Man-of-Steel-Affiche-Finale-France.jpgde Zack Snyder (USA)

Avec Henry Cavill, Amy Adams, Michael Shannon, Diane Lane, Russell Crowe, Kevin Costner, Antje Traue, Richard Schiff

 

LA CRITIQUE CONTRE


Si les nostalgiques de l’époque Christopher Reeve avaient su trouver du charme au Superman Returns de Bryan Singer, inscrit dans la continuité des productions Salkind, le grand public avait un peu boudé cette suite/remake sans doute trop « old school » à leur goût. Le surhomme créé par Shuster et Spiegel méritait sans doute une relecture plus moderne et plus musclée. Le succès de la trilogie  Dark Knight convainquit logiquement le studio Warner de confier les rênes d’un nouveau Superman à Christopher Nolan. Ce dernier, après avoir développé le scénario avec David S. Goyer, passa le relais au réalisateur Zack Snyder. Une telle conjonction de talents attisa bien vite les fantasmes de tous les fans de comics.

 

Malheureusement, les personnalités fortes de Nolan et Snyder, au lieu de se compléter, se bousculent ici sans parvenir à doter le film de cohérence et d’unité. A force de vouloir échapper à la structure narrative établie par Richard Donner, le scénario se prive d’un élément crucial : l’identification au personnage principal. Au lieu de nous décrire l’enfance de Clark Kent, la découverte de ses pouvoirs, les affres du déracinement conséquentes à la révélation de ses origines, et enfin sa prise de responsabilité en tant que défenseur de l’humanité, Man of Steel opte pour le flash-back non chronologique. Ce choix s’avère frustrant, et les brèves tranches de vie que Snyder brosse entre Clark et son père adoptif (Kevin Costner) figurent parmi les seules scènes émouvantes du film, laissant entrevoir la belle épopée tragique que Man of Steel aurait pu - aurait dû - être. Or sans empathie, sans affect, le dernier long-métrage de Zack Snyder perd une grande partie de son intérêt.

 

D’autant que – travers habituel des scénarios de Nolan - le traitement du personnage féminin principal laisse particulièrement à désirer. Artificiellement intégrée dans les péripéties principales, Loïs Lane promène avec nonchalance sa silhouette sans jamais justifier sa terne présence. Pire : les dialogues s'encombrent parfois d'explications laborieuses pour justifier son intervention en des lieux où elle n'a logiquement rien à faire (la banquise, l'avion, le vaisseau de Zod). La gestion des séquences d’action s’avère tout autant problématique. Soucieux d’en mettre plein la vue aux spectateurs – et accessoirement de battre sur leur propre terrain les productions Marvel – Snyder joue la carte de la surenchère jusqu’à l’overdose. Au cœur de l’affrontement musclé entre Superman et le grimaçant Zod, les immeubles de Metropolis s’effondrent par centaines, les déflagrations s’enchaînent sans discontinuer, des milliers de véhicules voltigent dans les airs, les destructions n’en finissent plus, le tout aux accents d’une partition assourdissante d’Hans Zimmer qui finit par annihiler nos sens.

 

En musique comme au cinéma, une explosion a d’autant plus d’impact qu’elle est précédée et suivie par une accalmie. Or ici le silence n’a pas sa place, et l’absence de dynamique rend rapidement indigeste cette exubérance pyrotechnique (exubérance que le long prologue kryptonien, aux designs rétro-futuristes façon La Menace Fantôme et aux prises de vues accidentées à la manière d'Avatar, laissait d'emblée entrevoir). Dommage, car les effets visuels s’avèrent souvent étourdissant, notamment lorsqu’il s’agit de décrire les envolées supersoniques de l’homme d’acier et les combats menés par des belligérants tellement rapides que la nature de leurs actions échappe aux perceptions des humains. Mais la finesse n’est pas de mise, et le parallélisme établi entre Kal-El et Jésus Christ – un comble pour ce héros inspiré à l’origine par Moïse ! – n’arrange rien. Bref Richard Donner peut dormir tranquille, sa vision de Superman demeure inégalée.

 

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© Gilles Penso
Thema: Super-Héros

Tag(s) : #FILMS