Lone-Ranger_FR.jpg(The Lone Ranger)

De Gore Verbinski (USA)

Avec Tom Willkinson, Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Armie Hammer, William Fichtner, James Frain, James Badge Dale

 

215.000.000 dollars de budget pour des recettes maigrichonnes. Commercialement, le dernier-né de la bande à Bruckheimer qui avait braqué le box-office mondial à quatre reprises avec leurs Pirates des Caraïbes est ce qu’on appelle un four total. Pourtant, Jerry Bruckheimer avait repris la même équipe : Elliott et Rossio au scénario, Johnny Depp à l’écran, Hans Zimmer à la musique et le tout drivé par Gore Verbinski. Le plan était bien huilé, impossible que ça ne rate. Et pourtant… le film se plante dans les grandes largeurs alors qu’il a beaucoup plus à offrir que moult machines à millions estivales. Le Lone Ranger, s’il est quasiment inconnu chez nous, est une icône de la pop culture américaine déclinée sous différents supports : radio, roman, télévision, cinéma outre-Atlantique.

 

Rapidement, on pourrait comparer Lone Ranger à une version western de Pirates des Caraïbes car effectivement les deux films partagent un esprit, une esthétique, un héros fadasse et Johnny Depp qui vampirise son personnage de Tonto pour en faire un lointain cousin de Jack Sparrow. Mais malgré ça, Lone Ranger possède pas mal de qualités intrinsèques qui permettent au spectateur de passer un bon moment devant l’écran. La particularité du film tient dans sa générosité. La team Bruckheimer balance dix idées à la minutes avec un aplomb jamais démenti à un point tel qu’il semble que rien n’ait été filtré, tout ce qui passait par la tête des scénaristes a été écrit, validé et filmé, ce qui donne une impression de bordel plus ou moins organisé. D’ailleurs, le scénario manque de clarté et s’enlise par moments dans des intrigues secondaires dispensables, ce qui perturbe la lisibilité et la compréhension d’ensemble de l’histoire. Mais, ces intrigues secondaires donnent lieu à plusieurs scènes réjouissantes, drôles et follement endiablées. Malgré une infinité de défauts, qu’il serait vain de lister dans leur intégralité, Lone Ranger se distingue du tout commun par son énorme potentiel sympathie. Le duo d’acteurs fonctionne très bien, emmené par Johnny Depp en roue libre. Comme dans les films de pirates, Verbinski shoote des scènes d’actions dantesques, longues et toujours lisibles, même si certains effets spéciaux piquent les yeux.

 

On sent chez le metteur en scène un véritable amour du cinéma populaire et des grand-huit spectaculaires. Le réalisateur maitrise chaque composante de son image et propose un grand spectacle qui s’avère souvent assez jouissif.  Lone Ranger est un film déstabilisant, qui passe sans cesse du coq à l’âne. Comédie, western, action, tout cela se mêle avec de brusques ruptures de ton, l’humour absurde vient souvent relâcher ou parasiter, c’est selon, l’atmosphère des scènes plus violentes. Le réalisateur n’hésite jamais à ajouter un gag visuel inspiré du cinéma muet au détour d’une scène ou d’un plan. Certaines séquences rappellent d’ailleurs l’humour des Monty Pythons. Mais les Anglais ne sont pas les seuls à avoir influencé les aventures du Lone Ranger. En effet, on pense souvent au cinéma des grands maitres américains du western et à Sergio Leone via plusieurs clins d’yeux parfois très (trop ?) appuyés. Une scène de destruction de pont à l’explosif notamment rappelle furieusement la fameuse scène du Bon, La Brute et Le Truand. Le plan caché au milieu du générique de fin évoque lui le plan d’ouverture du Django de Sergio Corbucci. Pas de doute, Verbinski connaît ses classiques.

 

Ce qui est plus surprenant dans un blockbuster de cette ampleur, et explique peut-être en partie la désaffection du public américain, c’est le regard acerbe et critique que porte le film sur le passé pas si glorieux d’une Amérique en construction. La violence, les manipulations et le manque de respect envers les tribus indiennes forment une des pierres d’achoppement de l’histoire. Verbinski n’y va pas avec le dos de la cuillère et porte plusieurs coups de griffes aux fondations d’un pays qui s’est forgé dans le conflit, le sang et la trahison. C’est cette composante de l’intrigue qui fait de Lone Ranger un film moins idiot qu’il n’en a l’air. Lone Ranger est, durant deux heures et demi, en équilibre instable entre plusieurs tons, plusieurs atmosphères, donnant l’impression de ne pas savoir sur quel pied danser. Trop long, trop riche, trop gras, le film de Verbinski n’est pas sans rappeler une mitraillette, fleuron de notre gastronomie nationale, garnie de litre de sauce riche. Ce n’est pas de la grande gastronomie, ça contient plein de choses indéterminées et informes mais bon sang ça fait vraiment du bien par où ça passe.

 

© Seb Lecocq

 

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