Cabane-dans-les-bois.jpg(Cabin in the Woods)

de Drew Goddard (USA)

avec Kristen Connolly, Chris Hemsworth, Anna Hutchison, Fran Kranz, Jesse Williams, Richard Jenkins, Bradley Whitford

 

pub

 

Cinq amis décident de passer le week-end dans une vieille cabane isolée au milieu de la forêt. Après avoir brièvement croisé un autochtone patibulaire puis traversé un sentier sinueux, ils découvrent l’antique maisonnette, ornée d’une tête d’animal empaillée, d’un vieux piano, d’un mobilier séculaire, et jouent à se faire peur. Le soir venu, une trappe s’ouvre brutalement, comme mue par une force surnaturelle. Elle révèle une cave enfouie d’objets hétéroclites, dont un vieux grimoire qui renferme une incantation. Lorsque cette dernière est lue à voix haute, des créatures maléfiques se réveillent, et la terreur s’empare du petit groupe, d’autant que le seul chemin qui leur permettait de s’échapper s’effondre soudain…

 

Ce petit résumé vous semble-t-il familier ? Normal, c’est le même que celui d’Evil Dead. La Cabane dans les bois serait-il donc un plagiat éhonté du chef d’œuvre de Sam Raimi ? On pourrait le croire, d’autant que Drew Goddard utilise parfois les mêmes angles de vue que son aîné, les mêmes bruitages, les mêmes cadrages… Pourtant, dès les premières minutes du métrage, le spectateur sent bien que quelque chose ne tourne pas rond. Qui sont ces scientifiques massés dans un grand bâtiment, observant les moindres faits et gestes de nos cinq jeunes protagonistes à l’aide d’une multitude de caméras dissimulées partout sur les lieux de leur week-end ? Seraient-ils l’objet d’une obscure expérience scientifique, à la façon des cobayes de Cube ? A moins qu’il ne s’agisse d’un sordide jeu de téléréalité, version sanglante du Truman Show ?

 

La surprise est savamment entretenue, jusqu’à un climax hallucinant qui convoque une mythologie chère à H.P. Lovecraft et donne à cette anecdotique mésaventure des dimensions planétaires, quasi-métaphysiques. La dernière bobine du film bascule dans le délire total, en un foisonnant hommage aux classiques du genre (Zombie, Hellraiser, Ça, Poltergeist, Shining, The Grudge et de nombreux autres). La Cabane dans les bois digère et restitue ainsi trente ans de cinéma horrifique. Mais cette approche post-moderniste ne se contente pas d’accumuler les références. Car le scénario nous propose une relecture de la plupart des films d’horreur bâtis sur le même schéma narratif (un groupe d’amis passe le week-end dans un endroit isolé qui vire au cauchemar).

 

Tous les lieux communs, tous les clichés, tous les stéréotypes inhérents au genre trouvent ainsi une explication rationnelle. Producteur et scénariste du film, Josh Whedon prouve ainsi qu’il n’est pas seulement un auteur (Toy Story) et un réalisateur (Avengers) de talent, mais aussi un homme en quête de concepts inédits et culottés (une série télévisée comme Dollhouse en témoigne sans conteste). En s’associant au réalisateur Drew Goddard, il trouve un alter ego idéal, son compère ayant rédigé de nombreux scripts pour Buffy contre les Vampires, Angel, Lost et le long-métrage Cloverfield. Les effets de montage parallèle, induits par la rupture narrative établie entre les deux univers décrits dans le récit, ajoutent à La Cabane dans les bois un charme supplémentaire, achevant d’en faire l’une des meilleures surprises de l’année 2012.

 

© Gilles Penso

Thema: Diables et Démons  

Tag(s) : #FILMS