Pacific-Rim-Poster.jpgde Guillermo del Toro (USA)

Avec Charlie Hunnam, Idris Elba, Rinko Kikuchi, Charlie Day, Rob Kazinsky, Max Martini, Ron Perlman

 

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Que de remous agitent les eaux du dernier Guillermo Del Toro... Depuis l'annonce du projet jusqu'à sa sortie, la toile aura été comme rarement parsemée de débats plus ou moins houleux et interminables entre d'un côté, les geeks adorateurs de « kaiju eiga » (film de monstres japonais) et de robots géants, et de l'autre les profanes condamnant un énième blockbuster infantile et décérébré. Brisons là : parlons cinéma dans son ensemble et oublions les chapelles. La tendance actuelle du paysage filmique et artistique en général est à l'hommage appuyé et modernisé. Pourquoi pas ? Spielberg l'a fait en son temps avec les Indiana Jones qui renouvelaient avec bonheur les films d'aventures d'antan. Seulement voilà, au-delà de la simple prouesse technique et de la référence qui flatte l’ego et la nostalgie, il faut avoir quelque chose à raconter...

 

Le but affiché et sincère de Del Toro est d'amener le spectateur lambda gavé aux grosses productions à se pencher sur le cinéma de genre japonais (il en est lui-même féru), tout en essayant de ne pas y perdre son âme. Ame poétique (Le Labyrinthe de Pan), politique (L’Echine du Diable), et surtout âme d'enfant. Ce terme aura été invoqué par tous les farouches défenseurs de l’œuvre, et pose un sujet intéressant : la subjectivité des attentes. Le cinéma du mexicain donne corps à tous ses fantasmes de jeunesse, et s'adresse particulièrement ici à tous ceux qui, comme lui, ont joué un jour dans leur chambre à la guerre entre monstres et robots. Le souci est que les autres, qui n'ont pas nourri le rêve de voir se concrétiser à l'écran ces fulgurantes batailles, ou n'ont pas été élevés à l'anime et aux monstres nippons, risquent de rester sur le rivage. La force d'un James Cameron (dont l'ombre plane sur tout le film, ayant même fait office de conseiller avisé) a été d'amener régulièrement un public novice à appréhender ces influences, tout en y greffant son sens du visuel et des thématiques personnelles et universelles, réinventant constamment de nouvelles mythologies (Aliens, Abyss, Avatar, pour ne citer qu'eux). La substantifique moelle de Pacific Rim étant ses affrontements titanesques, le constat est sans appel pour qui se moque du sujet : les combats entre Jaegers et Kaiju sont en effet bluffants et ultra-puissants, servis par une 3D superbe et utile, mais s'avèrent être le seul véritable intérêt du film, qui s'apparente vite à une attraction assourdissante tournant à vide et en rond.

 

Del Toro, cherchant la simplicité, ne trouve que l'indigence. Le scénario (dont il est co-auteur) rappelle fortement la vacuité d'un Independence Day de triste mémoire, mâtiné d'héroïsme vain. Les personnages ne sont qu'un catalogue de clichés à la psychologie de comptoir (il faut entendre le pauvre Idris Elba, seul à surnager un tant soit peu, brosser le portrait œdipien d'un des héros entre deux portes), à la caractérisation outrancière et à la  « badass attitude » forcée (Perlman fait peine à voir dans sa tentative d'être cool à tout prix). Le surjeu des comédiens, parfois très choquant (mention spéciale aux deux geeks/savants insupportables) n'est pas aidé par des dialogues mal écrits aux changements de ton maladroits, le second degré infantile ne fonctionnant jamais avec une émotion préfabriquée embarrassante. La musique de très mauvais goût de Ramin Djawadi achève d'ajouter au grotesque de l'entreprise, qui fait parfois penser aux dérives du Luc Besson du Cinquième Elément .

 

Ce serait cependant malhonnête de dire que le metteur en scène ne touche jamais sa cible, quelques rares fulgurances nous rappelant à ses grandes heures : les créatures Lovecraftiennes sont de toute beauté (quand on les distingue, la faute à des cadrages qui manquent parfois de lisibilité et à une photo sombre), le travail méticuleux et la générosité du bonhomme sont là (malgré un climax complètement raté qui évoque aussi bien Armageddon que... Leviathan), le prologue et la lutte centrale sur les docks de Hong Kong (se terminant sur un joli clin d’œil à Ray Harryhausen) sont de beaux moments de cinéma. Maigre consolation pour un hommage qui tourne court, vérolé par des scories inacceptables de la part d'un Del Toro qui, visiblement grisé par les colossaux moyens mis en œuvre pour donner vie à son imaginaire, en a oublié l'essentiel : des personnages forts auxquels on peut s'attacher et s'identifier, même en étant étranger à un univers référencé.

 

© Julien Cassarino
Thema: Robots, Futur, Monstres marins

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