Frankenweenie-Poster.jpgde Tim Burton (USA)

avec les voix de Charlie Tahan, Winona Ryder, Martin Short, Martin Landau, Catherine O’Hara…

 

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Tim Burton cultive la nostalgie de l’enfance. Ce n’est un secret pour personne, l’intéressé étant le premier à l’admettre. Déjà, en 1984, en tournant le court-métrage Frankenweenie, il s’épanchait sur de jeunes années pas si lointaines par l’intermédiaire d’un gamin qui, désespéré par la mort de son chien, le ramenait à la vie grâce à une quincaillerie scientifique empruntée au laboratoire des  Frankenstein de James Whale. Un exercice de style charmant et gothique, financé par une compagnie Disney un peu embarrassé par les caractéristiques morbides de ce petit film, ainsi que par son noir et blanc d’un autre temps. Filmé en prises de vues réelles, avec des comédiens de chair et d’os, ce premier Frankenweenie dissimulait en vérité le désir d’un autre, inaccessible pour un débutant jugé un peu étrange et décalé par les cadres du studio qui l’employait.  

 

De ce Frankenweenie sous forme de long-métrage animé image par image, Tim Burton n’a jamais abonné l’espoir. Devenu un réalisateur vedette à Hollywood, il peut, dès le milieu des années 2000, enfin envisager sérieusement une extension à son court-métrage de 1984, façon L’Etrange Noël de Mr. Jack et Les Noces Funèbres. Mission accomplie en 2012 ou, plutôt, rêve réalisé. En reprenant Frankenweenie, Tim Burton ne fait, en réalité, que raconter la même histoire, mais en plus détaillée, avec davantage de personnages, un dénouement plus spectaculaire, des péripéties inédites, à plus vaste échelle… Vingt-huit ans plus tard, il est donc toujours question du jeune Victor Frankenstein et de son bull-terrier Sparkle, tué par une voiture alors qu’il tentait d’intercepter une balle de baseball. Victor entreprend de le ressusciter en douce, dans le cadre d’un devoir scientifique scolaire. Grâce à la « fée électricité », il y parvient. Par contre, il ne parvient pas à tenir le secret, son camarade de classe Igor (bossu et édenté évidemment) s’empressant de le trahir pour éventer la prouesse auprès d’autres apprentis sorciers en puissance.

 

L’un fait d’une tortue morte un titan destructeur, l’autre d’un rat crevé une teigne haute comme un homme, la troisième croise malgré lui son sinistre chat avec une chauve-souris, un quatrième provoque l’irruption d’une horde sauvage de petites bestioles très proches des  Gremlins dans leur comportement de méchants farceurs… Panique sur New Holland, une banlieue paisible à la Pee Wee et Edward aux Mains d'Argent. Si le cadre où se déroule Frankenweenie est familier, les personnages le sont aussi, leur aspect surtout. À commencer par Sparkle, réplique exacte du Family Dog de la série TV animée coproduite par… Tim Burton ! De même qu’il demeure fidèle à son univers de prédilection, Tim Burton multiplie les références attendues. D’abord les classiques d’Universal, particulièrement Frankenstein et La Fiancée de Frankenstein dont une chienne caniche un peu snob pique la coiffure, puis Vincent Price, transformé en prof de sciences aux méthodes décriées, ainsi que Le Cauchemar de Dracula via une diffusion TV.

 

Entre deux classiques de la science-fiction américaine des années 50, il cite aussi deux géants du cinéma japonais de monstre : le ptérodactyle Rodan et la tortue Gamera… Des hommages vibrants, toujours sincères. C’est prévisible de la part de Tim Burton. Ce qui l’est moins, c’est un zeste de trash scatologique assez surprenant dans une production Disney. Avec Frankenweenie, Tim Burton fait donc du Tim Burton. Du très bon Tim Burton, délicieusement macabre dans son noir et blanc spectral, incisif dans une satire sociale pourtant sans rancœur, inventif dans l’usage du clin d’œil et jamais à l’esbroufe dans celui d’une 3D à la fois perceptible et discrète… Oui, Tim Burton distille à hautes doses d’épais nuages de nostalgie de l’enfance qui se sont formés dès son entrée dans l’âge adulte. La preuve : à plus de cinquante ans, il joue encore à la poupée !

 

© Marc Toullec
Thema: Frankenstein, Mammifères

Tag(s) : #FILMS