Mardi 3 juin 2008
2
03
/06
/2008
12:02
de Ridley Scott (Grande-Bretagne)
Avec Tom Cruise, Mia Sara, Tim Curry, David Bennent, Alice Playten, Billy Barty, Cork Hubbert, Peter O’Farrell, Kiran Shah
Voir la bande annonce
Le DVD est disponible
ici
Avec Alien et Blade Runner, Ridley Scott s’est taillé une réputation d’orfèvre en matière de cinéma fantastique
stylisé. Avec Legend, le cinéaste décida donc de s’immerger à nouveau dans un univers imaginaire. Mais pour varier les genres, l’héroïc fantasy atemporelle succède ici à la science-fiction
futuriste. Nous sommes donc dans un royaume enchanté, où hommes et bêtes se côtoient paisiblement sous la protection d’un couple de licornes sacrées. Lili, une jeune et belle princesse incarnée par
Mia Sara, habite ce pays de lumière dont elle aime explorer les bois en compagnie de son ami Jack, un tendre et joyeux ermite qui connaît tous les secrets de la nature, et à qui Tom Cruise, pas
encore portée aux nues par Top Gun, prête ses traits juvéniles. Mais, sous ce paradis, dans les entrailles de la terre, se dissimule un être maléfique : Darkness, qui rêve de plonger le
monde dans les ténèbres. Pour y parvenir, il lui faut détruire les deux licornes. La première succombe au dard mortel de trois diaboliques lutins. Jack et Lili sont désormais les seuls à pouvoir
rétablir l’équilibre…
D’une manière générale, Legend souffre de sacrifier le fond au profit de la forme, d’oublier parfois son histoire pour se concentrer sur des décors fabuleux, des éclairages magnifiques, une
photographie très soignée, bref une esthétisation extrême. Mais ce déséquilibre manifeste n’ôte aucun des charmes de Legend. C’est justement cette stylisation qui évite au joli conte de fée
raconté ici de sombrer dans la mièvrerie. L’ambiguïté de Darkness, affreux et beau à la fois, comme celle des décors, lumineux et sombres en même temps, apportent au conte une dimension nouvelle,
un style très particulier, hybride à mi-chemin entre Walt Disney et la Hammer, entre l’iconographie hollywoodienne et un esthétisme mi-européen mi-oriental du plus curieux effet. « Lorsque
j’étais adolescent, ma culture cinématographique se limitait aux films américains », nous raconte Ridley Scott. « J’étais donc influencé par le style, la morale et les icônes d’Hollywood.
Lorsqu’ensuite j’ai commencé mes études à Londres, j’ai découvert d’autres formes de cinéma, notamment les films européens, ceux d’Ingmar Bergman et d’Akira Kurosawa. C’est à partir de là que j’ai
su que je deviendrai moi-même réalisateur de films. » (1)
Ces influences multiples surgissent dans la splendide forêt de studio de Legend, où pleuvent les fleurs et les bulles, et où s’animent toutes sortes de créatures fabuleuses : une espèce de
fée Clochette échappée de Peter Pan, des gnomes en tout genre, un petit satyre violoniste, deux adorables licornes ou encore une abominable sorcière dégoulinante. Quant au fameux Darkness,
superbement interprété par Tim Curry (le Frankenstein transsexuel du Rocky Horror Picture Show) et créé par le maquilleur surdoué Rob Bottin, c’est la personnification en chair, en os et en
latex du Diable de Fantasia. Inspiré à la fois d’un taureau et du Joker de Batman, c’est probablement l’un des plus beaux monstres que nous ait offert le cinéma fantastique. Le tout aux
accents féeriques d’une partition de Jerry Goldsmith, qui verse par moments dans la comédie musicale surréaliste et mélancolique.
(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 2005
Par Gilles Penso
-
Publié dans : les films de Ridley Scott
-
1
-
Recommander
Derniers Commentaires