, sous forme d’une production finalement francophone. Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, Chabat s’octroie le rôle principal, aux côtés de Jamel Debbouze, qui fut déjà son complice d’Asterix et Obélix : Mission Cléopâtre.

 

Le premier incarne Dan Geraldo, journaliste télévisé en perte de vitesse qui cherche un scoop susceptible de relancer sa carrière, tandis que le second entre dans la peau de Pablito, un faux vétérinaire qui s’improvise guide touristique de Palombie, un pays imaginaire d’Amérique centrale. La rencontre des deux hommes est explosive – sur un principe quelque peu hérité des comédies de Francis Weber – et les mène tout droit sur la piste d’un animal légendaire connu sous le nom de Marsupilami. Or cette créature existe réellement, et attire bien des convoitises… Le marsupial à longue queue imaginé en 1951 par le génial Franquin prend ici corps grâce aux coups de baguette numérique du studio Buf. Techniquement, le résultat est irréprochable. Artistiquement, c’est plus discutable. Car la bête facétieuse qui s’agitait dans les pages de Spirou Magazine se retrouve ici affublée d’une bouille de peluche trop mignonne pour convaincre.

 

Et c’est sans doute le problème du film tout entier. S’il respecte les élans écologistes du père de Gaston Lagaffe, le scénario de Chabat est trop gentil, trop consensuel, trop savamment calculé. L’humour référentiel fonctionne toujours (Lambert Wilson est irrésistible en dictateur amoureux de Céline Dion, le clin d’œil furtif à Avatar fait mouche) et le duo vedette séduit par son abatage, mais le film se traîne et témoigne d’une certaine paresse, corolaire possible d’une trop grande confiance de Chabat et de son équipe. Tout le monde semble bien s’amuser sur le plateau, mais ce rire n’est pas toujours communicatif. Patrick Timsit en fait des caisses, Géraldine Nakache ne sert à rien, Fred Testot cabotine à outrance, et le film n’en ressort guère grandi. Conclusion : Sur la piste du Marsupilami amuse et distrait, certes, mais s’effacera bien vite des mémoires.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2007

 

© Gilles Penso

Thema: Exotisme fantastique

Tag(s) : #FILMS