Hobbit-La-Desolation-de-Smaug.jpg(The Hobbit : An Unexpected Journey)

de Peter Jackson (Nouvelle-Zélande)

avec Martin Freeman, Ian McKellen, Richard Armitage, Ken Stott, Graham McTavish, Orlando Bloom, Evangeline Lily

 

L'Empire Contre-Attaque  l’a prouvé en son temps : pour transcender le matériau développé dans le film qui le précède, le volet central d’une trilogie épique se doit de durcir ses enjeux, de complexifier ses liens inter-protagonistes et de noircir sa tonalité. Fidèle à cette règle dramaturgique imparable, La Désolation de Smaug nous plonge sans préambule dans les ténèbres d’une forêt ensorcelée, première étape d’un voyage initiatique semé d’embûches qui se vit autant comme un train fantôme que comme un rollercoaster déchaîné. Le jeu de Martin Freeman s’en trouve enrichi. Son remarquable sens du rythme et de la pantomime, jeté sous le feu des projecteurs dans l’épisode précédent, s’accompagne ici d’un enchaînement d’émotions contraires particulièrement impressionnant.

 

Car ici, Bilbo vit le conflit interne ultime, celui de la tentation engendré par les pouvoirs fascinants de l’anneau qu’il vola à Gollum. A l’issue du premier morceau de bravoure du film, un hallucinant combat contre d’hideuses araignées géantes, le Hobbit est au bord du précipice émotionnel, partagé entre sa bonhommie naturelle et les mauvais penchants que George Lucas popularisa sous l’appellation universelle de « côté obscur de la Force ». En ce moment clef, la performance du comédien touche au sublime et mériterait une avalanche d’Oscars. Mais ce n’est que le début du parcours du combattant, et Peter Jackson nous réserve maints rebondissements, l’un des plus spectaculaires étant probablement une incroyable course-poursuite entre Orques, Elfes et Nains utilisant comme véhicules des tonneaux lancés à vive allure dans un torrent furieux.

 

La virtuosité de la mise en scène, l’audace des péripéties et la multiplicité des enjeux dramatiques coupent le souffle. Alors que les séquences d’action d’Un Voyage Inattendu s’articulaient majoritairement autour d’exercices de déséquilibre vertigineux, celles de  La Désolation de Smaug fonctionnent sur le mode de la fuite en avant, comme si rien ne pouvait ralentir la folle course du récit. Plus que jamais, Jackson effectue le grand écart entre la beauté décomplexée des grands sentiments (dilemmes, esprit de sacrifice, romances impossibles) et l’humour potache mâtiné de gore qui marqua ses débuts de cinéaste (les belligérants pratiquent ici la décapitation à grande échelle), étalant sur grand écran toute la latitude de son désemparant savoir-faire.

 

Le dernier acte du film repose bien sûr sur la confrontation de notre petite troupe avec le redouté saurien incandescent qui couve le trésor de la cité d’Erebor. Et si nous conservons un attachement indéfectible pour le  Vermithrax Pejorative du Dragon du Lac de Feu, force est de reconnaître que Smaug est sans conteste le dragon le plus impressionnant de l’histoire du cinéma, exhibant fièrement et pesamment ses tonnes de folies destructrice tout en s’exprimant avec la voix de Benedict Cumberbatch, dont l’élocution caverneuse n’est pas sans évoquer l’immense Vincent Price. Encore une géniale idée de casting, au sein d’une œuvre sans faute dont le dénouement ouvert nous secoue de frissons.

 

© Gilles Penso
Thema: Heroïc Fantasy, Araignées

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