man_of_steel_poster_3_by_visuasys-d64xw5r.jpgde Zack Snyder (USA)

Avec Henry Cavill, Amy Adams, Michael Shannon, Diane Lane, Russell Crowe, Kevin Costner, Antje Traue, Richard Schiff

 

LA CRITIQUE POUR

 

Sept ans après le courageux Superman Returns de Bryan Singer, maladroit mais touchant hommage déférent au chef-d’œuvre de Richard Donner, le controversé Zack Snyder se lance à corps perdu dans la réactualisation du mythe, chapeauté, et du même coup légitimé, par le roi Nolan. Muni par la Warner de moyens dantesques malgré trois échecs commerciaux successifs (Watchmen, Le Royaume de Ga’Hoole, Sucker Punch), affrontant dès l'annonce de son poste le scepticisme et les attaques des fans, Snyder le guerrier s'est rapidement retrouvé entre le marteau et l'enclume. Obligation de réussite, cahier des charges à remplir niveau action et démesure (le phénomène Avengers étant passé par là), sans compter le poids inévitable du Superman originel, indétrônable... Une vraie gageure pour le metteur en scène. 

 

Nous nous retrouvons face à un film hybride et à deux vitesses, qui souffre des mêmes écueils que Prometheus, auquel il fait d’ailleurs penser dans le design de ses vaisseaux spatiaux. Le monstre de Ridley Scott avait subi un feu nourri à l'époque pour les carences et ellipses du script de Damon Lindelof, peinant à raconter une histoire cohérente. Man of steel apparaît lui aussi chaotique dans son déroulement et semble amputé de précieuses minutes, proposant de plus un choix  inattendu et brinquebalant : une narration éclatée, entrelacée de flashbacks non chronologiques. Au terme d'une introduction SF furieuse convoquant aussi bien Avatar que les intrigues de palais et les visions d’Apocalypse de l’Antiquité (magnifique plan de Krypton qui s'éteint sous les yeux de Lara), Jor-El (classieux Russell Crowe) sauve son fils en l'envoyant in extremis vers la Terre. Et cut. Clark se retrouve adulte, sur un bateau. Pas de découverte de la navette abritant Kal-El, pas d'apprentissage réel de ses pouvoirs par notre jeune héros... Le scénario de Nolan et Goyer choisit l'option du space-opéra et relègue l'enfance de Clark et ses rapports avec sa famille adoptive à l'arrière-plan, se concentrant sur les enjeux de « terraformation » de la planète bleue par le Général Zod et ses sbires.

 

L'impact émotionnel des courtes respirations se déroulant à Smallville laisse entrevoir un autre film, beaucoup plus sensible et fragile, habité par un Kevin Costner impérial (le geste de la main qu'il adresse à Clark dans l’œil du cyclone restera un immense moment de cinéma), une Diane Lane parfaite en mère Fordienne, et un Henry Cavill lumineux et ultra charismatique. Ces séquences essentielles et lourdes d’enseignements pour le personnage principal se font malheureusement trop rares, disséminées çà et là entre deux scènes de destructions massives, perdant donc un peu de leur force. On sent bien la volonté inflexible de Warner de faire exploser le décor et d'intensifier l'action pour faire la nique à Marvel, au détriment de l’expérience sensitive. Ce film-là, constitué de combats homériques harassants et excessifs (dont surnage une hallucinante bataille rangée au Kansas) serait moins intéressant sans la patte visuelle et la maestria de Snyder, qui révolutionne la topographie des scènes de vol et des mano à mano entre aliens. Là où Spielberg, Cameron, Tony Scott, McTiernan, Sam Raimi ou Mel Gibson ont érigé en Art ultime l'amplitude et la gestion du décor d’une scène d'action, Snyder pousse le bouchon à grand renfort de décadrages, mises au point, zooms et autres artifices « sur le vif ». L'idée ingénieuse de la caméra peinant à suivre et à enfermer dans le cadre un Superman supersonique procure des sensations inédites et grisantes à savourer en salles.

 

On ressort donc de ce spectacle tonitruant sonné, mais conquis par la vision palpable d'un metteur en scène audacieux, en pleine possession de ses moyens, à l'étroit dans ce cadre de blockbuster et un tant soit peu handicapé par son côté pataud (parallèles christiques trop appuyés, personnages secondaires caricaturaux, Amy Adams sous-exploitée) qui fait écho au score de Hans Zimmer, parfois cotonneux et subtil mais vite rattrapé par ses redondantes rythmiques pachydermiques. Tout comme sa musique, le film n'est jamais meilleur que dans ses accalmies, ses silences, à l'image de ces instants Malickiens superbes où Jonathan Kent enrobe son fils adoptif d'un regard à la fois grave et bienveillant, ou de ces moments suspendus où Superman hume la brise et regarde vers le ciel.

 

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© Julien Cassarino
Thema: Super-Héros

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