Looper.jpgde Rian Johnson (USA)

Avec Joseph Gordon-Levitt, Bruce Willis, Emily Blunt, Jeff Daniels, Piper Perabo, Paul Dano… 

 

 

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La science-fiction ne réussit finalement pas si mal à Bruce Willis. Après tout de même Le Cinquième Elément, Armageddon, L'Armée des 12 Singes, Incassable, Planète Terreur et Clones, juste avant le deuxième G.I. Joe, l’acteur récidive dans le genre avec Looper. Le terme « Looper » désigne en 2042 des tueurs, ou plutôt des exécuteurs, chargés de remplir des contrats bien particuliers. Ponctuels, ils se rendent sur un site strictement défini et attendent que leur victime tombe littéralement du ciel, bien ficelée, un sac sur la tête. Ne leur reste plus qu’à appuyer immédiatement sur la gâchette et ensuite jeter le cadavre dans un four crématoire. En réalité, les « paquets » arrivent non pas des cieux, mais du futur, de 2072.

 

Si la pratique des voyages dans le temps est interdite en 2072, les mafias, toutes puissantes, n’en tiennent pas compte ; elles trouvent pratique d’envoyer dans le passé ceux qui étaient jadis coulés dans le béton, mitraillés, dissouts dans l’acide. Elles accompagnent les condamnés d’un petit chargement de lingotins d’or ou d’argent. Un business rentable pour les liquidateurs, tueurs prospères dans une Amérique décadente, rongée dans une deuxième Grande Dépression et gangrenée par une violence omniprésente. L’effrayante et assez crédible toile de fond du film écrit et réalisé par Rian Johnson, auteur en 2008 de la comédie policière Une Arnaque presque parfaite. Rian Johnson possède-t-il la fibre science-fiction ? Suffisamment pour connaître ses classiques et reprendre habilement à son compte le paradoxe temporel des Terminator de James Cameron. Pas un hasard si le principal protagoniste féminin s’appelle Sara !

 

Une Sara (sans h) qui découvre que son fils adoptif est la cible d’un tueur en provenance du futur (Bruce Willis), version âgée, quoi qu’encore très alerte, d’un looper toujours en activité. Le premier s’étant mis dans le crâne d’éliminer celui qui deviendra un génocidaire et provoquera la femme de sa femme, le second (Joseph Gordon-Levitt, d’Inception et de The Dark Knight Rises) fait tout pour l’en empêcher. Surtout que, à ce stade, le gosse, doué de terrifiants pouvoirs paranormaux, peut encore rentrer dans le droit chemin… Pas évident, scénaristiquement, de rendre clair, limpide, un récit qui, pour l’essentiel, repose sur des contorsions narratives en confrontant un individu à lui-même, à son double plus vieux d’une trentaine d’années. Et, effectivement, Rian Johnson s’y perd parfois, particulièrement dans les dialogues, à expliquer le pourquoi et le comment des choses. Sans doute a-t-il trop misé sur la supposée ressemblance entre Bruce Willis et un Joseph Gordon-Levitt sensiblement maquillé pour l’occasion…

 

Excessivement ambitieuses, leurs scènes communes ne sont certainement pas ce que Looper compte de meilleur. Elles devraient donner le vertige ; elles ne sont que platitude. Dommage car le personnage, à la base un salaud narcissique et accro à la came, se prêtait à une confrontation forte, à un vertigineux examen de conscience. Son film, le réalisateur scénariste le réussit cependant avec davantage de brio dans l’action et le tableau qu’il fait d’une civilisation au bord du chaos. Société où les voitures ne sont que des épaves alimentées par des panneaux solaires, où les flingues des Loopers sont des tromblons d’un autre âge, où tirer dans le dos d’un petit voleur ne suscite aucune émotion auprès des témoins… Non sans un certain humour (entre autres la méchante allusion faite à la déconfiture de la France !) et d’une violence débridée, Looper ne tient certes pas toutes ses promesses, mais celles qu’il tient, il les tient bien.


© Marc Toullec
Thema:   Voyages dans le Temps, Futur

Tag(s) : #FILMS